mercredi 14 octobre 2026

Naufrage







Bon, Let's face the situation, comme diraient les anglo-saxons. Les agences photos sont en train de sombrer. Agences de presse ou agences d'illustration ou banques d'images, peu importe. Trop de photos, trop de concurrence, trop de discount, trop de photographes, trop d'images médiocres, trop de vols, tuent la photographie. Je n'ose même plus parler de photo professionnelle, tellement les guignols bercés d'illusions pullulent dans ce secteur en train de crever. Tous les jours, il en arrive des nouveaux persuadés que leur travail est digne d'intérêt alors qu'ils ne produisent que des merdes. Il suffit d'aller sur les manifs d'étudiants et de lycéens comme-moi, pour comprendre que toutes ses images sans objet finiront à la poubelle (qui brûle) ou sur des sites militants qui payent que dalle. Coeur avec les doigts à tous ceux qui se trimballent avec des casques marqués "Presse" au sparadrap et des masques de peintre en bâtiment, harnachés comme s'ils étaient à Gaza, alors qu'ils n'ont jamais eu la carte de presse. Ça tombe bien ... Quelle rigolade ...   

Aujourd'hui, je pense à tous mes collègues qui travaillent exclusivement avec des banques d'images (Getty en première ligne) qui sont passées à 80% de prélèvement sur le montant des ventes de leurs photos alors que le prix moyen s'est effondré sous la pression des diffuseurs, des accords de distribution croisés entre agences et des images de merde. 

Ma dernière vente en agence, une photo à 18 dollars avec 88% de commission prélevée par les 2 agences responsables de ce désastre. Je te laisse le soin de calculer la part qui me revient. Une autre ce matin même vendue 1,74 dollar dans les mêmes conditions avec part photographe 0,20 cents pour une licence worldwide éditorial standard à perpétuité. Oui vous avez bien lu ...

Après, il y a les collaborations directes de plus en plus rares. Les collaborations avec les magazines et les journaux, pour les photographes et les photo journalistes, c'est un peu comme les histoires d'amour. Elles commencent et elles durent ... ou pas et parfois, elles s'arrêtent brutalement. Difficile de savoir pour quelles raisons, mais un jour, on cesse de t'appeler de façon définitive et sans aucune explication. Le truc, c'est que des gens que tu voyais régulièrement disparaissent de ta vie du jour au lendemain sans explication. Ce qui laisse au passage un aperçu sur la manière dont ils te percevaient.

Au début on se sent vaguement coupable et on garde une trace d'espoir que tout rentre dans l'ordre, mais mon expérience prouve que cela n'arrive jamais. Du coup ton ego en prend un coup et ton compte en banque aussi. D'autant que les relations que tu pouvais avoir avec certains membres des rédactions pour lesquelles tu travaillais parfois depuis des années s'arrêtent nettes. Tu disparais de leur vie du jour au lendemain. La pilule est un peu dure à avaler. Crois-moi ... Mais l'essentiel est de ne rien avoir à se reprocher. 

Cette situation, je l'ai vécue un certain nombre de fois et selon mon expérience personnelle, il faut se faire une raison et aller de l'avant sans se retourner. Bien entendu, quand tu es payé en salaire, ce qui est une obligation selon la Convention Collective de la Presse, tu peux prétendre aux indemnités légales, comme un salarié lambda. Mais dans la plupart des cas, il faudra engager une procédure pour faire valoir ses droits. C'est aussi les gentils salariés des entreprises de presse ont du mal à admettre que les pigistes puissent avoir les mêmes droits qu'eux. Que tu puisse prétendre avoir droit aux congés payés, au treizième mois et même à la prime d'ancienneté, ça leur fait mal au cul, comme-ci ça sortait de leur poche.  

Pour contourner cela, les éditeurs de presse ont décidé de payer les photographes qui travaillent pour leurs titres en droits d'auteur pour contourner la loi, ce qui est parfaitement illégal. Mais comme les jeunes débutants sont prêts à tout pour être publiés, y compris à filer leur pauvres photos gratos, tout cela n'est pas bien grave. D'ailleurs dans tous ces esprits dérangés, le mot "collab" est devenu synonyme de gratuit, mais vu le niveau des mecs qui cèdent à ce genre de proposition, on est en droit d'éclater de rire, tellement ils sont nuls alors qu'ils se qualifient de photographes professionnels sur les réseaux sociaux. Ce qui n'est pas grave en soit puisqu'ils s'adressent à des gens aussi nuls qu'eux.

L'ennui c'est que tout ce système met la pression sur les photographes, les vrais. Ceux qui maitrisent leur outil, mais qui ne sortiront pas vivants de cette fumisterie. Adieu monde cruel !

Frozen Piglet

Alors tu veux toujours être photographe pauvre con ?       

vendredi 9 octobre 2026

Blocus





Hier j'étais sur les manifs, blocage des lycées et Place de la Bastille dans l'après-midi, pour changer de la Fashion Week, du monde du luxe, de sa prétention et de sa vacuité. En fait, je rêve de voir une descente de Black Blocks à la Fashion Week sous les hurlement des bourgeoises emperlousées Chanel.

En arrivant à la sortie de la station de métro Bastille, j'ai eu droit à une fouille au corps, fouille de mon sac et de ma sacoche. Un des policiers m'a même demandé ma carte de presse. Ce qui me fait rigoler dans la mesure ou des tas de types portent des brassards presse de Wish dans les manifs, sous couvert de "journalisme indépendant" et sans aucune légitimité es qualité.  

Je traduis: Ce sont des militants d'extrême gauche et ils produisent exclusivement des images à charge contre les forces de l'ordre dont j'admire parfois la patience. Sur le blocage des lycées, la préoccupation des élèves m'a semblé être surtout de foutre le feu aux poubelles (ça fait des belles photos) sous le regard bienveillant de certains de leurs enseignants pour faire des posts sur les réseaux sociaux entre deux parties de UNO (véridique). Ils ont en commun la détestation des chaines d'infos continues et des flics, ainsi qu'un projet très original, celui d'enculer les fachos.  

Pour cela, ils s'appuient sur vocabulaire extrêmement restreint et parfois des difficultés à s'exprimer tout court. La plupart du temps, ils écrivent d'ailleurs Mélenchon avec un "a", c'est vous dire le niveau. Heureusement certains sont plutôt sympathiques avec leurs slogans et des graphismes très créatifs sur des pancartes en carton. Ceux-là je les aime !

Certains manifestants prétendent me soumettre à des interrogatoires de police pour savoir pourquoi je fais ceci ou cela. Moi aussi j'aime rire ... Je fais mon travail du mieux que je peux sans aucun jugement, quand je pratique mon métier de photo journaliste, mais je ne veux pas qu'on me fasse chier. Je constate que le journalisme dans sa globalité est aujourd'hui la cible constante des accusations de gens qui prétendent détenir la vérité sur tous les sujets et sur tout le monde. Ils adorent vous catégoriser et vous ranger dans des cases, la plus vaste étant bien entendu celle du fascisme qui est l'argument ultime d'une génération sans références et sans aucune culture politique, ni culture tout court. 

Tout ce qui arrive est bien entendu la faute des hordes de "vieux qui en ont bien profité" au détriment de ces pauvres victimes du système. Dommage qu'ils ne soient pas encore morts pour débarrasser le plancher les "ieuvs". J'emmerde ce monde stupide et arrogant. J'en peux plus ! Je crois que je suis un peu déprimé en ce moment, non ?   

Frozen Piglet

Alors tu veux toujours être photographe et devenir un fasciste toi aussi ??


  

  








mercredi 7 octobre 2026

Chienne de Vie


J'en ai vu pas mal dans ma chienne de vie jusqu'à ce jour. Mais il y a des choses que j'ai comprises très vite. Notamment que le monde ne vous attend pas et que la connerie est sans limites connues. Je compte beaucoup d'amis qui je le sais, votent aujourd'hui LFI. Ils postent énormément sur les réseaux sociaux toujours dans le même sens et la plupart du temps, des vidéos tronquées qui viennent à l'appui de leurs thèses faites de clichés éculés et d'idées reçues. Je n'ose pas leur dire qu'à chaque fois qu'ils font cela, eux et plein d'autres, ils font la joie d'un certain nombre d'électeurs d'extrême gauche et dans le même temps, ils persuadent des électeurs bien plus nombreux de basculer vers le vote RN. C'est à l'arrivée qu'on comptera les morts et les blessés. 

Moi je m'en fous, je vote depuis 20 ans pour moi. Oui oui ! J'inscris Frozen Piglet sur mon bulletin de vote, parce que j'ai décidé de ne plus jamais voter pour le moins pire des deux au second tour. Ça c'est terminé et je ne reviendrai jamais là-dessus. Après tout, si je dirigeais le pays, ce ne serait pas pire ! Si ? Ouais ben ta gueule  ...

Sur mon boulot, je viens d'une époque où la règle (en principe !) dans le presse était de payer les photo journalistes reconnus comme tels, en salaire. J'ai encore 3 collaborations régulières avec des magazines, si je fais abstraction des agences photos qui me prennent l'essentiel de l'argent provenant des ventes de mes reportages pour se payer des cocktails et des putes à VISA pour l'image, à moins que ce soit l'inverse. Mon statut me protège encore un tout petit peu, grâce au code du travail et à la convention collective. On peut me virer, mais avec mon ancienneté, il faut passer à la caisse et en payer le prix (mon avocat attend en embuscade).  

Aujourd'hui, quand je jette un coup d'oeil au 'travail" des personnes qui se disent photographes, je ris et ça me fait mal à mon herpès labial. Même s'il y a de rares exceptions dans un océan de médiocrité, dans l'ensemble, ils sont nuls et il n'y en a pas un sur 1000 qui sera dans le métier dans 5 ou 10 ans à supposer qu'ils existe encore. En attendant, ils continuent à faire semblant. 

Tout cela me dégoûte, parce que je n'ai pas le sentiment d'avoir exploité pleinement mon propre potentiel jusqu'à aujourd'hui. Sans doute parce que j'ai toujours privilégié les boulots où je gagnais ma vie avec régularité. Aujourd'hui, je vois à tous les coins de posts Threads, des demandes de collabs ou des propositions de shooting à partir de 20 euros ... Euh comment dire ... Non rien. Je ne suis pas sûr que tu vas y arriver comme-ça mon garçon (ma fille ou mon LGBTQ+ ...). Retournes plutôt bosser au McDo pour te payer un petit CANON, ta bouteille de téquila et ton taz de MDMA pauvre con et vas chier dans l'océan. Continue à tripatouiller tes photos de merde avec ton logiciel de post-prod "mieux que Photoshop et gratuit" et tes presets achetés à un escroc. Le monde me déçoit tellement mais en même temps, le carnage qui s'annonce sera riche en images et nous serons là. Même si on nous paye pas et qu'on publie nos photos sans copyright ou avec celui de l'agence photo à la place de nos nom (enculés !).  

Frozen Piglet

Alors tu veux toujours être photographe (pour faire des mariages et des poubelles qui brûlent) pauvre con ?