mardi 5 février 2019

Nous, journalistes pigistes, exigeons le respect de nos droits

Revenus en baisse, paiements en retard… Un collectif de journalistes pigistes, soutenu par des associations et des syndicats, appelle les entreprises de presse à respecter la loi quand ils les missionnent.

Nous, pigistes, faisons le même métier que nos confrères et consœurs intégré·e·s aux rédactions. Comme eux, nous sommes des salarié·e·s. Nous travaillons souvent pour plusieurs médias et nous sommes payé·e·s à la pige, c’est-à-dire que nous sommes censé·e·s percevoir un salaire pour chaque pige – article, documentaire, photo… – commandée par une rédaction. Mais, encore plus que nos collègues en poste, nous devons nous battre chaque jour pour faire respecter nos droits. Dans de trop nombreux médias, nous sommes rémunéré·e·s à des tarifs indignes, au lance-pierre, souvent deux ou trois mois après le travail fourni.
Pourtant, notre travail est vital pour les rédactions qui ont besoin de nos idées, de nos reportages et de nos enquêtes pour enrichir le contenu de vos journaux, de vos stations de radio et de vos émissions de télévision. Un travail à la qualité reconnue : régulièrement des journalistes pigistes sont primé·e·s. Trois des journalistes récompensé·e·s par le prestigieux prix Albert Londres en 2018 étaient des pigistes.
Même l’audiovisuel public – les radios et les chaînes que vous écoutez et regardez tous les jours – contribue à cette précarité, en multipliant les piges et les CDD pour des journalistes qui se doivent d’être toujours disponibles, et ce, sur plusieurs années. En presse écrite, les rédacteurs, rédactrices et les photographes sont rémunéré·e·s à la taille de l’article ou au nombre d’images, alors que le temps de travail nécessaire varie fortement selon les sujets. Une enquête de quatre pages peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Une interview de la même taille demandera, elle, quelques jours de travail. Mais les tarifs imposés par les rédactions prennent rarement en compte cette différence. En conséquence, le travail d’investigation n’est pas toujours rémunéré à sa juste valeur au regard du temps investi.
En 2017, nous étions 6 550 journalistes rémunéré·e·s à la pige sur les 35 000 détenteur·ice·s de la carte de presse (1), réparti·e·s en France et à l'étranger. En 2016, le salaire médian des journalistes pigistes de presse écrite, radio et télévision était de 1 931 € brut par mois, soit environ 1 500 € nets. Ces chiffres, provenant d’un rapport de la commission de la carte d'identité des journalistes professionnels, ne prennent pas en compte les très nombreux·ses journalistes pigistes qui n’ont pas accès à la carte de presse. Celles et ceux qui gagnent moins de la moitié d’un Smic par mois se la voient refuser. Pourtant, ces journalistes existent bel et bien et assurent une large part du contenu informatif des médias. Selon la même étude, les femmes sont majoritaires parmi les plus précaires. Elles représentent 53% des journalistes rémunéré·e·s à la pige, alors qu’elles ne sont que 19% de détentrices d’une carte de directeur·trice de rédaction (2)…
Les tarifs de la pige stagnent la plupart du temps, voire diminuent. Les frais professionnels et d’équipement restent généralement à notre charge. Nos conditions de travail se dégradent. Nous nous rendons parfois sur des terrains compliqués et dangereux pour des reportages, à l’autre bout du monde ou dans des manifestations près de chez nous. Et si, dans ce contexte, nous avons un accident de travail ou tombons tout simplement malades ? Nous ne sommes alors pas toujours protégé·e·s. C’est le cas de nombreux correspondant·e·s à l’étranger, qui aimeraient bénéficier pleinement de leur statut de salariés, avec une vraie protection sociale.
Faute de sanctions, les directions de nombreux médias, agences ou boîtes de production n’hésitent pas à imposer aux pigistes le statut d’auto-entrepreneur qui les prive de toute cotisation salariale et des couvertures sociales, retraite et chômage qui y sont liées. Ce statut illégal fragilise les pigistes. Même quand nous sommes payé·e·s en salaire, comme le dispose la loi, la faiblesse des rémunérations est souvent telle que nombre d’entre nous découvrent à l’occasion d’un arrêt maladie ou d’un congé maternité n’avoir droit à aucune indemnité journalière, alors que nous avons cotisé des années. Et pour celles et ceux qui en bénéficient, obtenir le complément employeur de cette indemnité relève du parcours du combattant.
Nous, journalistes pigistes, ne sommes ni des forçats de l’info, ni la variable d’ajustement des médias. Nous souhaitons être rémunéré·e·s à un tarif décent, et à la fin du mois où nous rendons notre sujet. Certain·e·s d'entre nous ont publié des articles ou des photos depuis plus d’un an et attendent toujours leurs salaires. Nous sommes souvent obligé·e·s de relancer plusieurs fois les rédactions afin de recevoir notre paie.
Conformément à la loi du 4 juillet 1974 dite «loi Cressard», nous exigeons d’être rémunéré·e·s en salaire, et non sur facture ou en droits d’auteurs. Nous demandons aussi que certains médias arrêtent d’intégrer abusivement les congés payés, le treizième mois et l’ancienneté dans le tarif annoncé et convenu. Tous les frais doivent aussi nous être remboursés quand un reportage a été commandé en amont.

Nous demandons aussi et surtout une revalorisation générale des tarifs de piges. Celle-ci devra prendre en compte la réalité de notre travail, avec une inscription systématique des salaires des pigistes dans les négociations annuelles obligatoires pour pouvoir bénéficier des mêmes augmentations que les journalistes intégré·e·s.
Nous invitons tou·te·s les journalistes et citoyen·ne·s à nous soutenir et à partager cette tribune pour mener ce combat avec nous. 

Lectrices, lecteurs, nous avons besoin de vous pour défendre nos droits, pour que nous puissions continuer de vous proposer un journalisme de qualité.
 Le collectif Ras La Plume, avec le soutien de plusieurs collectifs, syndicats et associations.
Les collectifs, syndicats et associations signataires :  Collectif Youpress - Collectif Les Incorrigibles - Collectif La Fourmilière - Collectif Le Terrier - Collectif Press On - Collectif 2026 - Collectif We Report - Collectif Les Journalopes - Collectif Argos - Collectif Extra-Muros - Collectif Les Plumé·e·s - Collectif Spartacus des correspondants de radios francophones - Collectif des précaires de RFI - Collectif de pigistes du Monde - Collectif Antidotes - Collectif Presse-Papiers - Collectif Première Personne - Collectif Pigeons! - Collectif item - Collectif Singulier - Collectif Paye toi un journaliste - Collectif Tu Piges! - Collectif La Friche - Paye Ta Pige - Collectif le Schmilblick - Collectif Première Personne - L'Union des Photographes professionnels - Hans Lucas - Haytham - Divergence Images - Prenons La Une - Profession Pigiste - La Fédération Européenne des Journalistes - Syndicat National des Journalistes CGT - Union syndicale des journalistes CFDT - Info-com’CGT - Syndicat interprofessionnel de la presse, des médias, de la culture et du spectacle - Syndicat général du Livre et de la Communication écrite CGT, section des correcteurs- Association des journalistes scientifiques de la presse d'information - Association des journalistes éducation-recherche - Club de la Presse de Bretagne. La liste des signatures individuelles
Pour signer le texte c'est  ici
le Collectif Ras La Plume

jeudi 10 janvier 2019

Oh yes it's good to be the King



Le meilleur du photo journalisme s'exprime toujours le mieux quand il documente des trucs. Des vrais trucs je veux dire. Avec de la sueur, des larmes et du sang. Ça tombe bien parce compte tenu de la vacuité de la tête de ceux qui incarnent l'élite au pouvoir absolu et le mépris qui va avec, nous avons de fortes chances de finir par danser la samba ici aussi un jour prochain (si vous voyez ce que je veux dire)
En toutes choses, l'amateurisme a ses limites et il semble qu'elles soient atteintes un peu partout, pas tellement dans la photo mais plutôt jusqu'au sommet de l'État. Les strates intellectuelles de la société, les éditorialistes et le cortège de journalistes présentateurs, n'en parlons pas. Même la gauche humaniste est au tapis. On comprend qu'il n'y rien à attendre de gens qui visiblement ne comprennent pas ce qui est en train de se passer, empêtrés qu'ils sont dans leurs idéologies. D'ailleurs penser que ceux qu'ils prennent pour des toquards de basse extraction puissent émettre des idées politiques, ça leur fait peur. "Une foule n'est pas le peuple", "une aubaine pour l'extrémisme", "une machine à haine", autant de déclarations qui permettent de soigneusement éviter d'aborder les vrais sujets. Ceux qui se trouvent derrière le décor de carton pâte qu'ils sont en train de bâtir, autour de la révolte des gueux. Après avoir donné une majorité aux retourneurs de vestes, aux arrogants et aux petits arrivistes en costard de la société civile, les Français croient désormais trouver leur nouvelle planche de salut dans une "démocratie participative" où la voix d'un crétin aurait exactement le même poids que celle d'un abruti. Pauvres de nous. 
Mais ... You can be sure about one thing. Oh yes it's good to be the King !

Frozen Piglet

Il n'y pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va (Senèque)

jeudi 3 janvier 2019

Pôle Emploi

Aujourd'hui, trouver du boulot, c'est pas facile. Trouvez un boulot de "Photographe", c'est mission impossible (sauf pour moi, évidement). Par contre il est toujours possible pour les photographes nuls de bosser gratuitement (ils auront plein de boulot). Toutefois, à l'aube de cette année nouvelle et dans mon immense mansuétude, plutôt que de vous poster un GIF animé avec un Père Noël en slibard douteux et des filles à poil, j'ai décidé de te filer un plan à toi pour te remplir les fouilles en appuyant sur un bouton. N'importe lequel, vu que c'est du numérique.
On n'y pense pas souvent, mais sur le site de "Pôle Emploi", il y a 94 offres pour un poste de photographe à pourvoir, mais comme en France, personne veut travailler et tout le monde préfère toucher le chômage, personne répond. Ben ouais tu savais pas ? T'es con ou quoi ? Ils préfèrent rien foutre et faire des photos au noir pour les vendre sur Fotolia !
- Alors sur Pôle Emploi, il y a une seule annonce pour un poste de Reporter Photo/Video, mais c'est en Suisse dans un internat, il faut parler anglais et c'est un CDD de 42h par semaine et de 3 mois. En plus il faut dormir sur place et savoir imaginer des oeuvres artistiques ou plastiques avec ou sans cadre imposé. Ouch ! Alors là, c'est pas pour un français. Sinon c'est payé entre 2000 et 3000 CHF par mois (1782 à 2673 euros). Tu peux mettre ton fric directement en Suisse, vu que t'es déjà sur place. Pas mal.
- Après il y a plusieurs magasins de photographe à vendre vite pour cause de retraite. Il faut vite en profiter avant qu'ils fassent faillite. Ça devrait pas être sur le Bon Coin ça ? 
- Ensuite, il y a une flopée d'annonces pour du photofilmage à la neige et dans les maternité pour emmerder les skieurs et les parturientes (avant) et les nouveaux nés (après), les élèves des écoles communales, le tout comme auto-entrepreneur.
- Si tu veux bosser chez DYSNEYLAND Paris, il y a aussi un CDI 35h horaires irréguliers (le soir, le samedi, le dimanche et tous les autres jours aussi). "Salaire selon convention", ce qui veut dire qu'ils ont trop honte pour en afficher le montant même brut.
- Une agence d'Intérim de Narbonne propose une mission "prise de vues" de 4h00 à Port Leucate pour 40,12 euros bruts en salaire. La chance.
- Un studio photo du Jura "Esprit Start-Up" (ça veut dire que c'est payé le SMIC pour 2000 heures par semaine et t'oublieras pas de passer un coup de balai avant d'éteindre la lumière avant de partir) recrute un assistant.
- Il y a des plateformes type MEERO (des pépites d'un secteur innovant) qui veulent te faire bosser pour 25 euros la prise de vues dans l'immobilier. En gros, c'est à peu près tout. Dis pas merci. C'est déjà pas mal.

FP 

Bon le Père Noël, je le mets quand même pour amuser les chômeurs. Bonne année



samedi 29 décembre 2018

Les perles de la Presse



Qui n'a jamais rêvé de plonger au fond d'une "mère chaude" ? Hein ? Quoi ? Ça vous branche pas les MILF's ?
"Se" rêve peut devenir réalité les gars ! Bon mais faut aller à Berck aussi ... Oh putain la loose.

FP

J'y étais pas



Le gilets Jaunes, j'y étais pas. Enfin pas au début. Parce que à partir du 8 décembre, j'ai un peu suivi le mouvement sur les Champs-Elysées et un peu partout dans Paris, jusqu'au 22 à Montmartre. Ce qui me frappe en premier et depuis le début, c'est la détestation par ces mecs de tout ce qui est censé incarner le supposé parisianisme vis à vis des régions. En second, c'est la rupture totalement assumée avec la parole des élus, des politiques, des journalistes et des responsables des corps intermédiaires.On ne veut plus les écouter et on se moque totalement de leurs déclarations (je ne sais pas s'ils s'en rendent vraiment compte). Même si les premiers espèrent toujours reprendre la main tôt ou tard pour retrouver une forme de légitimité. Par contre, tout un tas de types extrêmement bizarres et venus d'on ne sait où, ont table ouverte sur les chaines de télé d'informations continues. Chaînes dont les reporters de terrain se font traiter d'enculés (où même se font agresser) à la première occasion. Ensuite, ils retournent faire des papiers sur la revente des cadeaux de Noël sur le Bon Coin. Personnellement, je me suis fait traiter de collabo, de pro-Macron, de connard et j'en passe. Je vois que les gens que je ne connais pas me connaissent bien. Ah oui ! J'ai croisé le photographe Eric Bouvet à l'Opéra et puis sur les Champs-Elysées. Il shootait à la 20X25. Un vrai poète. J'adore.

Dans les manifestations, les photographes professionnels (ou pas, surtout pas d'ailleurs) sont très nombreux. Ils sont équipés comme s'ils étaient à la frontière de la bande de Gaza et prennent des risques insensés. Habillés tout en noir, Ils cherchent du spectaculaire, de l'adrénaline, de l'affrontement, du sang si possible, en priorité. Ils se déplacent en bande, comme des volées de corneilles à la recherche de miettes de pain. À leur décharge, clairement c'est ce que demandent les médias du sang, pour illustrer leurs articles pitoyables sur le sujet. À chaque semaine, son os à ronger: les casseurs, les blindés de la gendarmerie, les tirs de flashball, les grenades de désencerclement, la quenelle et l'extrême droite, les agressions de policiers et de gendarmes, le réveillon des ronds-points etc... Cela permet d'éviter soigneusement d'aborder les problèmes de fond. À côté de cela, des centaines de types portant des gilets jaunes se trimballent en brandissant leurs smartphones pour poster des videos commentées en direct sur les réseaux sociaux. Parfois en plein milieu des affrontements, ils déambulent comme Jacques Tati dans ses films, croyant sans doute révéler au monde éberlué et aux trois personnes qui les regardent, les vérités vraies que nous cachent les médias dominants. 

Chez les gilets jaunes, il y a bien quelques outres à bière Bavaria et de manière générale, pas mal de consommation d'alcool, des quenelles par petits groupes aussi (avec des vides sanitaires qui se manifestent aussitôt autour d'eux pour éviter de se salir, sans doute) et puis il y a les autres, tous les autres qui espèrent enfin obtenir quelque chose. Vu que cela fait 40 ans qu'on leur dit que ça va arriver à chaque élection. 

Le fameux "coup de pouce au SMIC" (si cher aux journalistes) est parait-il déjà là, comme le Beaujolais Nouveau et le populisme. 100 euros de plus par mois qui se décomposent comme suit: 20 euros pour compenser l'inflation (donc=0) et 80 euros défiscalisés sans charges sociales. Où quand l'État institutionnalise le black. C'est comme si on tendait une enveloppe avec 80 euros dedans aux heureux élus. Putain la chance ! Malheureusement, tout cela ne semble pas calmer les ardeurs des manifestants. Macron devrait peut-être inviter une délégation à Saint-Tropez pour boire des cocktails chez Senequier.

Frozen Piglet

Les classes dominées ne parlent pas, elles sont parlées (BOURDIEU).

J'ai un message pour le connard qui m'a visé avec une gros pavé avenue Marceau. Il est tombé à un mètre devant moi ton truc. Caramba, encore raté ! Vises un peu mieux la prochaine fois, enculé. Au fait, j'ai ta photo.



























Les classes dominées ne parlent pas, elles sont parlées (Pierre Bourdieu).

lundi 24 décembre 2018

Shut the Fuck Up Stock

On connait tous l'anecdote du photographe qui rate une superbe vente à 10 000 USD, parce qu'il a uploadé avant sa photo, sur un micro stock où elle est en vente à 2 USD libre de droits. Le mec se lamente sous les quolibets de la foule, mais c'est trop tard et il n'a plus que ses yeux pour pleurer. À un moment, je pensais même que c'était une légende urbaine comme les crocodiles dans le égouts. Mais la publication de l'histoire survenue au photographe canadien Michael Stemm prouve le contraire. Sur la foi d'une connerie Youtube prétendant apprendre en 10 minutes, aux blaireaux de compétition, à diversifier leurs sources de revenus et devenir riches à crever en une semaine, ce gars-là a donc ouvert un compte sur ShutterStock pour pouvoir lui aussi se goinfrer comme un goret. Suivant le précepte fondateur de la photo de stock selon lequel, il vaut mieux vendre 100 fois une photo libre de droits, que vendre une seule fois, une photo en droits gérés (pour les ignares: à un prix en rapport avec l'utilisation qui en sera faite). Comme sa photo de pont sous la neige était plutôt jolie, elle a vite trouvé un débouché commercial dans un échange à même de satisfaire toutes les parties. C'est Walmart, le groupe de grande distribution (16 milliards de dollars de bénéfice annuel et les salaires les plus bas du marché du travail aux Etats-Unis) qui a acquis les droits de cette photo pour l'utiliser sur des cartes postales de Noël, des calendriers de Noël, des serviettes de plage (500 000 pièces au minimum par item). Quote-part du photographe, 1,88 USD pour l'ensemble et aucun recours possible. Ce joli conte de Noël se termine bien puisque Michaël pourra toucher son argent quand il aura atteint le plafond minimum de 50 USD sur son compte ShutterStock. Autant dire qu'il ne le touchera jamais puisque je doute qu'il renouvelle cette expérience tellement "enrichissante". Merci Père Noël ! Bonnes fêtes à tous !

Frozen Piglet

NB: La spécialité de Michaël Stemm ? Il vend en direct des cartes postales et des calendriers imprimés à partir de ses photos personnelles. Qu'est-ce qu'on rigole quand même.



lundi 5 novembre 2018

TF1 n'a pas d'argent

Publié sur la page Facebook de Philippe de Poulpiquet - Photographe salarié du "Le Parisien"
Amis Photographes, (encore) une proposition très sérieuse aujourd’hui de TF1 qui « adore » une de mes photos que j’ai réalisée d’un célèbre artiste. Vous allez aimer : « TF1 souhaiterait la diffuser pour leur cérémonie des NJR Music Awards en la projetant 3 fois sur leur écran géant » (devant plusieurs millions de téléspectateurs). Génial! Petit problème, ils n’ont « pas de budget ». Mais « TF1 propose en échange de mentionner mon nom et celui de mon journal à la diffusion » (d’ailleurs je vois mal comment c’est possible).
Alors je me suis permis cette petite réponse pour les éclairer : « Essayer d’imaginer un jour un monsieur qui entre dans une boulangerie pour acheter du pain. Il prend trois baguettes et explique au boulanger qu’il n’a rien pour le payer, mais qu’il ne manquera pas de mentionner son nom et celui de sa boulangerie à ses invités lors du déjeuner prestigieux qu’il a organisé ! Je pense que le boulanger, qui se lève tous les matins depuis 25 ans pour faire son pain, appréciera ou va peut-être chasser le gentil monsieur à coups de pompes dans le cul non?! Si il n’a pas appelé les flics avant d’ailleurs ?! ». Ma réponse est éclairante ou pas? Allez, merci TF1. 😉
PS: Et encore je mesure chaque jour ma chance, car je suis salarié d’un grand journal, alors pensée et soutien total à mes amis indépendants !


vendredi 19 octobre 2018

Rest in Peace



Parfois je repense à l'époque bénie où n'importe quelle start-up pouvait se faire financer son projet à la con à condition qu'il soit connecté et que son objet comporte l'expression "journalisme citoyen". Il pouvait même profiter du réseau de l'AFP, comme marche-pied.
C'était le bon temps. Hein les gars ?? Ce jugement du tribunal de commerce ne date que du 6 septembre dernier et l'histoire se termine donc par une liquidation judiciaire (02/10), une belle faillite et 1 052 700 euros de pertes pour la dernière année d'exercice. J'espère que les actionnaires ne vont pas se jeter par la fenêtre comme en 1929. Non parce que j'ai des projets pour eux. Non mais revenez les gars ! Revenez ! J'ai plein d'idées pour vous !

FP

Au cas ou vous auriez suivi l'histoire, la société qui avait repris Citizenside est elle aussi en liquidation et celle qui avait repris celle-ci est sub-claquante. C'était bien la peine de nous accabler de néologismes à la noix. Pas vrai A.G. ?

jeudi 18 octobre 2018

La Vie d'Artiste

Certains prétendent que le Palais de L'Elysée serait à la dérive, que l'équipe qui dirige l'état serait une bande de d'amateurs et d'incompétents, que sa communication serait à la masse. C'est très exagéré. Regardez la dernière intervention du Président de la République, celle avec ses pages formats A4 toutes raturées, genre moi au moins je travaille,  pas comme vous tas de fainéants. Et bien moi je dis que le type qui a conçu et réalisé l'éclairage de cette intervention est digne de Ingmar Bergman. Le gars mérite un César au minimum. Si ça se trouve, il est suédois et travailleur détaché ? Bon juste un petit bémol, il manque une plante verte en arrière plan pour bien se marier avec la lumière ambiante. En tout cas, c'est sympa de prendre des stagiaires en première année d'école privée de cinéma. Arriver à ce niveau de technicité quand est rentré le 1er septembre sur les bancs de l'école et qu'on est le 18 octobre seulement, il faut le faire. Bon la lumière est un peu verte et on a un peu oublié le sujet principal, mais le budget alloué ne permettait pas d'acheter des gélatines pour les projos et la balance des blancs en automatique du caméscope est un peu à la rue à cause des drapeaux. Nouveau monde, nouvelle politique, nouvelle économie, c'est aussi la nouvelle nouvelle vague ou quoi ?

Frozen Piglet


jeudi 11 octobre 2018

Combien gagne un photographe ?

Combien peut bien gagner un photographe professionnel ? Bah ouais hein combien ?? C'est la question que tout le monde se pose et on veut avoir une réponse ! Des fois qu'on pourrait s'y mettre nous aussi à se baisser pour les ramasser.

Pour commencer et de manière générale, un photographe ne gagne rien avant d'avoir payé les frais qu'il a engagé et l'amortissement de son matériel, ainsi que son entretien et son renouvellement (du matériel, pas du photographe). Sauf s'il a un petit vélo dans la tête, parce que il a atteint pour la première fois  2000 euros de facturation à la fin d'un mois et qu'il claironne donc partout qu'il gagne 2000 euros par mois. Un travers fréquent chez les nouveaux venus qui pètent un câble dés qu'ils ont gagné 3 ronds alors qu'ils "shootaient" jusqu'ici gratuitement ou presque. On en reparlera quand tu seras à 230 le mois suivant mec. Ah ah ah ! Quelle rigolade !
Ensuite, c'est là que cela se complique, le pro doit payer ses contributions obligatoires (assurance maladie, mutuelle, retraite etc ...) selon un statut qu'on lui a imposé la plupart du temps. Les photographes nouveaux venus sont aujourd'hui, très souvent logés à la même enseigne que les connards de chauffeurs de VTC, les livreurs de Pizzas pustuleux Deliveroo et autres métiers précaires de merde, comme les acteurs de prono. Un non statut résultat de la politique ultra libérale de tous les gouvernements de motherfuckers qui se sont succédés depuis des décennies. Les autres ? Ben ils sont auteurs ou ce genre de conneries et c'est pas mieux. Cela dit, les photographes bénéficient souvent en prime, d'une hernie discale (en fin de carrière de préférence) et pour certains, je vous rassure très peu nombreux, d'une " allocation pour frais d'emploi "désignée improprement sous le vocable"d'abattement fiscal" (*), car ils ont la carte de presse (c'est une opération blanche pour eux, puisqu'ils ne récupèrent pas la TVA, exemple: 1300 euros acquittés sur un Nikon D5 à poils). Ceci dans le but inavoué de désigner l'ensemble de la profession de journaliste à la vindicte populaire et d'en faire l'une des plus détestée de France, en la pointant comme un ramassis de privilégiés et de vendus. 
C'est pourtant vrai ! Moi par exemple, j'ai vu mes revenus divisés par 3 depuis 15 ans et pourtant, jamais je n'ai produit autant d'images, donc de valeur. La valeur d'une image, parlons-en. Pour cela, le mieux est de regarder l'évolution des tarifs d'agence sur les images de presse et d'illustration.

Sur le tableau ci-dessus, vous pouvez suivre l'évolution du prix de vente en Dollars US des images d'un photographe qui en compte 20 000, archivées dans une des première agence mondiale. On voit que le tarif passe de 241 USD la photo à 18 USD entre 2003 et 2017, soit sur une période de 15 ans. Encore faut-il noter que le photographe ne touche que 50% de cette somme et seulement 30% quand il y un intermédiaire. Ce qui fait brut: entre 9 et 2,7 USD (putain la chance) et encore faut-il noter que nous ne sommes pas du tout dans un Microstock. Même si cette agence propose des licences en droits gérés ou libre de droits au choix. Faut-il vous faire un dessin ? Quelle profession pourrait résister à ce rouleau compresseur sponsorisé et organisé par Internet et son cortège d'enculés ?
La suite au prochain numéro, j'ai du boulot.

Frozen Piglet

(*) Les journalistes saoudiens eux se font abattre directement et ensuite découper en morceaux.

Cette semaine, une des agences dont je suis un contributeur a vendu une de mes photos 315 USD, ce qui va me rapporter 157.50 USD bruts. Pas mal pour une photo sans grand intérêt. La précédente a été vendue 11.04 USD, je vous laisse calculer.













vendredi 14 septembre 2018

La solitude du photographe moyen

Bien sûr j'ai été publié dans le New-York Times, dans le Wall Street Journal, dans NEWSWEEK, dans El PAIS, dans La Républica, dans Le FIGARO, dans Libération et dans Charcuterie Magazine et plein d'autres trucs (VOGUE, Harper's Bazaar, Glamour, ELLE). Mais c'était des photos de merde que je préfère oublier. Bien sûr je suis contributeur pour 3 agences photo, dont 2 parmi les premières du monde, mais je vends pas grand chose et vu les tarifs pratiqués, je m'en fous un peu. Bien sûr j'ai travaillé pour des tas de groupes de presse anglais, américains, japonais, russes, italiens, des ONG, des associations, des agences de pub énormes ou toutes petites, des marques de bagnoles, des cabinets d'avocats, des ministères et des institutionnels (la peste et le choléra). Mais dans l'ensemble, c'était avant. Avant quoi ? Je ne sais pas précisément, mais avant (Hein quand j'étais  ?? jeune ?! Ouais ta gueule). Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, je me sens un peu comme décalé et parfois je me demande si je ne suis pas un de ces photographes moyens. Attention pas nul ! Juste moyen quoi. Ben ouais sinon je serai invité sur France Culture pour parler de la mort du photojournalisme comme André Gunthert qui n'est pas photographe ! Dans (presque) tous les métiers, il y a les stars, les cadors, il y a aussi des nazes qui bossent comme des cochons (joke) et puis il y l'armée de mecs moyens où je dois être chef d'escadrille parce que finalement, je m'en sors toujours. Plutôt mal que bien, mais je m'en sors. Bon évidement, c'est pas très flatteur pour l'égo de n'avoir aucune perspective de recevoir un jour le VISA d'or ou le WorldPress. T'as déjà vu un "WorldmoyenPress" ou un "VisaMoyen d'Or" toi ? Eh ben moi je dis que ça devrait exister, comme-ça je pourrais peut-être l'avoir. Et dans la foulée, on pourrait décerner un "WorldphotoshitPress" et un VisaMerde d'OR. Comme ça y'aurait pas de jaloux et là, je suis sûr que je l'aurais !

Frozen Piglet

mercredi 5 septembre 2018

Désolé, vous êtes FreeLance

Dans les cafés ou les bars parisiens, j'écoute parfois en gloussant la conversation des lapins de 3 semaines nés en incubateur, qui peuplent les jeunes pousses de la "StartUp Nation" de Macron. On se demande par quel miracle, tous ces enfants précoces ont eu le bac avec mention et leur master 2 en innovation numérique ("montez votre startUp en vous formant"), les doigts dans le nez, et ça malgré leur orthographe disruptive, leurs 10 fautes par post sur FaceBook et leur allergie aux produits laitiers. Ils sont trop forts. Moyennant quoi ils se mettent à couiner comme des truies qu'on égorge quand ils doivent faire semblant de travailler jusqu'à 21h00 et se faire livrer par Uber Eats: "Vas-y ! Prends-la ta bouffe de merde ! Enculé !" (ça c'est le livreur qui a même pas de Master 2 en innovation numérique). 
Moi je vais vous dire. Alors qu'un nouveau monde n'a jamais été aussi attendu, celui qu'on nous désigne n'est qu'une fiction de plus. Un univers pseudo post-moderne au bord de l'asphyxie (au propre et au figuré) qui cultive tous les travers de l'ancienne économie, mais à la puissance 10. Certains prétendent qu'on veut nous mettre en ligne aujourd'hui comme on voulait nous mettre à la chaine dans les années 60. Ça se défend.
Bon tout ça, c'est rigolo 5 minutes, mais j'en ai rien à foutre. C'est la rentrée et comme tous les mecs qui exercent ce métier de con, je me demande comment je vais me démerder pour gagner de quoi bouffer, payer mon loyer et acheter un D5. Ben oui, un Nikon D5. T'es con où quoi ? Tu crois tout de même pas que je vais me faire avoir par ces conneries mirrorless qui viennent de sortir. 
Oui, c'est la rentrée et je suis en conflit ouvert ou larvé avec à peu près tous mes employeurs pour des questions de droits liés aux réutilisations. Je suis remonté comme une pendule. Ça va chier.

FP 





lundi 30 juillet 2018

Homo Domesticus

C'est peut-être parce que le métier de photographe a perdu de son éclat que l'inspiration pour en parler me fuit. Il faut dire que de renoncements en petites humiliations, d'abdications en déceptions, de conflits larvés en conflits ouverts, la vie professionnelle  des photographes tend à devenir un calvaire. Je ne sais pas si les modèles de l'ancien monde sont dépassés, mais ceux du "nouveau", (celui appelé de ses voeux par une armada de connards décérébrés) puent salement de la gueule. Bien sûr l'idéal serait de faire travailler des mecs gratuitement pour remplacer ceux qui jadis prétendaient se faire payer. Curieusement à ce jeu-là, c'est souvent les gens à qui la vie a tout donné qui sont les plus acharnés à tenter de convaincre les autres qu'ils sont presque inutiles. D"ailleurs leur travail ne vaut pas plus qu'un sachet de chips et un t-shirt made in China. Ils n'hésitent pas à le dire et à l'écrire. 


Admirez la mention " Appareil photo avec réflexe numérique et flash", presque trop beau. pas vrai ? Juste en dessous, extrait d'un interview dans le Parisien, datant de 2008, du Président et propriétaire du RCT, Djamel Boudjellal, celui qui encourage le bénévolat et donne des leçons à tout le monde sur RMC Infos. Il est chevalier de la Légion d'Honneur et de l'Ordre National du Mérite, au titre de l'ensemble de son oeuvre. Il se dit de gauche et soutient Estrosi. On en est plus à cela près.

«J 'AI UN APPARTEMENT au poignet, ça pèse lourd 150 000 €. » Assis à une table bien en vue du Zinc, restaurant huppé de Toulon, Mourad Boudjellal exhibe sa montre, une Breitling en or sertie de diamants. Costume Versace, ceinture Hugo Boss, l'atypique président du Rugby Club toulonnais (RCT) multiplie les signes extérieurs de richesse : Ferrari 430 Spider Modena (190 000 €), Maserati Grand Turismo (150 000 €). « J'ai aussi une salle de sport, un tapis de course avec écran télé relié au câble et lecteur DVD intégré », tient-il à préciser. Sans pudeur, l'homme d'affaires de 48 ans tente chaque jour d'oublier ses origines modestes. « J'aime l'argent, je veux en profiter un maximum en attendant de mourir », assène-t-il.

On est les champions, on est les champions, on est, on est on est, on est les champions !
Bonnes vacances à ceux qui peuvent en prendre et bon courage aux autres.

Frozen Piglet


Le rugby, je m'en bats l'oeil avec une patte de langouste. Le jour où l'équipe de France battra les Blacks en finale de la Coupe du Monde, on en reparlera.

lundi 18 juin 2018

Et la connerie, quand est-ce qu'on l'interdit ?



Est-ce utile de dire que cette affirmation est totalement fausse ? Mais sur Internet, les crétins sont légion.

FP

vendredi 11 mai 2018

Fraises Tagada

On a beau dire, on a beau faire, l'argent que tu gagnes en pratiquant la photographie professionnelle, reste le nerf de la guerre. D'abord parce qu'il signe le fait que ton travail vaut encore quelque-chose. Ensuite parce qu'il faut bien payer ton Nikon D Kekchose et accessoirement tout un tas de trucs comme des chaussettes neuves pour remplacer celles qui sont trouées (3,90 euros chez UNIQLO à l'Opéra) ou faire mentir tous les cons qui pensent que la photo est forcément un loisir tellement facile avec le numérique, que tout le monde peut le pratiquer, un doigt dans le nez, un doigt dans le cul.
Les mecs qui ont voté Macron (c'est les mêmes), c'est un mystère pour moi. Un peu comme ceux qui aiment bouffer des oursins. Je ne comprends toujours pas qu'on puisse aimer cette merde orange. Personnellement, je pratique le vote blanc au deuxième tour depuis longtemps et désormais, je serai assez sûrement dans le camps des abstentionnistes assumés. De toute façon, tous les spécialistes de la spécialité s'accordent pour dire que les présidentielles de 2017 étaient les élections de la dernière chance. S'ils ne se trompent pas, la prochaine fois, c'est le saut dans l'inconnu. "L'exécutif incite les français à être patients avant de juger " qu'ils disent. Ça fait 30 ou 40 ans qu'on dit aux français d'être patients et d'attendre les résultats des mesures économiques, censées remettre sur les rails l'économie. Tout ce qu'on voit, c'est  un pays exsangue et incapable de produire autre chose que des boulots payés 1000 euros par mois et une hyper-classe de types qui se goinfrent comme des gorets. Dans ces conditions, il ne faudra pas s'étonner qu'une explosion sociale finisse par se produire. Surtout avec un projet de société qui vise à soumettre un max de gens en les condamnant à la précarité, sans aucun espoir de pouvoir en sortir un jour. C'est toujours le mépris et l'humiliation qui rendent les hommes mauvais et incontrôlables vous savez ? Croire que cette fois encore, l'intendance suivra comme toujours est totalement stupide. 
En même temps, les manifs, les grèves, les troubles à l'ordre social, c'est du pain béni pour les petits photographes qui commencent à se la raconter et qui courent partout casqués et habillés en noir. Plus besoin d'aller se faire tuer en Syrie, il suffit de marcher jusqu'au au coin de la rue pour faire des images du black bloc et des McDo qui brûlent en frémissant de l'échine et en se mettant du sérum phy dans les yeux. Ça tombe bien finalement, ça réduit les frais et les risques de se prendre une balle dans le cul. Samedi, j'étais moi aussi à l'Opéra pour le pique-nique de Ruffin (j'apprécie sa grande gueule, forcément) à la fois par curiosité et pour faire quelques photos (ben ouais kes t'as ta ?). À cette occasion, j'ai pu me rendre compte que les militants de la "France Insoumise" sont largement aussi cons que les autres. Ce qui ne m'étonne guère, mais ce qui donne un avant-goût de ce qui nous attend si un jour, ce parti arrive au pouvoir. Mon reportage, je l'ai envoyé le soir même à une de mes agences. Une semaine après, il n'est même pas téléchargé. Vive le joli mois de mai !

Frozen Piglet

C'est vrai, mes posts s'espacent, tout comme les commentaires de visiteurs.
Je ne vais pas vous faire le coup du mec débordé. D'ailleurs une majorité de gens pensent que les photographes n'en branlent pas une. C'est juste que je suis obligé de travailler beaucoup plus pour gagner ma vie et j'ai passé l'âge de vivre aux dépens de la collectivité. 







vendredi 9 février 2018

Encore des mots, toujours des mots, rien que des mots



Congrès, conférences de presse, salons, inaugurations et ministres en tous genres, les discours quand on est photographe de presse et qu'on cachetonne pour survivre, on en bouffe au kilomètre. Quand j'entends le mot discours, je sors mon 70-200 (Faut ce qui faut). Et dés que j'entends les mots ou les expressions: enjeux, projet, accompagner, revaloriser, mesures, dispositif, gouvernance, innovation, s'engager, revaloriser, défis, formation, train de mesures, demain, valeur, sur le terrain, je passe en mode VR pour pas être flou (comme le mec de l'AFP). Ben ouais ! À cause des soubresauts qui m'agitent légèrement à force de rigoler.
Alors comme dans la photo, il y a les pros et les amateurs. Les pros sont capables d'improviser sur n'importe quel sujet et même jacter pendant des heures, vu que c'est leur boulot. Chez les amateurs, c'est plus compliqué. Entre ceux qui deviennent violets à force de ne pas respirer entre deux phrases, ceux qui massacrent la ponctuation et la syntaxe, il y a la place pour toutes les genres de supplices. Parfois ça dure des heures, parce qu'ils sont plusieurs à avoir la légion d'honneur et qu'ils se repassent le micro dans lequel ils ont postillonné. La plupart du temps, ils se contentent de lire des textes qu'ils n'ont pas écrit. Ça tombe bien, personne ne les écoute et les gens sont juste là pour le cocktail qui va suivre. Mais ça donne du boulot au service com, au traiteur et au prestataire de services qui filme ce grand moment façon "Cecil B DeMille", pour en faire un film que personne ne regardera jamais.
Alors tu veux toujours être photographe pauvre con ?
Caramels, bonbons et chocolat !

Frozen Piglet

mardi 30 janvier 2018

ABCDEFUCK



2018 commence mal. À vrai dire, comme tant d'autres, j'ai perdu depuis longtemps tout espoir de modestement gagner ma life avec la photo de presse. Presque les 2/3 de mon activité sont aujourd'hui consacrés à la rédaction d'articles pour des gens indifférents et antipathiques (pour la plupart mais pas tous). Même comme cela, j'ai du mal à obtenir des revenus décents, alors que je travaille tout le temps. Cherchez l'erreur. D'ailleurs, ma première source de revenus pour 2017 restera l'AGS (Assurance Garantie Salaires) pour une belle liquidation judiciaire. Heureusement, on nous dit que la croissance dans la zone euro est au plus haut depuis 10 ans et aussi que les gens qui gagnent 1200 euros par mois coûtent encore trop cher. Evidemment, l'idéal serait de les transformer tous en micro-entrepreneurs (le nouveau nom pour les auto-entrepreneurs qui s'entreprennent tout seuls dans leur coin). Oui mais tout ça, c'est les foutaises répandues partout par l'armée mexicaine de connards privilégiés qui sévit dans les médias, celles qui consistent à dire que les métiers changent et qu'il faut savoir s'adapter, comme cela a toujours été depuis la nuit des temps. Ces inepties auront du mal à s'accommoder du déclassement social, de la division des revenus par 2 ou 3 (ou 4) et de l'explosion de la précarité. 
Parfois, je me souviens qu'il y a quelques années, j'allais à des conférences sur le futur de la presse. À cette époque là, des gars sûrement bien informés nous expliquaient que la presse papier n'existerait plus du tout en 2015 sauf peut-être en Chine et Inde. À cette époque, je croyais trouver des réponses aux questions que je me posais et en fait j'écoutais juste les conneries de mecs en pré-retraite des magazines. Où sont-ils aujourd'hui ? Peut-être au cimetière qui est comme chacun sait, peuplé de gens irremplaçables. Et ce sont sans doute leurs descendants qui nous expliquent que l'intelligence artificielle va nous remplacer elle-aussi. En fait, nous vivons juste une époque pleine de brutalité et de paradoxes où le futur plein de promesses est déjà réactionnaire avant même d'exister. Surtout, nous vivons une succession de spasmes numériques accompagnée d'une forme d'hystérie collective qui ne mène à rien. On dirait un bande d'autistes en train de rouler du caca entre leurs doigts. Bon en même temps, c'est un peu normal pour du digital, vous me direz. Mais les coutures de notre monde plein d'incohérences sont en train de craquer partout. Pour ma part, j'attendrai. Oui j'attendrai juste le jour ou cela va devenir insupportable et ce jour là, je ferai un beau reportage et j'aurai le World Press si ça se trouve. Ben ouais ! T'es con ou quoi ?

Frozen Piglet

En fait j'ai menti. J'ai honte. Je suis un nanti. D'ailleurs cette semaine, j'ai touché 83,78 euros sans rien faire. Voici la quote-part qui me revient après la fermeture pour liquidation (encore une mais c'est pas la même) d'une agence d'illustration photographique, faute de pouvoir me payer les 4 000 euros qui me revenaient en tant que contributeur. Elle a été victime des impayés de ses clients de la presse.  

mercredi 20 décembre 2017

Pour Info

Chère Photographe,

L'UPP APPELLE L'ENSEMBLE DE LA PROFESSION A ETRE SOLIDAIRE DANS LE PROCES DE NOS DEUX CONFRERES CONTRE LE FIGARO

Marc Enguérand et Pascal Gély ont assigné le Figaro pour avoir mis en ligne sur le site du Figaro depuis 2010 sans déclaration, sans autorisation l’ensemble de leurs parutions depuis 1997 soit plus de 1 000 photographies téléchargeables sans aucun copyright.
En première instance le Figaro a mis en cause l’originalité des photographies, a prétendu que la page d’un journal est une œuvre collective et donc qu’une photographie reproduite sur support papier en 1998 par exemple, donne au journal et au GROUPE Figaro tous les droits de reproductions de cette photographie, sur tous supports, pour la durée de la protection de la propriété intellectuelle ; en deux mots pour l’éternité…
Ils ont perdu en première instance.
En appel, les photographes décrivent l’originalité de chacune de leur photographie, démontrent qu’ils ont réalisé à leur seule initiative chacun de ces reportages et demandent des indemnités en réparation des différents préjudices à hauteur de 4.500 000 € chacun suivant le barème indicatif de l'UPP.

L'appel aura lieu demain,




jeudi 21 Décembre 2017 à 14h au Palais de Justice de Paris, devant la Cour d'appel (Pole 5-Chambre 2),
escalier Z 2eme étage,
emplacement 2-Z-.67.




CE PROCES, C'EST AUSSI LA DEFENSE DE NOS DROITS !
SOYONS NOMBREUX !

lundi 6 novembre 2017

World War Z



La semaine dernière, j'ai appris avec regret la fermeture de PictureTank, une agence coopérative de photographes et de collectifs de photographes bien connue, fondée il y a 15 ans à une époque où les agences traditionnelles de presse et d'illustration commençaient déjà à boire la tasse. C'est un très mauvaise nouvelle à double titre. Le premier, c'est que toutes les initiatives collectives en la matière sont bonnes à soutenir et à encourager dans un métier miné par l'individualisme. Le second, c'est le constat implacable qu'une structure qui réunissait pourtant des dizaines et des dizaines de photographes et de collectifs de professionnels de l'image ne s'avère plus capable de se financer elle-même. C'est vous dire l'état dans lequel se trouve la photographie et le photo-journalisme en particulier. Les ex-membres de la coopérative vont donc repartir chacun de leur côté vers de nouvelles aventures individuelles, en laissant derrière eux leurs illusions perdues de structure collaborative.
En fait la photographie est devenue peu à peu comme un espace de terre brûlée, quadrillée par des hordes hâves (comme dans "The Walking Dead") de types pas rasés, aux compétences extrêmement limitées, mais prêts à tout pour travailler pour 100 ou 150 euros la journée tous droits cédés (au black si possible). Dit comme-cela, ça peut vous paraitre pas si mal après tout. Mais essayez donc de vivre sur ce modèle économique en payant toutes les charges, l'amortissement et le renouvellement du matériel, ainsi que tous les frais divers à long terme et on en reparle. J'en aurai rien à foutre que ces mecs existent s'ils ne foutaient pas la merde un peu partout où ils passent. Car même s'ils sont nuls à chier, c'est ces connards venus de nulle part et sans référence qui servent quelque part de repère tarifaire à des donneurs d'ordres qui sont aussi nuls qu'eux. Je n'ai pas de temps à perdre et je ne réponds jamais à ces demandes basées sur un prix forfaitaire de guignol. Mais il m'est arrivé x fois de me faire doubler par une tête de noeud qui ne comprenait rien au travail et qui proposait sans sourciller un prix 4 ou 5 fois inférieur au mien, avec un grand sourire de connard et le résultat merdique qui va avec. Il parait qu'en France, un agriculteur sur 3 gagne moins de 350 euros par mois, eh ben la photo c'est pareil. Et avec cela, les consommateurs auraient des exigences de qualité. Non mais laissez-moi rire. Après tout, ils n'auront que ce qu'ils méritent.

Frozen Piglet

Seuls les échecs sont orphelins parait-il

vendredi 6 octobre 2017

Bordel

Ce matin, j'entendais à la radio un type issu de la classe dirigeante déclarer doctement à un artisan boulanger que s'il vendait sa baguette de tradition à 38 centimes comme le supermarché en face de son magasin (au lieu de 1,10 euro), il vendrait plus de pain et donc gagnerait plus d'argent. Qu'il valait mieux selon lui, vendre des milliers de baguettes à 38 centimes que quelques centaines à 1,10 euro. L'artisan lui objectait à raison que la baguette de tradition lui revenant à 50 centimes tout compris, il ne voyait pas comment ce serait possible (sachant que les 2 premiers postes sur un baguette sont la main d'oeuvre et l'énergie pour la cuire). Mais le connard de service de la radio lui recommandait d'y réfléchir quand même. Cette petite ritournelle néo-libérale ne vous rappelle rien ? Demander à un artisan de se transformer en industriel, il faut oser ... La radio, c'est comme les gares, on y croise des gens qui ne sont rien et des gens qui réussissent. Et l'artisan lui, il a réussi et l'autre connard, il a juste réussi à me faire chier avec ses conneries. Après il a été faire ses courses dans un magasin bio de commerce équitable pour que ses enfants restent en bonne santé et le plus éloignés possible des produits de merde des industriels de l'agroalimentaire. Ils sont nombreux tous ces métiers qui sont dans le collimateur de ceux dont le boulot justement, c'est de dire aux autres, à tous les autres, que leur travail coûte trop cher. Le rêve de tous ces types-là, c'est de confisquer à tous les gens qui arrivent à vivre honnêtement de leur beau métier, toute marge de manoeuvre et toute marge tout court. 
Récemment, j'ai fait quelques manifs (faut pas perdre la main, ben ouais t'es con ou quoi ?): UBER, Deliveroo et compagnie sont dans la rue (poursuivis par les guignols de NewZulu du photoclub des retraités des PTT). Ben oui, vous vous êtes bien fait baiser les gars. Il est bien temps de venir vous plaindre et monter des syndicats après avoir claironné que la vieille économie, c'était de la merde. Heureusement, vous êtes tous micro-entrepreneur maintenant. Ça fait plus classe, mais ça veut juste dire que vous êtes des cacas de mouche corvéables à merci à 5 euros de l'heure. Envolés veaux, vaches, cochons, couvées et bienvenue place de la République avec la sono gracieusement prêtée par la CGT. Bon ces photos, je les vends jamais, parce que le social, ça n'intéresse personne, mais je m'en fous. Je travaille pour la postérité moi monsieur. Nous les photographes, on se fait niquer aussi, mais différemment. Nos interlocuteurs dans les rédactions commencent par nous imposer des prix ridicules pour une prise de vues. Et puis la seconde couche (qui vient après quand c'est sec), c'est que on te dit que les photos sont tous droits cédés et donc utilisables n'importe où, n'importe comment sans rien payer. Ensuite ils t'annoncent que tu seras payé à parution en octobre pour un boulot que tu as fait en juillet. Enfin cela, c'est si la comptable est pas en vacances. Ben ouais Kes ta ?! Je me demande si je vais crever les pneus de leur bagnole et verser du sucre dans leur réservoir.

Frozen Piglet

Ça va vous sinon ?


C'est marrant, j'avais écrit cela en 2014:
L'innovation et l'adaptation sont un peu devenues l'antienne (la ritournelle !) des cons. Il faut voir les choses en face si nous rencontrons des difficultés dans n'importe quel métier, selon eux, c'est que nous ne savons pas nous adapter et si en plus nous ne sommes pas capables d'innover pour redresser la barre, alors le mieux est de disparaitre en courbant l'échine et en baissant les yeux. C'est clair, les cons sont très exigeants, surtout avec les autres. 
Ce qui est embêtants pour eux, c'est que les gens qui savent s'adapter et encore plus ceux qui savent innover sont une infime minorité et les cons en font très rarement partie (quoi qu'en matière de connerie, il soit toujours possible d'innover). L'immense majorité des individus cons ou pas est donc constituée de suiveurs qui ne font que reproduire ce qu'ils ont vu, entendu, lu (pour ceux qui savent lire). Mais en ce qui concerne la photographie, absolument rien n'a changé. Une photo de merde reste une photo de merde même avec un filtre Instagram. Une photo d'amateur même très belle reste une photo d'amateur par destination. Une photo d'auteur reste une photo d'auteur à condition qu'elle soit le reflet d'un univers original. Une photo de professionnel reste une photo de professionnel à condition qu'elle soit nette, bien cadrée et pertinente dans sa conception (une fois qu'on sait faire ça et c'est déjà pas facile, on peut faire tout ce qu'on veut et déroger à toutes les règles). 

En fait, on voit bien que le problème réside ailleurs. Et c'est bien la culture du travail qui est en cause et rien d'autre. La valeur du travail en général et pas du tout le travail des photographes en particulier. Mais ça les cons ne peuvent pas le percevoir aveuglés qu'ils sont par leur connerie. En fait, c'est le low-cost qui nous tuera tous et chez les cons, ce sera un massacre. 

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