lundi 30 novembre 2020

Vos Papiers !


Comme tant d'autres, j'étais à la manif contre le projet de loi sur la "sécurité globale" et son article 24, qui nous met à la merci des excités de la matraque. C'est marrant ces expressions fabriquées qui dans les faits veulent dire exactement l'inverse de ce qu'elles prétendent. Le truc, c'est que j'ai un peu passé l'âge de me faire casser les dents, donc je ne m'attarde rarement sur les lieux, sur ce genre de sujets. Je fais un tour d'horizon de ce qui se passe et je rentre sagement pour envoyer mes photos avant la fin de la journée. Alors bien sûr je rate les voitures en feu, les saccages de magasins, les passages à tabac des uns et des autres et puis des belles photos d'ambiance dans la lueur des flammes, mais je m'en fous. 

Des événements comme celui-là, j'en ai suivi des tas et j'ai encore en mémoire le bruit d'une crosse de fusil s'abattant lourdement sur le crâne d'un manifestant, Place de la République justement. Où bien cette jeune femme hurlant de douleur, toute ensanglantée, alors qu'un membre des forces de l'ordre venait de lui ouvrir le cuir chevelu avec un coup de matraque juste à un mètre de moi. C'était un temps où les voltigeurs de Pasqua s'en donnaient à coeur joie en binôme sur leurs motos, en montant sur les trottoirs. Et croyez-moi, presse ou pas presse, il fallait courir vite. 

Que les métiers du maintien de l'ordre et de la police en général attirent toute une bande de timbrés qui avancent plus ou moins masqués, c'est un fait clairement établi. Même si tous les flics ne sont pas à mettre dans le même panier. Globalement, et sauf exception, les photo journalistes ont des rapports exécrables avec la police. Elle nous voit au mieux comme des fouille merdes, au pire comme des ennemis. Elle ne fait donc rien pour nous faciliter le travail. Elle fait même tout son possible pour nous mettre des bâtons dans les roues, au besoin en inventant des textes de lois, ou des directives préfectorales qui n'ont jamais existé. 

Mais quand on se retrouve dans une situation plus ou moins insurrectionnelle même localisée, on doit mesurer les risques que l'on prend et les assumer. C'est aussi cela être photo journaliste. Dans le cas contraire, on est un inconscient ou un abruti, même habillé en noir avec un appareil photo autour du cou et un casque barré de la mention "Presse" en orange fluo. Le problème est qu'il y a aujourd'hui une réelle tension dans l'air, dans tous ces évènements, pour tout un tas de raisons. D'ailleurs tout le monde sait pertinemment comment cela va se terminer. Beaucoup de gens qui réalisent des images attendant avec une sorte de gourmandise le moment où cela va dégénérer, en espérant être au coeur de l'action. C'est vrai, les bagnoles qui crament, c'est très photogénique, surtout à la tombée de la nuit. Mais j'ai peur que un jour, cela se termine très mal. 

Tu veux toujours être photographe pauvre con ? Rendez-vous dans les prochaines manifs et fais attention à toi.

Frozen Piglet

jeudi 19 novembre 2020

Floutage de Gueule

Décidément ce gouvernement n'en loupe pas une, et son arrogance est au moins aussi grosse que la taille de son melon. Faudrait peut-être qu'ils pensent à confier leur communication à des professionnels (comme-moi). Hier, le ministre de l'Intérieur a évoqué la nécessité pour les journalistes de se «rapprocher de la préfecture de police pour couvrir une manifestation». Selon ce mec, les journalistes devraient donc être aux ordres de la Police, lorsqu'il s'agit d'exercer ou non leur métier dans le cadre d'une manifestation autorisée ou pas. 

Il faut dire que son "schéma national de maintien de l'ordre" prévoit l'instauration "d'un canal d'échange dédié" entre la police et les journalistes. Attention, pas n'importe lesquels: Ceux "titulaires de la carte de presse accrédités auprès des autorités". Ça va pas faire grand monde, puisque ceux qui n'ont pas la carte de presse ne l'ont pas et ceux qui l'ont et qui voudront se faire accréditer travaillent pour le journal de la police ou Valeurs Actuelles, non ? Sinon pour les fameux "médias libres et indépendants", c'est mort (bonne garde à vue les mecs !).

Tout cela pour dire que dorénavant, on peut se retrouver au gniouf pour avoir photographié ou filmé des policiers dans l'exercice de leur fonction. Surtout s'ils sont identifiables et que l'on devient ainsi les complices objectifs de racailles de banlieue ou d'islamistes radicaux rétrécis du bulbe. On peut tout aussi bien être arrêté pour être resté sur place alors que l'ordre de se disperser est prononcé. 

Bon c'est sûr que c'est plus facile de s'attaquer aux porteurs de mauvaises nouvelles que de faire régner l'ordre dans les territoires perdus de la République. Moi qui croyais que les médias et les journalistes étaient tous vendus au pouvoir politique. J'ai du rater un épisode. 

En résumé, on ne peut pas se mettre du côté des manifestants au risque de se faire casser la gueule: ("Le photographe Ulrich Lebeuf, qui couvrait le rassemblement des catholiques dimanche après-midi à Toulouse pour Libération, a été violemment agressé par un manifestant, qui a endommagé son matériel, arraché son masque et lui a porté un coup de poing au visage. Une plainte va être déposée" - Libération - 15 novembre 2020) et on ne peut pas non plus se mettre du côté de la maison "Royco" sous peine de finir en cellule et accessoirement de se faire casser la gueule pareil. Le monde est compliqué.

Tu veux toujours être photographe pauvre con ? Eh ben t'as qu'à faire les mariages, si tu veux pas te retrouver en garde à vue.


Frozen Piglet


Tribune. Responsables de rédaction, nous nous inquiétons de la volonté du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, de porter atteinte à la liberté de la presse dans le cadre des manifestations.

La volonté exprimée d’assurer la protection des journalistes revient à encadrer et contrôler leur travail. Ce dispositif s’inscrit dans un contexte particulièrement inquiétant avec la proposition de loi sur la « sécurité globale » qui prévoit la restriction de la diffusion des images de policiers et de gendarmes.

Les journalistes n’ont pas à se rapprocher de la préfecture de police pour couvrir une manifestation. Il n’y a pas d’accréditation à avoir pour exercer librement notre métier sur la voie publique.

Nous refuserons, pour cette raison, d’accréditer nos journalistes pour couvrir les manifestations.

Nous réaffirmons notre attachement à la loi de 1881 sur la liberté de la presse et serons vigilants pour qu’elle soit préservée.

20 Minutes, AFP, BFM-TV, Le Canard enchaînéChallengesCharlie Hebdo, CNews, Courrier International, Europe 1, les rédactions de France Télévisions, le HuffPostLa CroixLa Croix hebdoLa Vie, LCI, Le JDD, Les Jours, Le PèlerinLes EchosL’ExpressLe FigaroLe Figaro-MagazineLe PointLe MondeLe Parisien/Aujourd’hui en FranceLibérationL’Obs, M6, MarianneMediapartParis Match, Politis, Slate, Télérama, RFI, les rédactions des antennes de Radio France, RMC, RTL, TF1, L’Alsace, Le Bien public, Le Dauphiné libéré, Les Dernières nouvelles d’Alsace, L’Est républicain, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Progrès, Le Républicain Lorrain, Vosges Matin, la Nouvelle République du Centre Ouest, Centre-Presse, La Montagne, La République du Centre, L’Eveil de la Haute-Loire, L’Echo républicain, L’Yonne républicaine, Le Berry républicain, Le Populaire du Centre, Le Journal du Centre, Le Pays Roannais, La Ruche, Le Régional de Cosne, La Gazette de Thiers, La Voix du Sancerrois, Le Courrier du Loiret, L’Eclaireur du Gâtinais, Le Journal de Gien, L’Eveil hebdo, le Journal de la Haute- Marne, la Provence, la Marseillaise, Sud Ouest, La République des Pyrénées, L’Eclair, Charente Libre, Dordogne Libre


La commission de la carte d'identité des journalistes professionnels, composée de journalistes et d'éditeurs de presse en activité dans tous les secteurs, tient à rappeler, dans le contexte actuel, une évidence.

La carte de presse, délivrée sur des critères légaux, se suffit à elle-même pour démontrer sa qualité de journaliste professionnel sans autre formalité de quelque sorte, accréditation notamment (c'est vrai aussi en ces périodes de confinement).

La CCIJP ajoute que si cette carte d'identité, document officiel, peut être montrée par exemple à tout membre des forces de l'ordre, elle ne doit en aucun cas être remise et laissée à des personnes étrangères à celle ou celui qui la détient.

Attribut du statut de journaliste, elle démontre la qualité du journaliste professionnel ; outil de travail, elle facilite son activité sur le terrain et le protège ; elle est par ailleurs un outil social qui permet au journaliste de faire valoir ses droits (dans les entreprises de presse, au chômage, etc...) tout en respectant des devoirs (chartes de déontologie) ; elle est enfin un symbole de la démocratie.

La commission de la carte d'identité des journalistes professionnels.

Paris le 23 novembre 2020

 

mercredi 4 novembre 2020

Alone in the dark

Il parait qu'on a pas besoin d'attestation, pour faire son taf, quand est photographe et journaliste comme-moi (ben ouais kes t'as ?). C'est possible. De toutes façons, on a pas de boulot, alors on s'en fout. En attendant, on m'a demandé de me foutre entièrement à poil pour mon reportage sur Notre-Dame et en plus j'ai dû prendre une douche à la sortie. Ça fait drôle quand on est pas habitué. Moi je ne prends que des bains et le développement durable, je l'emmerde. Dans le temps je faisais un double fixage, mais tout ça c'est fini. 



En plus comme mon ballon est trop petit, des fois on se lave dans le même bain avec Madame Piglet, parce que y a plus d'eau chaude, alors fais pas chier. Ouais enfin là, je m'égare. J'aime bien ce genre de reportage où avant même que tu aies fait quoi que ce soit, on t'avise que si jamais on voit les photos sur une autre publication que celle qui t'envoie, tu seras roué en place de grève, écartelé et pendu au gibet de Montfaucon, où tu pourriras les yeux mangés par les corbeaux. Tout cela parce que une agence mondialement connue dont le nom commence par un M et finit par un autre M a l'exclusivité sur le truc. Ces gars-là, je les prends quand il veulent  et avec mon vieux D4, je les mets minables. Entchoulés !

La semaine dernière, j'étais sur une autre cathédrale qu'était pas mal non plus et on n'a pas fait tant d'histoire, sauf quand un mec a voulu prévenir l'architecte des bâtiments de France que je faisais des photos. De quoi je lui ai fait ?? Tu peux répéter ?? Alors là je lui ai dit que 90 mètres, ça faisait haut et qu'il devrait peut-être se confesser avant de sauter. J'étais arrivé le matin par avion et dans le zinc, on était 6 passagers et 40 sièges vides. C'est comme-ça la vie en ce moment. Du coup j'avais une jolie hôtesse presque rien que pour moi.

Faut dire que dans mon numéro de carte de presse, il y a 3 fois le chiffre 6 aussi. "666", le chiffre de la bête. C'est pour ça que j'aime les films d'horreur. Une fois j'ai fait une photo sur 360° sur le toit de la samaritaine et j'avais l'impression d'être dans l'Exorciste. Heureusement il y a plus d'eau bénite dans les églises, rapport au virus.

Bon courage les gars et que Raoult soit avec vous et avec votre esprit.


Frozen Piglet

lundi 12 octobre 2020

Combien gagne un photographe ?

Annonce Pôle emploi / octobre 2020


Juste à l'heure où NIKON vient d'annoncer l'arrêt de la production du F6, l'idée selon laquelle les photographes pro se sont goinfrés pendant des décennies à l'époque de l'argentique est encore assez largement répandue chez les imbéciles. Heureusement, depuis que le numérique est la solution à tous les problèmes, le vulgum pecus peut accéder librement et sans frais (selon lui) à la reproduction d'une réalité étriquée et sans relief, au travers du capteur minuscule de son smartphone dont il est l'esclave débile. Il peut ainsi se constituer son petit panthéon photographique personnel en regardant le monde à travers un écran de minus.

Mais combien gagne un photographe de métier aujourd'hui, s'il en reste quelques uns ? Ça c'est la question qui travaille les mecs qui aimeraient bien le devenir. Ce serait tellement facile avec le numérique qui permet à n'importe qui de faire des bonnes photos en gagnant plein de fric.

Eh bien, j'écoutais le fameux reporter de guerre Patrick Chauvel sur Franceinfo (Prix Bayeux-Calvados), parler des conditions dans les lesquelles il avait travaillé sur la chute de Baghouz en Syrie. Au delà du talent et de la destinée inouïe de ce type de 71 ans qui continue à arpenter les pays en guerre encore aujourd'hui, après 50 ans de carrière, on remarque sa lucidité implacable, quand il expose en 7 minutes le naufrage du reportage de guerre:

Mandaté par Paris-Match, il est payé 5000 euros pour ce travail qui se transforment en 3 800 euros une fois payées les cotisations sociales (appelées improprement charges pour culpabiliser les salariés), puis en 800 euros une fois payés les frais de reportage en Syrie (Hôtels de luxe et repas gastro midi et soir). Résultat net: 800 euros pour 6 semaines de travail. Moins de 20 euros par journée de travail avec énorme prise de risques. Alors pourquoi continuer dans ces conditions ? Je le sais depuis toujours. L'argent n'est pas un moteur ou un argument comptable pour les vrais photographes de conviction, qui pratiquent ce métier dans le but de témoigner. Ils sont souvent talentueux, donc rares et pas chers. Ce qui n'est pas le moindre des paradoxes. D'ailleurs la plupart des gens qui exercent le métier de photographe comme-moi, n'auront qu'une destinée minable qui ne laissera aucune trace, comparé à eux. Nous sommes pourtant, je l'affirme, à l'aube d'un nouvel âge d'or du photo journalisme. Tout simplement parce que la liquéfaction de l'état face aux problèmes de notre temps va engendrer un certain nombre de conséquences fâcheuses, à court terme, qui seront propices à l'exercice de notre métier.

Pourtant, je gagne plus que Patrick Chauvel (sur 6 semaines, c'est pas difficile), mais ça me fait une belle jambe et qu'est-ce que je me fais chier parfois. Pas tant dans mon travail, qu'en lisant les échanges surréalistes de gens qui se disent du métier et qui ergotent pendant des heures sur le statut d'auteur, les prélèvements de l'URSAFF, les cessions de droits, les contrats et les durées d'utilisation d'images à priori sans grand intérêt. 

Dans la presse, cela fait longtemps qu'on en est plus là. Et il faut se lever de bonne heure pour se faire payer la moindre ré-utilisation de ses photos et même se faire payer tout court. Les éditeurs de presse considèrent que payer une fois, c'est payer pour toutes les fois. Et quand ils se conforment à la loi, qu'ils payent les collaborations en salaire et signent un accord collectif sur les repasses, c'est un miracle et c'est qu'on est à Lourdes. Ici, "Paye ta Pige", vous pouvez trouver quelques exemples édifiants sur les tarifs couramment constatés dans le secteur de la presse et encore, on ne parle pas des délais de paiement. Pour ma part, je vais m'avancer un peu, je considère que travailler à moins de 300€ bruts en salaire prix ultra plancher (ce qui correspond à 450€ environ pour les autres modes de règlement des statuts pourris) sur une prise de vue qui va t'occuper une journée et plus avec la post-prod, relève du suicide professionnel. Même si sur une collaboration de longue durée et c'est très pénible à dire, il faut toujours prendre en compte le volume de travail effectué dans l'année. Mais on ne travaille pas à l'heure ! Malheureusement, pour beaucoup de photographes sans expérience, la rémunération est considérée comme un problème secondaire et non prioritaire. Si assez rapidement, ils ne sont plus là pour en parler en grandissant un peu, il en arrive de nouveaux tous les jours qui entretiennent la spirale infernale. Même s'ils sont nuls, il maintiennent par procuration un forme de pression sur les tarifs qui ne veulent plus rien dire. 

Alors, tu veux toujours devenir photographe pauvre con ?

Frozen Piglet






mercredi 23 septembre 2020

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Des photographes, il y en a des tas, même des vrais. Mais bien peu peuvent se vanter de vivre de leur métier aujourd'hui (à part moi je veux dire). Ceux qui ont un don peuvent cartonner et se faire des salaires de ministres (comme moi, mais je veux pas étaler non plus). 
Certains sont talentueux, se prennent pour des artistes, mais ne savent pas se vendre (ils font leurs courses chez LIDL). D'autres sont mauvais comme des cochons, mais ils savent gérer le côté commercial et négocier leur salade comme pas un, ils finiront à la FIAC avec un peu de chance. La dernière catégorie est constitué de l'immense majorité (*) de ceux qui sont des billes en photo et qui en plus sont des piètres vendeurs (hein ? Qui a dit des amateurs ??). Et pour eux, c'est très dur. Les pauvres. Que celui qui n'a jamais foiré une prise de vues leur jette la première pierre. Sauf s'ils font des désaturations partielles auquel cas, ils faut les lapider.

Mais au total, la photographie professionnelle sous toutes ses formes draine encore quelques derniers picaillons compte tenu du fait que remplacer des illustrations de qualité  par des images merdiques, quand on mène un projet un tant soit peu sérieux, est un mauvais calcul (hein ? Bah si ! T'es con ou quoi ?). Sauf pour les crétins évidemment qui pensent "qu'une photo reste une photo et que celle qui est gratuite reste donc la meilleure". C'est sans doute pour cela qu'une horde de roquets baveux sont à ses basques en tentant de faire croire que sans eux, rien ne peut exister. Et que je me retrouve avec 48h00 pour faire une prise de vues alors que cela fait 2 mois que le sujet est sur la table et qu'il faudra me payer !!! T'as compris pauvre buse ?

Oui, comme les livreurs de pizza en carton et de hamburgers en plastique, l'inénarrable MEERO a fait des petits et on ne compte plus les "market places" qui jouent les intermédiaires de mes deux et qui pullulent dans les pubs Facebook: Shooder, Ocus, Utopix, Lense, Ooshot, Coworkees, Konfian, Photopresta, Wideop, Malt, Upwork, Welenz, Myphotoagency, autant d'opérateurs opportunistes qui espèrent que la levée de fonds complètement folle de MEERO peut se reproduire par miracle. Prions pour eux mes frères, pour qu'ils soient rachetés avant la liquidation au tribunal de commerce. Hein oui ! La croissance externe qu'on appelle ça ...

Certains élargissent même leur offre de services à tous les "meilleurs Freelance" de la planète. À peine sortis de leur club de start-up junior d'école de commerce, à peine la version beta de leur site mise en ligne, qu'ils se revendiquent déjà d'une communauté de dizaines de milliers de membres actifs et de 23 abonnés sur leur page Instagram. D'ailleurs leurs photographes sont tellement bons que la page de présentation de ces plateformes est souvent luxueusement illustrée de photos de microstocks, genre Adode-Fotolia. Un rapide tour sur Tineye le confirme. Quand on passe sur les galeries des mecs, on a les yeux qui se mettent à saigner. Faut dire qu'à 100 euros les 50 photos retouchées aussi, on va pas demander du Helmut Newton non plus !

Mais ce n'est qu'un détail pour ces gens qui prétendent révolutionner l'offre photographique auprès de leurs clients qui sont potentiellement des millions et des millions ! Mieux ils proposent de décharger les photographes de toutes les tâches ingrates et libérer ainsi leur créativité. La post prod ? Ils la confieront à un système inédit d'intelligence artificielle ultra-performant (comme dans Robocop mais mieux). Quand je pense que je me fais chier pendant des heures à peaufiner mes tofs avec mes petites mains gercées, je dois être un peu con. D'autres proposent même le paiement de la mission 72 heures après. Alors là les gars, je m'incline. Vous êtes génies. Moi qui suis payé à parution fin de mois, y compris quand la dite parution arrive 6 mois après, je reconnais ma défaite. Je peux pas lutter. 

Non mais c'est eux qui ont raison. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. D'ailleurs 10 centimes du kilomètre et 30 euros la prise de vues, c'est pas mal. Hein les gars ?

Tu veux toujours être photographe pauvre con ?


Frozen Piglet

(*) Si t'as encore un doute, vas faire un tour sur les galeries des mecs qui sont sur Nikon.fr

NB: si vous voulez avoir une analyse fine sur l'aspect légal, le mieux est d'aller voir "ici " sur le site de l'avocate Joelle Verbrugge. Je dis ça je dis rien.


 Les médias signataires de l’appel : 
Alliance de la presse d’information générale
, BFMTV, Canal+, Challenges, Charlie Hebdo, CNews, Courrier international, Europe 1, France Télévisions, L’Alsace, L’Angérien libre, L’Avenir de l’Artois, L’Echo de l’Ouest, L’Echo de la Lys, L’Equipe, L’Essor savoyard, L’Est-Eclair, L’Est républicain, L’Express, L’Hebdo de Charente-Maritime, L’Humanité, L’Humanité Dimanche, L’Indicateur des Flandres, L’Informateur Corse nouvelle, L’Obs, L’Opinion, L’Union, La Charente libre, La Croix, La Dépêche du Midi, La Nouvelle République, La Renaissance du Loir-et-Cher, La Renaissance lochoise, La Savoie, La Semaine dans le Boulonnais, La Tribune républicaine, La Vie, La Vie corrézienne, La Voix du Nord, Le Bien public, Le Canard enchaîné, Le Courrier français, Le Courrier de Gironde, Le Courrier de Guadeloupe, Le Courrier de l’Ouest, Le Courrier picard, Le Dauphiné libéré, Le Figaro, Le Journal d’ici, Le Journal des Flandres, Le Journal du dimanche, Le Journal du Médoc, Le Journal de Montreuil, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Maine libre, Le Messager, Le Monde, Le Parisien, Le Pays gessien, Le Phare dunkerquois, Le Point, Le Progrès, Le Républicain lorrain, Le Réveil de Berck, Le Semeur hebdo, Le Télégramme, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Les Echos, Les Echos du Touquet, LCI, Libération, Libération Champagne, M6, Marianne, Midi libre, Monaco Matin, Nice Matin, Nord Eclair, Nord Littoral, Ouest France, Paris Match, Paris Normandie, Presse Océan, Radio France, RMC, RTL, Sud Ouest, Télérama, TF1, Var Matin, Vosges Matin.

mardi 8 septembre 2020

Tout nu et tout bronzé

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Le vol, cela n'arrive qu'aux autres, c'est bien connu. D'ailleurs, Il y a bien eu 3 cambriolages en 15 jours dans l'immeuble que j'habite au mois de mai, et c'était pas chez moi. Faut dire que lemecs le savent aussi que je dors avec une batte à portée de la main, dédiée entièrement à leur service. Ben ouais je ne connais même pas les règles de ce jeu, le Base Ball. Par contre je sais dire bonjour à coups de batte à un mec qui pénètre chez moi sans y avoir été invité.

Même si ma porte est blindée et que j'ai des barreaux aux fenêtres, j'ai quand même posé une caméra dans l'entrée pour filmer en HD les inconscients qui pourraient s'aventurer à rentrer sans la clé. Comme-ça on gardera un bon souvenir de notre rencontre. Enfin, surtout moi. Faut s'y faire, en vieillissant, on devient réac et on se met à lire Laurent Obertone.

Des photographes qui se sont fait tout piquer, j'en connais plein. La plupart du temps, le vol a eu lieu dans le coffre d'une voiture, dans le train, dans une pièce fermée à clé, "où vous pouvez laisser votre matériel, ça ne risque rien" ... Bien entendu, c'est pas le connard qui t'a dit cela qui va payer, vu que globalement il en a rien à foutre. Parfois on se demande même si il n'est pas dans le coup. Il y a aussi les idiots qui mettent leur matos en soute dans les avions. On le voit bien au rayons X. Je le sais, j'ai fait un reportage sur le tri des bagages à Orly. À l'arrivée, ils s'étonnent de ne pas le retrouver. C'est des idiots. 

Moi-même, j'ai retrouvé ma valise de flashs sur la banquette arrière de ma voiture fracturée dans le parking de la Gare de Lyon (je l'avais mise dans le coffre pourtant). Finalement, le fils de pute l'a laissée. Trop lourde sans doute ou bien il a été dérangé. Mais beaucoup de photographes n'ont pas eu ma chance. Après, ils n'ont plus qu'à publier les numéros de série sur les forums. T'as qu'à croire ...

Alors je vais vous dire. Il y a une règle irréfragable: En prise de vues à l'extérieur, on ne se sépare jamais de son matériel de prise de vues et ce quelles que soient les circonstances, même pour la pause pipi (bon sous la menace d'une arme, heu ... on peux discuter, on est pas des bêtes). En la matière, ce n'est pas aux autres de te dicter ta conduite. Tu sais, ceux qui te disent une fois que le mal est fait: "Bien entendu, vous êtes assuré ??". Bien sûr pauvre buse et ta connerie ? Elle est classée à l'inventaire des monuments historiques ta connerie ? Ceux qui travaillent en studio ? Eh ben, ils installent une armoire blindée et scellée dans le mur, surtout s'ils n'habitent pas sur place. Bien entendu, on évite de laisser trainer les outils pour la forcer à quelques mètres de là. Tout le reste, c'est de la merde en tube, les contrats d'assurance inclus. Hein ? Qu'est-ce qui y a que t'as pas compris ??

Frozen Piglet 





samedi 29 août 2020

SmartPhone Academy




Je me souviens d'une époque pas si lointaine où l'on mettait en accusation les photojournalistes qui documentaient les situations de guerre et de catastrophes pour "non assistance à personne en danger". Rendez-vous compte, on leur reprochait même de "faire de l'argent sur le dos des victimes". Aujourd'hui, les massacres de personnes se déroulent en direct filmés par des téléphones tenus par des gens qui commentent la scène sans une once d'empathie. Si en plus ils peuvent se faire un gros billet, ce sera parfait ! Alors tous photojournalistes ? comme dit TÉLÉRAMA dans son article annuel sur VISA pour l'image ? Je ne l'ai même pas lu l'article, parce que j'en ai rien à foutre de l'opinion de ce journal sur mon métier. Mais de mon point de vue, la question est vite répondue. Faudrait juste savoir s'il est mort (*) ou si c'est encore une option supplémentaire destinée aux abonnés des réseaux sociaux à choisir entre médecin épidémiologique, diplômé de l'université FaceBook, Spécialiste des libres médias alternatifs, Visionnaire du 21ème siècle ou je ne sais quoi d'autre.
Néanmoins la nouvelle économie, avatar de la mondialisation est assez simple à définir. C'est l'ensemble des dérégulations et des "assouplissements" successifs qui ont menés à ce qu'un avion de ligne, avec 375 passagers et un équipage, soit piloté par un auto-entrepreneur sans que personne ne bouge un poil de cul. Un avantage toutefois, les hôtesses de l'air de la compagnie, elles, n'auront pas besoin de changer de statut pour montrer leur chatte sur "Onlyfans" (en échange de 5 euros), pendant les escales. Et puis même sans moteurs, le zinc peut planer pendant 150km avant de euh ... de s'écraser. S'il y a des survivants, ils seront soignés par des intérimaires qui ne toucheront pas la prime covid promise par MACRON. Ben ouais t'es con ou quoi ? Tu croyais que t'allais avoir quoi avec ton petit billet à 37€ et ton supplément bagage de mes deux ? Bon heureusement, ce monde nouveau apporte aussi son lot de consolation, comme les cadeaux BONUX qu'on peut fabriquer avec les imprimantes 3D "Made in China" par exemple. Ou bien la possibilité de se faire livrer son burger par un afghan mineur qui loue un compte Deliveroo à un minable. Ceci est bien sûr sans compter le média Facebook et ses fourches caudines aléatoires devenu en quelques années, la principale source d'information gratuite pour 2,7 milliards d'individus très au fait de l'actualité. Y pas à dire le nouveau monde a du bon. Pas vrai les mecs ? Bon ben bonne rentrée pour ceux qui ont encore un peu de boulot et bonne sortie pour les autres avec ou sans masque.

Frozen Piglet

(*) Comme annoncé chaque année depuis au moins 10 ans par le même TÉLÉRAMA

mardi 16 juin 2020

Le Fantôme de la Liberté

Souvent dans les manifs, leur terrain de jeu favori, je croise les fameux (surtout dans leur quartier) "Médias Libres et Indépendants". Ça, ça veut dire qu'il n'ont pas un thune et pas de carte, mais qu'ils se la racontent avec un brassard presse. Presse sur laquelle ils passent leur temps à chier d'ailleurs. Ils sont souvent habillés en noir et se saluent entre eux avec un air de connivence de mecs initiés qui sont aware comme dirait Jean-Claude VD. d'ailleurs, ils ont beaucoup bourlingué comme Jean-Claude VD (encore), mais ils n'arrivent pas encore à faire le grand écart entre deux dossiers de chaise comme-lui. Même s'il existe quelques rares exceptions (Si !), ce sont pour la plupart des branleurs qui font juste un léger bruit. Ces "citoyens reporters" sont du club des guignols qui pensent faire du journalisme de voltigeur, alors qu'ils postent des images tremblotantes sur Facebook (en direct) avec leurs commentaires affligeants de bêtise et un casque de skateboard. Ils ne savent ni filmer, ni écrire, ni commenter, ni faire quoi que ce soit qui ressemble un tant soit peu aux bases d'une réflexion, avec un début de pensée structurée. Par contre, ils demandent qu'on leur file du pognon pour financer leur grand projet. En fait, la seule chose qui les obsède, c'est de révéler au monde incrédule (un peu comme dans les envahisseurs avec David Vincent) que les informations débitées au kilomètre par les médias mainstream vendues aux puissances de l'argent, ne sont qu'un ramassis de stupidités destinées à tromper tout le monde (t'attends quoi pour dire stop ?). L'ennui c'est que leur production, c'est de la merde et que leur militantisme de pseudo gauchiste plaquée sur leur nullité ne les excuse pas non plus. S'ils se bornaient à faire leur petite télé dans leur coin, cela ne poserait pas de problème, mais non seulement ils sont mauvais, mais en plus ils sont bouffis d'orgueil et arrogants.

Pas de bol pour eux, les flics ne sont pas tous des tueurs. Cependant, il arrive qu'ils s'énervent un peu ou même beaucoup, quand ils viennent de passer 2 heures à se prendre des bouteilles et des pavés dans la gueule, sans pouvoir bouger. Quand ils commencent à avancer, c'est rarement pour se dégourdir les jambes, mais plutôt pour en choper un ou deux qui courent pas assez vite et souvent, c'est pas les bons (Ben ouais ! Donc ils se méfient pas et ils se font poisser). C'est là que les branquignols des "Médias Libres et Indépendants" interviennent en s'insurgeant qu'on maltraite ainsi des manifestants libres et indépendants. Le plus incroyable, c'est quand je vois que ces mecs sont parfois suivis en direct, par plusieurs milliers de personnes libres et indépendantes qui n'ont jamais ouvert un seul journal vendu aux puissances de l'argent de leur vie. Mais lire, n'est-ce pas un effort démesuré alors qu'on te sert gratos des vraies videos véridiques sur un plateau ?
Pas vrai petit bijou ? 

FP

Media: Procédé permettant la distribution, la diffusion ou la communication d'œuvres, de documents, ou de messages sonores ou audiovisuels (presse,cinéma,affiche, radiodiffusion,télédiffusion,vidéographie,télédistribution,télécommunication).
Libre: Qui n'est pas la propriété d'un maître, qui n'est pas esclave
Qui ne dépend pas étroitement du pouvoir politique, qui ne subit aucune pression
Qui n'est soumis à aucune contrainte, à aucun contrôle, à aucune restriction
Qui n'est pas lié, tenu par un contrat, un engagement 

(Larousse)


mercredi 10 juin 2020

Chevaucher tigres et dragons



Sur France-Inter, j'ai entendu Raymond Depardon qui disait que le gouvernement doit aider les photographes et la photographie. "Ils ne sont pas intermittents, ou mêmes journalistes les photographes, donc ils risquent de faire autre chose pour vivre" (je cite de mémoire). Mais je ne sais pas si le Raymond qui dit cela est celui qui disait que les agences de presse photo avaient coulé parce que les photographes voulaient être salariés. S'il est le même que celui qui faisait des photos au Tchad ou au Cambodge. Vas-savoir ! Il parait que 700 photographes ont signé un appel dans Libération. Un journal que je ne lis plus depuis longtemps tellement il me tombe des mains. Mais qu'est-ce que les gens en ont à foutre de ces conneries. Vous croyez qu'ils vont vous filer du boulot ou du fric ou vous applaudir à la fenêtre ? Mais vous rêvez les gars !

Sinon j'ai vu que l'agence Shutterstock avait décidé de payer les photographes 10 centimes  pour les 100 premières photos vendues chaque année par un contributeur avant d'augmenter un tout petit peu le prix pour les suivantes. Et chaque année, le compteur sera remis à zéro. Bonne chance les gars photographes de Shutterstock. Quand vous aurez décidé de brûler les bureaux de ces enculés, faites-moi signe, je viendrais faire un reportage !

Il y a un mois, j'ai réalisé mon premier vrai boulot depuis le début du confinement. 700 bornes en bagnole, pour un aller et retour express dans l'est, vers la frontière avec le Luxembourg. Aucun contrôle. On était 2 dans l'hôtel. Petit déjeuner dans une boite en carton. C'était Shining quoi. Je m'attendais à voir le sang sortir de l'ascenseur. 
Bon ben sûr, pendant le lock down, je profitais de mes sorties pour faire des photos de reportage sur la pandémie dans les rues de Paris. J'ai même fait des tofs de la fenêtre de mon salon avec mon 200-500 (Nikon, faut ce qu'il faut) que j'ai. Tout cela, c'est pour les agences avec lesquelles je bosse. Je doute de vendre grand chose, vu le déluge de trucs que j'ai vu passer sur le net. En plus, la presse préfère l'angle des formats genre "story" même si elle ne passe qu'une photo après (cherchez l'erreur). Moi, j'ai pas le temps de faire ces trucs-là et puis si je veux bouffer, il vaut mieux que je concentre sur l'essentiel pour gagner des sous. C'est comme pour la cuisine, si je me mets pas aux casseroles, c'est Picard surgelés à tous les coups.

Heureusement, il reste encore les manifs ou le démontage de l'échafaudage de Notre-Dame pour croire et faire croire qu'on est un tout petit peu encore photographes. Pas vrai les mecs ?
Vive la République, vive la France.

Frozen Piglet

  

mardi 19 mai 2020

UBER en dessous de tout




Uber c'est "the Business Model" qui doit s'imposer à tous (*), selon la pensée mainstream de la guerre des boutons, des crétins formatés par les écoles de commerce. Malheureusement pour eux, les faits sont têtus, la cocaïne est chère et la pensée magique relève plutôt des couches culottes pleines de merde que de la finance.
Cette "entreprise" (appelons là comme-cela) indiquait mercredi dernier dans un mémo interne que les 3 700 postes supprimés (en 3 minutes de vidéo larmoyante sur Zoom) représentaient 14 % de ses 26 900 employés. D'après ce document, Uber compte engager près de 20 millions de dollars en frais de licenciement et frais connexes (ça en fait de la dope et des putes). Pas de bol pour les cowboys du bitume qui roulent à trois sur une seule licence dans des Mercedes immatriculées en Allemagne. Uber a annoncé qu'il comptait devenir rentable pour le dernier trimestre de l' année 2020, malgré une perte de 8,5 milliards de dollars en 2019. Ben figurez-vous que Il y en a quand même qui commencent à avoir des doutes sur le modèle économique. Tu m'étonnes John !
Nous on a MEERO, une construction identique appliquée à la photo (80% pour eux et 20% pour ta gueule). Ses domaines de prédilection: l'immobilier, la restauration, l'hôtellerie, les mariages. Que des domaines qui cartonnent en ce moment. Les mecs qui ont mis 300 patates dans ce bastringue doivent avoir des sueurs froides dans la raie du cul. Essayez l'hyroxychloroquine les mecs !

FP


(*) Hôtellerie, restauration, transport et métiers de services en général.

dimanche 17 mai 2020

Chasseur de Prime




On ne va pas se mentir. Beaucoup d'indépendants des métiers de la création et parmi eux, beaucoup de photographes ne se remettront pas de cet épisode pandémique et iront au tapis. Les aides de l'état ? Non mais laissez-moi rire. Au lieu de donner de faux espoirs, les responsables politiques feraient mieux de faire tout de suite la liste de tous ceux qui rempliront de la paperasse pour rien, parce que ils auront que dalle à la fin. Ça leur évitera de perdre du temps. Pour les autres, la plupart seront exclus parce que quelque part, dans un bureau, un mec le cul au chaud décidera que non, décidément non, ce dossier ne répond pas aux critères énoncés par la directive, reprise dans la note de service de la sous direction administrative du ministère. C'est un peu comme les fameux "soignants" parés de toutes les vertus, qui pour pouvoir prétendre à un accident du travail quand ils ont chopés le COVID-19, doivent apporter la preuve qu'ils l'ont bien attrapé à l'hosto.

Non mais la  vérité, c'est que si tu n'as pas un méga piston, une famille pétée de tunes, un conjoint qui assure question salaire, papa maman ou Liliane Betancourt susceptibles de te soutenir financièrement, tu n'as plus aucune chance de t'en sortir aujourd'hui comme photographe, à moins de vivre comme un clochard ou aux crochets de quelqu'un, de quelque-chose. Quand je regarde en arrière, d'un strict point de vue du résultat financier, j'aurais dû arrêter ce métier il y a 10 ans. Et ce n'est pas le fait de pratiquer la rédaction en plus du reste (en scribouillage aussi, ch'uis un cador) qui change quoi que ce soit à l'affaire. Avec un peu de chance, j'aurais été dans l'immobilier et l'avantage, c'est que les photos de mes annonces auraient été bonnes, moi au moins. Mes chambres de bonne de 9m2 prises au 20 m/m, ressembleraient à des suites du Ritz. À propos d'immobilier, ayons une pensée pour les mecs qui ont investi des centaines de millions d'euros dans cette belle entreprise qui s'appelle MEERO. On va peut-être tous crever, mais avant on aura bien rigolé quand-même !
Bonne chance à tous,


Frozen Piglet

dimanche 10 mai 2020

Le jour d'après


via GIPHY
Bon je vais vous la faire courte. Comme pour tout le monde, cette période s'achève pour moi dans la confusion,   l'inquiétude et la coupe Raoult. Confusion, parce que comme tout le monde, je ne sais pas de quoi demain sera fait. Inquiétude, parce que comme je le prévoyais, mes gentils employeurs (puisqu'ils faut bien les appeler comme-cela) refusent d'entendre parler de chômage partiel. Leur argument principal tient dans le fait que les rédactions sont en télétravail et que par conséquent, il n'est pas question de faire une exception pour un connard de pigiste comme-moi (un photographe qui plus est !). Et vous le savez peut-être, autant faire des photos avec un smartphone, c'est possible mais un peu passé de mode  (1), mais faire un reportage photo par téléphone sur un endroit fermé, c'est un peu compliqué.
En même temps, tout ces gens solidaires et bien intentionnés qui applaudissent sans doute tous les soirs à 20h00 pétantes, ne voient  vraiment pas où se situe le problème. J'ai perdu 75% de mes revenus ? Et alors ? Tu crois tout de même pas qu'on va te payer à rien foutre non plus mon gars ?  T'as qu'à faire du yoga en ligne, ça te calmera ! Alors, il a y aussi les agences. Les agences qui refusaient de te faire des attestations pendant le confinement, "parce que tu n'es pas salarié" des fois que cela t'éviterait de prendre une prune de 135 euros (même  avec la carte de presse). Ce qui reste à l'appréciation de la police républicaine qui compte bien nous faire payer les images des manifs des gilets jaunes. Tout cela tombe bien parce les agences ne nous paieront pas non plus. Parce que elles aussi sont en baisse de 75%, mais de chiffre d'affaires. Et encore, à condition que la presse française les paye pour les 25% qui restent. Je vous souhaite bonne chance à tous et j'emmerde les cons dans leur globalité.

Frozen Piglet

(1) Je rigole en repensant aux gars qu'on envoyait en Syrie avec un iPhone pour un "regard différent" sur la guerre.

lundi 4 mai 2020

La Bohême







De mes premières années dans ce métier de dingo et de mon statut assumé de free-lance, j'ai toujours gardé l'angoisse du lendemain. Ceux qui prétendent le contraire sont soit des nantis, soit des inconscients. D'autant qu'il est bien loin le temps où je pouvais prétendre parfois gagner en une semaine ce qui pouvait ressembler à un salaire mensuel pour d'autres moins bien lotis que moi. Encore faut-il prendre en compte mon outil de travail qui coûte une fortune et qu'il me faut bien payer, bon an mal an. D'ailleurs, 2020 ne se terminera pas sans que j'investisse dans un nouveau NIKON (sous les hurlements de Mme Piglet). Ce sera sans doute un D6 ou un D5 soldé ou d'occasion, si les choses tournent mal et qu'on s'approche de la fin du monde. Je vous filerai mon RIB pour une collecte sur YUKULÉLÉ ou je sais pas quoi là (Hein ? Ben ouais kwa ???). Avec les années mon angoisse n'a fait que s'accentuer. Aujourd'hui, une de mes collaboration type sur la durée ressemble quelque peu à cela. Pas toujours, mais souvent :

* Moins de 400 euros (en salaire net) par mois, en moyenne sur l'année.
* Paiement à parution. Jusqu'à 90-120 jours de délai, avec un record de 18 mois de délai de paiement.
* "Mois blancs" avec 0 revenu
* Reportages non parus, jamais payés
* Aucun accord et aucun paiement pour les réutilisations (elles sont nombreuses). Y compris sur d'autres titres.
* Cession gratuite à des tiers des photos (sans prévenir et sans me tenir au courant).
* Versement de mes photos dans une banque d'images accessible à tous.
* Avance par moi des frais de reportage avec remboursement sur justificatifs, sauf si le service concerné a perdu la note de frais (connasse !).
* Montant des frais engagés par moi supérieur (parfois) à 50% du salaire perçu en un mois. 
* Le menace continuelle de supprimer le règlement en salaire pour basculer sur le droit d'auteur, quitte à chier sur le Code du Travail et la Convention Collective.
Hors catégorie: Le mépris. Le mépris qu'on te jette au visage dés que tu t'avises de l'ouvrir. Ça c'est la prime (défiscalisée). Tu pourrais dire merci quand-même !

Dans ces conditions, aujourd'hui il faut bien s'accrocher pour ne serait-ce que accéder au statut de smicard envié par tous et toutes. À cet égard, le fait qu'il suffise d'un demi-smic (*) (500 euros bruts par temps de pandémie) pour obtenir la carte de presse est symptomatique d'un métier sub-claquant ou bien mort selon Télérama. Même si le monde libéral tente là aussi de nous faire croire le contraire, en construisant des statuts totalement bidons, hors salariat, pour asservir un peu plus une bonne frange des métiers de la création. Mais qu'importe puisque comme dit Jean-Michel Jarre: "la création existait avant l'électricité et elle existera encore après Internet".
Bon courage à tous, aux photo journalistes et aux autres aussi.

Frozen Piglet

(*) Alors ne me faites pas rigoler avec l'abattement de 30% qui a d'ailleurs été supprimé il y a 24 ans et remplacé par une allocation pour frais d'emploi







samedi 2 mai 2020

Nouvelle Vague

Quelqu'un qui m'est proche et un peu psychopathe disait avec une pointe de provocation minable, qu'il est souvent plus simple de mentir, plutôt que de dire la vérité. Entre les deux il y a sans doute la même différence qu'entre le distanciel et le présentiel chers à nos technocrates, quelque part entre les masques qui ne servent à rien et les millions de masques qui sont depuis aujourd'hui à vendre dans la grande distribution. Quant à nos responsables politiques qui se parent de toutes les vertus, ils ne sont plus que leur propre caricature, s'agitant de façon inutile derrière un pupitre entre deux micros. Quelle est la place du débat d'idées dans tout ce fatras ? Il est à la poubelle au milieu des immondices, là où est sa place. Pourtant, nous parlons librement, mais le sens des mots s'est perdu. Le questionnement plutôt que l'action. La condescendance et l'arrogance qui riment avec l'état providence. Il n'y a plus rien à attendre de ce monde-là, si ce n'est la nouvelle vague qui engloutira tout.

Frozen Piglet

Nouvelle vague
Nouvelle vague
Une p´tite M.G. trois compères
Assis dans la bagnole sous un réverbère
Une jambe ou deux par-dessus la portière
Nouvelle vague
Nouvelle vague
Trois mignonnes s´approchent fort bien balancées
Elles chantent une chanson d´Elvis Presley
Voilà nos trois pépères
Soudain tout éveillés par cette
Nouvelle vague
Pas mal pas mal du tout
Ça c´est un sacré coup
Allez venez on leur paye un coca
Moi j´veux la grande blonde
Moi j´prends la petite ronde
Eh! Les gars, m'oubliez pas
Nouvelle vague
Nouvelle vague
Faut pas grand chose pour faire connaissance
On boit, on cause, on rit, on danse
Mais faut garder cette indépendance
De la Nouvelle vague



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