
Est-ce utile de dire que cette affirmation est totalement fausse ? Mais sur Internet, les crétins sont légion.
FP
On a beau dire, on a beau faire, l'argent que tu gagnes en pratiquant la photographie professionnelle, reste le nerf de la guerre. D'abord parce qu'il signe le fait que ton travail vaut encore quelque-chose. Ensuite parce qu'il faut bien payer ton Nikon D Kekchose et accessoirement tout un tas de trucs comme des chaussettes neuves pour remplacer celles qui sont trouées (3,90 euros chez UNIQLO à l'Opéra) ou faire mentir tous les cons qui pensent que la photo est forcément un loisir tellement facile avec le numérique, que tout le monde peut le pratiquer, un doigt dans le nez, un doigt dans le cul.
Ce matin, j'entendais à la radio un type issu de la classe dirigeante déclarer doctement à un artisan boulanger que s'il vendait sa baguette de tradition à 38 centimes comme le supermarché en face de son magasin (au lieu de 1,10 euro), il vendrait plus de pain et donc gagnerait plus d'argent. Qu'il valait mieux selon lui, vendre des milliers de baguettes à 38 centimes que quelques centaines à 1,10 euro. L'artisan lui objectait à raison que la baguette de tradition lui revenant à 50 centimes tout compris, il ne voyait pas comment ce serait possible (sachant que les 2 premiers postes sur un baguette sont la main d'oeuvre et l'énergie pour la cuire). Mais le connard de service de la radio lui recommandait d'y réfléchir quand même. Cette petite ritournelle néo-libérale ne vous rappelle rien ? Demander à un artisan de se transformer en industriel, il faut oser ... La radio, c'est comme les gares, on y croise des gens qui ne sont rien et des gens qui réussissent. Et l'artisan lui, il a réussi et l'autre connard, il a juste réussi à me faire chier avec ses conneries. Après il a été faire ses courses dans un magasin bio de commerce équitable pour que ses enfants restent en bonne santé et le plus éloignés possible des produits de merde des industriels de l'agroalimentaire. Ils sont nombreux tous ces métiers qui sont dans le collimateur de ceux dont le boulot justement, c'est de dire aux autres, à tous les autres, que leur travail coûte trop cher. Le rêve de tous ces types-là, c'est de confisquer à tous les gens qui arrivent à vivre honnêtement de leur beau métier, toute marge de manoeuvre et toute marge tout court.
Voici revenu le temps des beaux jours. Quand j'ai deux ou trois heures à perdre, je sors dehors pour faire pisser le ch ... Euh pour faire quelques photos dans Paris avec l'espoir presque insensé d'en vendre une, un jour prochain (si possible un peu plus que 3.25 U$D), vu que c'est un peu mon activité principale. Seulement dés que je fous les pieds quelque part de façon impromptue, il y a toujours un type qui me saute dessus pour me demander si j'ai une autorisation. C'est marrant quand-même. Pourtant, on est pas en Corée du Nord, mais il y a toujours des mecs quelque part pour décréter que même sur l'espace public et alors que tu es journaliste, tu ne peux pas travailler librement. Alors bien sûr, je ne vais pas invoquer le droit à l'information parce que tous ces gars-là je les emmerde à fond, surtout quand ils sont agressifs et mal embouchés. Dans le cas contraire, on peut toujours discuter, mais pas trop longtemps quand-même. Parce que leur opinion sur la manière dont je travaille, j'en ai rien à foutre.
En période électectorale, les rotatives tournent 24/24 pour sortir des affiches où les candidats ressemblent à des chipolatas tellement ils sont rouges. Il faut dire qu'ils n'ont pour la plupart pas les moyens de se payer les services d'un professionnel (Ils sont tellement inutiles vous savez). Résultat, il font des tofs eux-mêmes avec leur téléphone au fond du couloir devant la porte des chiottes, là où il y a une belle lumière toute verte à cause des néons qui clignotent au plafond. Certains s'imaginent que en passant en noir et blanc (qui est très stylé, surtout en quadri), ils vont transformer leur photo de merde en truc bien. Mais nan, c'est toujours de la merde. Et de toutes façon, ils ne seront pas élus. Alors who cares ?
Avant de partir pour mieux revenir dans quelques semaines toute auréolé des atours d'une nouvelle fausse majorité lavée à l'eau tiède, le microcosme politique, tous bords confondus, a commis une dernière saloperie vis à vis de notre corporation qui en a déjà connu tellement. Après des années d'atermoiements et de négociations à sens unique, les représentants des diffuseurs de presse ont obtenu la déchéance de notre métier. Ceux qui nous ont constamment spolié de nos droits sur notre travail, ceux qui nous ont volé notre statut, ceux qui nous ont exclu des dispositions propres à la convention collective des journalistes en nous payant en Agessa, ceux qui nous ont obligé à signer des contrats actant le reniement de nos droits, ceux-là ont obtenu du pouvoir politique, la signature d'un décret instituant une rémunération dite "minimum" de 60 euros bruts pour une prise de vue professionnelle, se déroulant sur 5 heures de temps (sans tenir compte du temps passé en post-prod). En validant ce processus dégueulasse, le pouvoir politique complice signe la mort de notre profession et ajoute à l'humiliation, le mépris. Notre métier sera sûrement remplacé un jour par une autre activité qui consistera à produire des images en étant connecté à une plate-forme digitale Uber-like pour 1 200 euros bruts par mois avant prélèvements, sans lien de subordination et dans la précarité la plus totale (genre New Zulu). En attendant, les représentants de éditeurs de presse vont pouvoir faire péter le champagne, en se gobergeant avec leurs copains actionnaires milliardaires. Ils ont enfin réussi à extirper cette écharde qu'ils avaient dans le pied depuis tant d'années et peuvent s'attaquer maintenant aux autres métiers de la presse avec entrain. Désormais, les images réalisées par les professionnels de la photographie ne valent plus rien et c'est même gravé dans le marbre par la République Française. Cette année, c'est sûr je ne ferai pas de post pour me foutre de la gueule de Télérama et de son article sur la mort du photo-journalisme, une semaine avant VISA pour l'image. En attendant, un tiers des entrées sur ce blog arrive par Google et la question: " Combien gagne un photographe ? ".
Après une longue absence, je reviens doucement sur mon gentil petit blog. À vrai dire, il m'a beaucoup manqué. Je dois être le dernier à le lire (vous savez bien que je suis schizophrène, c'est pratique), surtout les trucs que j'écrivais il y a 3 ou 5 ans. Des fois, ça me fait marrer. Mais aujourd'hui, c'est parce que je dois travailler 2 fois plus pour gagner 2 fois moins que je ne trouve plus le temps de poster. Dommage, parce que j'aime bien décrire les absurdités de ce métier et me foutre de la gueule du monde en général. En fait, je crois que ce début de siècle restera marqué pour toujours et partout par le "sacre des amateurs". Ça tombe bien, je suis autodidacte (d'ailleurs ce mot je l'ai appris tout seul). Moi ma petite révolution culturelle personnelle, je l'ai déjà opérée il y a longtemps. Pas sur les conseils des têtes de noeud qui prétendent commenter le changement de paradigme d'un monde auquel ils ne comprennent rien, ou selon les théories de l'évolution du travail des sociologues du dimanche, mais juste par réalisme pragmatique et économique aussi. Hein ? Bah ouais t'es con ou quoi ? 
Les photographes sont très
gentils vous savez. Malgré toutes les avanies qu’on leur a fait subir ses
dernières années sous les quolibets d’une armada de connards patentés, je les
trouve extrêmement conciliants, limite résignés. Certains diraient apathiques,
tant on a été loin dans l’humiliation et dans la négation des compétences de
toute une profession sans réaction de sa part. Même si l'individualisme est largement responsable de cette situation, à leur décharge, il faut dire qu’on s’est consciencieusement
foutu de leur gueule, année après année, ministre après ministre, rapport après
rapport, commission après commission, Visa pour l’image après Visa pour
l’image. Finalement on leur a proposé avec un grand sourire de devenir smicard
en travaillant 2 fois plus que les autres. Ça tombe bien. Le ticket d’entrée
pour obtenir sa carte de presse aujourd’hui est d’un demi smic, alors ça laisse de la marge. Ceci pour les
derniers photographes (quelques centaines) qui peuvent y prétendre. Quant aux
stars du photo journalisme, ils cachetonnent souvent à 200 ou 300 euros la
prise de vues pour payer le loyer et juste tenter de survivre. La solution qu’on
leur propose ? C’est d’autoproduire leurs sujets, c’est à dire de les financer
intégralement avant de tenter de les vendre pour des clopinettes.