jeudi 21 février 2013

À coté de la plaque




Comme je m'y attendais, le choix de la photo de Paul Hansen par le jury du World press suscite pas mal d'éruptions cutanées chez les snippers aux petits pieds spécialistes du décryptage de mes deux. Pendant que certains écrivent le même article truffé de conneries tous les ans en reprenant les mêmes arguments, d'autres se bornent à tout pomper sur les sites à forte audience, faute d'inspiration et de talent. Résultat, les critiques infondées se répandent de façon virale sur le net, propagées par des abrutis pour des abrutis. C'est ça qu'est chouette. Mais le pire, ce sont les professionnels qui s'interrogent publiquement ou qui flinguent carrément un collègue dans le dos, ajoutant ainsi un peu plus à la confusion. À les entendre, le World Press 2013 est attribué à Photoshop. Je crois que c'est ceux-là qui me débectent le plus en fait. C'est marrant quand certains photographes de Magnum réalisaient des prints aux couleurs surréalistes à partir de leurs reportages en négatif couleur, ça faisait moins d'histoires. Faut dire que ça se passait dans le secret de labos professionnels et pis c'est Magnum (attention pas les glaces) hein les gars !

"La photo du World Press 2013 est à côté de la "plaque" comme on dit dans le métier"
peut-on lire sur le site Atlantico, dans la bouche d'Alain Mingam  
Hein ?? Mais de quel métier parlent t-ils ? Ça doit être plaquiste ou un truc comme-ça ...
Faut dire qu'il y a beaucoup de photographes qui ont une activité à côté pour payer les factures aussi.
Heureusement, l'article est illustré par une photo (DR) de Pub pour le LUMIX GF5, un vrai truc de pro qui parait-t-il "saisit la spontanéité à chaque instant". Si l'autre blondinet de suédois il avait eu ça à Gaza, eh ben il aurait pas tous ces problèmes de post-production. C'est sûr.

Avant, chaque édition du World Press était l'occasion de critiquer systématiquement le choix du jury (surtout quand la photo primée touchait de près ou de loin au conflit israélo-palestinien. Là c'est Noël pour les crétins). Maintenant, c'est les photographes qu'on met en accusation. Poser la question: "Peut-on encore croire les images ?" a un charmant petit parfum de raccourci stalinien. Surtout venant de dégénérés qui bouffent des lasagnes au cheval et qui achètent une brosse à dents une fois tous les 3 ans, sans jamais ouvrir un journal.

La palme du Yoyo en bois du Japon revient "classiquement" à l'auguste chercheur qui anime le site "Cultures Visuelles" pour la fin de son analyse alambiquée prêtant d'obscurs desseins au lauréat du prix. Paul Hansen aurait multiplié les versions de sa photo en fonction de différentes destinations. Où comment comparer la photo du World Press sur différents sites (donc fatalement des fichiers archi manipulés et même recadrés par des tiers) avec un tirage photographique re-photographié (!) et la même photo à la une du journal, sans avoir jamais vu l'image originale du photographe. Un must à lire absolument tellement c'est drôle ici.

Frozen Piglet

Il y a aussi la belle histoire du photographe portugais de 25 ans qui a été primé (pour une photo refusée par les  canards et jamais publiée) après avoir vendu tout son matériel pour payer ses factures et qui se retrouve sans appareil photo et sans boulot. De quoi faire pleurer mémère. C'est tellement beau qu'on dirait un fake. Je suis même pas sûr que Canon qui est sponsor du World Press va lui filer un 5D MKIII. 

lundi 18 février 2013

Comme un lundi


©Fondation Gilles Caron

Hier soir au 20h00 de France 2, Delahousse recevait Daniel Cohn-Bendit et une fois de plus on a montré plein écran LA célèbre photo montrant Cohn-Bendit affichant un petit sourire narquois face à un CRS en 1968. Comme d'habitude, aucun crédit ni mention du nom de l'auteur de cette image entrée dans l'histoire du photojournalisme. Les 2 interlocuteurs la désignant uniquement par "cette photo" ou "la photo":

"Est-ce qu'elle va encore me poursuivre pendant 120 ans ?" a dit Cohn-Bendit d'un air désabusé
C'est  vrai que cette image, comme toutes celles qui sont entrées dans l'histoire, a fini par acquérir une vie propre. Pourtant, elle a un auteur et son auteur c'est Gilles Caron. Gilles Caron était un des fondateur de l'agence Gamma et son travail avait de la gueule. Il est mort en avril 1970 à 30 ans, assassiné par les khmers rouges au Cambodge. Daniel Cohn-Bendit a raison. Dans 120 ans, cette photo sera toujours là.

Frozen Piglet




samedi 16 février 2013

Dieu que la guerre est jolie ...










Photo © Paul Hansen (World Press 2013)

Le World Press photo 2013 a été attribué fort justement au talentueux photographe Suédois Paul Hansen, de "Dagens Nyheter", (*) pour cette photo d'un cortège funéraire dans la bande de Gaza. Cette procession va mettre en terre deux enfants de 2 et 3 ans. Quand je regarde ce genre de document, au delà de l'émotion qu'il suscite, je pense à Paul Hansen et à sa solitude. La solitude, c'est sans doute ce qu'il a du ressentir à l'instant où il a réalisé cette image et la solitude, c'est ce qu'il doit ressentir aujourd'hui face au déluge de commentaires qui ont suivi la publication des résultats du World Press et qui font que cette photo lui échappe.

Comme d'habitude, Télérama se distingue par la profondeur de son analyse et la fourniture du prêt à penser en kit complet pour l'élite des lecteurs de la presse sur abonnement. Sur "Télérama.fr", Luc Desbenoit titre son papier sur "la souffrance saturée" et regrette que "l'auteur cherche visiblement à nous tirer des larmes". Comme il est également expert en retouche numérique, il constate que le photographe a eu la main lourde avec Photoshop. En saturant les couleurs, Paul Hansen aurait eu la volonté de rendre son cliché "comparable à une peinture" qui toujours selon lui serait "plus noble". Pour finir, les linceuls auraient été blanchis "pour rajouter dans le pathos, dans le symbole de pureté et de l'innocence fauchée".

J'ai rarement lu un tel tissu de conneries. Faut dire qu'avec les photos du World Press, on est habitué aux délires des spécialistes qui fréquentent plus les vernissages des expositions et les cocktails que les lieux de reportages où ils ne foutront jamais les pieds. La saturation des couleurs, on la cherchera vainement sur cette image. Mais de manière générale, c'est être un ignorant en la matière de penser que même au temps de la photo argentique, on ne choisissait pas une émulsion en fonction de son rendu final et que l'on ne pratiquait pas le masquage par différents procédés. Voilà aujourd'hui, c'est clair pour certains, les photographes d'actu ne sont que des truqueurs et heureusement pour les lecteurs de Télérama, il y a des gens avisés pour les démasquer et leur cracher au visage comme Luc Desbenoit et quelques autres.

Frozen Piglet 

Luc Desbenoit s'était déjà fait remarquer en écrivant dans un article précédent que "la photographie d'actualité reposait sur une règle simple: on ne doit pas modifier le réel". Une preuve de plus qu'il n'a rien compris à la photographie tout court.

(*) Journal dans lequel, j'ai été publié une fois !

vendredi 15 février 2013

Pôle Prestige

Aujourd'hui, j'ai reçu cette demande d'un très grand groupe de presse pour un magazine de son "pôle Prestige":


"Bonjour Frozen Piglet

Nous réalisons pour le magazine ###### un sujet sur ##############. Nous aimerions publier quelques une de vos photos…
Pouvez vous me faire parvenir un choix d'images.
Bien à vous".


Je suis très excité. On sent tout de suite la professionnelle de l'image avisée. Spontanément, elle me fait confiance sur le choix des images et ne parle même pas de mes tarifs (elle sait qui c'est Raoul aussi). Bien sûr ! Elle a choisi le top de la qualité. Donc elle est prête à y mettre le prix qu'il faudra. T'es con ou quoi ? À toute fin utile, je m'enquiert auprès de cette pouf ... heu ! de cette jeune républicaine, des tarifs pratiqués au sein de cet auguste magazine haut de gamme du "Pôle Prestige"de ce groupe de presse merveilleux qui m'appelle moi, Frozen Piglet.
Voici sa réponse:

"Votre travail sera mis en avant pour ce sujet donc les photos seront libres de droits.
Merci ".

Maintenant, je vais traduire: Le service photo d'un magazine du groupe "Mondadori France" (dirigé par la fille de Berlusconi) a chargé une stagiaire de me contacter par mail pour gratter des photos dont je suis l'auteur extrêmement talentueux et les publier dans leur magazine de mes deux sans les payer. Le mépris que j'ai pour ces gens étant incommensurable, je leur ai dit que Mondadori ou pas, mon tarif était de 500 euros par photo en pige presse avec un minimum de 3 500 euros pour le sujet (nets hors 13ème mois et congés payés). J'attends leur réponse.

Frozen Piglet


mercredi 13 février 2013

Mon royaume pour un cheval

Les canassons et moi, c'est une grande histoire d'amour. Je me souviens encore avec émotion d'un de mes plus gros plantage professionnel au Jumping de Cannes.
Un carnage ! En reportage, tout ce qui touche au sport et qui va un peu vite, il vaut mieux éviter quand on est pas un spécialiste. Moi je dis. C'est un point de vue qui repose sur mon expérience personnelle de looser.
D'un autre coté, je me souviens aussi d'un reportage sur la Garde Républicaine au terme duquel, je me suis retrouvé au petit matin dans le bois de Vincennes, assis dans la voiture présidentielle et encadré par la fanfare, en train de saluer les arbres en tant que mannequin de la république. Là, l'espace d'un instant, j'ai touché du doigt le pouvoir absolu du monde politique. Celui qui te permet de jouer au Scrabble à l'Assemblée, en étant payé 13 512 euros (+ 9 138 euros de crédit mensuel). La classe !

Frozen Piglet

Et Dieu sait qu'il y en a des bourrins dans ce boulot ...

vendredi 8 février 2013

Camembert des pauvres



Déjà une semaine depuis mon dernier post et j'ai rien foutu ...

Ça fait un peu chier et mon rank est en train de se casser la gueule. Bon dans ces cas-là, je sors les recherches Google qui pointent sur Kecebo. Je les note au fur et à mesure, en sélectionnant les plus belles. Globalement, ça donne une bonne idée du profil des internautes et surtout de ceux qui s'intéressent à la photographie. Pitoyable ...


"Camemberts des gens pauvres"
"Sexe cul tahiti photo"
"Comment ganger 10 000 euros Fotolia" (mort de rire)
"Chat qui rat"
"Fausse carte de journaliste"
"créer une fausse carte de photographe"
"Gateau de mariage simple"
"combien est payer un photographe"
"Les fesses d'un cochon"
"Immages de putes" (avec 2 m)
"Combien gagne t-on pour faire photographe"
"Photographe combien gagne"
"métier photographe on gagne"
"Pute"
"CD discount Nikon VR2 vendu à perte" (????????)
"Problème avec Citizenside dépôt de bilan" (tu seras jamais payé pauvre con)
"Combien rapporte photographe"
"Comment est mort Gilles Caron"

Frozen Piglet

J'ai les noms des mecs qui cochent "et ta soeur" en bas des posts ...


samedi 2 février 2013

La hasard et la nécessité


Le coté commercial du métier de photographe, on en parle jamais et on a tort de le négliger. Tu peux apprendre toutes les techniques, de la prise de vues à la post-prod et bien plus encore, comment on monte un sujet en définissant un angle précis. Tu peux même croire que t'es un génie (avec ton 5D MK III en bandoulière) alors que t'es qu'une grosse tanche. Mais comment vendre tes photos, ça on ne te le dit pas. En même temps il faut reconnaitre que dans 99% des cas, c'est invendable tes merdes. Ben si !
C'est con parce que les clients ils tombent pas du ciel ! Evidement tu peux toujours te faire représenter par un agent artistique ou même une agence, mais ça c'est pour les mecs qui ont un peu de talent et toi t'en as pas un once ... T'es comme-moi quoi. Sauf que moi j'ai du boulot et que je gagne ma vie avec ce métier depuis des lustres. Alors ne compte pas sur moi sur moi pour te filer des plans et puis quoi encore ? Quoi ?? T'as des photos de vaches sacrées en Inde ou de tes vacances à Marrakech qui sont tip-top ? Eh ben tu peux te les carrer dans l'oignon. T'as compris ? Sauf si tu vas voir Getty images de ma part. Là tu seras pas déçu ...
Cette semaine, j'ai fait dans le prix littéraire, une première pour moi. Ça m'a donné l'occasion de photographier une salade de vieux croûtons et quelques gloires passées en plein cabotinage. J'ai même déjeuné (une fois n'est pas coutume) à la même table que des plumitifs du Figaro et ça m'a pas coupé l'appétit pour autant. C'est marrant quand il s'agit de t'acheter une photo, il n'y a jamais d'argent, mais quand il s'agit de faire claper les mec du Figaro, du fric y'en a toujours.

Frozen Piglet
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