mardi 13 avril 2021

Et tu périras par l'image


Comme beaucoup de photographes, la pandémie m'a mis en kalbut. Plus de manifestations publiques, de réunions, de salons professionnels, de conférences et d'assemblées générales. Et le télétravail m'a achevé avec des gens qui pensent que nous sommes de toute façon perpétuellement en train de nous promener dans la vie en attendant que ça tombe par magie. La vie d'artiste quoi ! Quelle bande de cons payés à se pignoler devant leur conf/call de connards sur Zoom.

Comme un idiot, je continue de produire des photos d'agence et de stock mécaniquement. J'en ai encore vendu une ce matin 17 USD, 8.50 USD pour ma pomme. Hein ??? Ouais ta gueule ...

Le plus dur, ça a été d'enterrer la maman de madame Piglet et ma propre mère en moins de 3 semaines en janvier et entre les deux de chopper ce putain de virus. Ça m'a rétamé en moins de deux, à tel point que quand j'allais voir ma mère mourante sous morphine à l'hôpital, son médecin voulait m'envoyer aux urgences. Cela a duré 2 longs mois et je suis toujours essoufflé dans les montées comme un asthmatique. Quant à madame Piglet, elle ne sent plus les goûts ni les odeurs (Ça tombe bien, je ne me lave pas). Heureusement, la petite Miss Piglet a bien résisté. Moi, j'ai perdu 8 kilos en un semaine. Pas besoin de "Comme J'aime" les gars. Ça m'a rappelé quand j'avais chopé des amibes en Afrique. Les maladies tropicales, ça fait bien dans le CV du photo journaliste. 

Ce qui a un tout petit peu limité les dégâts, c'est que je travaille dans un secteur qui est resté actif même pendant les confinements et que j'écris aussi des articles, pour lesquels, je peux travailler par téléphone comme tout mauvais rédacteur qui ne se respecte pas. Le problème se corse quand tu demandes au mec de t'envoyer des photos. Là c'est le drame. Un peu comme les blogueuses qui font des selfies à Dubaï en oubliant leur sextoy fluo sur la table de nuit à côté d'elle, mais en flou et en moins bien (et avec des moins gros seins aussi). 

Non mais ce qui me fait assez rigoler aujourd'hui, c'est tous ces crétins qui se dénoncent eux-mêmes en mettant en ligne sur tous les réseaux sociaux, leurs propres images et vidéos merdiques qui révèlent leurs turpitudes aux yeux du monde entier et leur vie sociale pleine de vacuité. En plus ils se voient beaux et plus malins que les autres, noyés dans leurs privilèges et pétant dans les draps en satin. C'est juste des minables qui ne savent pas faire un photo ou une video avec leur putain de téléphone chinois. Mais faites appel à des professionnels bordel ! En plus j'accepte les règlement en caisses de champagne, à condition qu'il soit millésimé et d'une grande marque. Ben ouais, tu me prends pour qui ?

Alors tu veux toujours être chôm ... Euh ! Graphe graphe photographe pauvre con ?

Frozen Piglet



lundi 1 mars 2021

Crevures

Contre vents et marées, la presse quotidienne régionale (PQR) est un des très rares secteurs qui maintient encore un semblant de service photo et donc des photo-journalistes salariés, au sein des rédactions (pour combien de temps encore ?). Ceci pour des raisons relativement simples. Les photographes de ces titres se doivent d'être très proches du terrain et des gens. En général, ce sont des professionnels d'expérience, qui connaissent parfaitement leur métier, leur environnement géographique, leurs interlocuteurs, les autorités locales. 

Samedi 27 février, un photographe du journal L'UNION, Christian Lantenois (65 ans), a été laissé pour mort par une bande de petites crevures, dans le quartier de la Croix-Rouge de Reims. Ces petites merdes lui ont bien entendu volé son matériel, histoire de ne s'être déplacés pour rien. Frappé à la tête violemment par une horde de sauvages, on ne sait pas encore comment la situation va évoluer pour ce pauvre garçon et s'il va avoir à subir des lésions neurologiques irréversibles. 

Je me souviens de la triste histoire de David Sauveur, un reporter  photographe qui travaillait pour l'agence VU, rendu infirme par son agression en 2011 par 3 connards, condamnés depuis à 15 ans de prison (l'un s'est enfui. Il avait été déjà condamné à 27 reprises !). David Sauveur s'était rendu en Afghanistan, en Israël, en Palestine, au Liban et en Sierra Leone pour travailler sans se prendre une balle. Il aura fallu qu'il croise le chemin de 3 crétins à Collioure pour finir sa vie dans un fauteuil roulant, tétraplégique après des mois de coma.

Je me souviens aussi de Jean-Claude Irvoas, spécialiste de l'éclairage urbain, tué en 2005, à Epinay-sur-Seine, devant sa femme et sa fille, pour avoir voulu photographier un lampadaire sur la voie publique. 

Des menaces, des manoeuvres d'intimidations, nous en subissons tous (parfois même de la police elle-même). Quand on se rend dans les quartiers dits sensibles. En général, c'est directement lié au traffic de stups. Il s'agit de t'empêcher de faire des photos ou de te voler ton matériel, ou les deux. Bah oui ! Tant qu'à faire ! T'es con ou quoi ?!

J'ai moi-même eu à faire à des petits caïds qui prétendaient faire leur loi, parce que je me trouvais d'après eux sur leur territoire. Que ce soit en Seine Saint-Denis (Francs Moisins par exemple), à Nanterre, à Barbès, dans les manifs ou ailleurs. Il vaut mieux ne pas se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

Est-ce que ce métier de passion vaut le coup de gâcher sa vie pour quelques photos qu'on ne vendra peut-être jamais ? Je ne sais pas. Parce que, quand on part bosser, on ne se pose même pas la question.

La seule question que je me pose vraiment, c'est qu'est-ce qu'on va faire de ces types qui sont capables de tuer quelqu'un sur une simple pulsion, comme des animaux.

Frozen Piglet

Lettre rédigée par l'épouse de Christian Lantenois, faisant suite à la couverture médiatique de ce drame.

« Bonjour, Je suis Jo, la femme de Christian.

J’essaie le plus possible de rester loin de toute cette médiatisation qui est pour moi aussi violente que le reste… De voir tous ces hommages dithyrambiques de la part de la direction me lève le cœur et me fait plus de mal que de bien… C’est facile de se donner bonne conscience et surtout de se mettre en scène dans tous les médias…

Mi 2017, Christian – estimant avoir prouvé ce que, vu les circonstances, on lui reconnaît à l’unanimité – toujours à l’indice 160 à ce jour, demande au rédacteur en chef de l’époque de passer à l’indice 175 de Grand Reporter, pour finir les 6/7 ans de sa carrière et, forcément, un petit plus à la retraite… La réponse fut royalement une seule et unique prime de 300 euros fin décembre de la même année.

On lui a répondu qu’ils allaient voir, en discuter en réunion, que ça suivait son cours, qu’il fallait être patient et, bien sûr, au bout de quelques relances, de toujours avoir une réponse évasive, Christian s’est rendu compte qu’on le menait en bateau, qu’on se fichait de lui, a laissé tomber…

C’était là, le bon moment de lui prouver la reconnaissance de son travail !  Pas sur son lit d’hôpital entre la vie et la mort…

Donc pour conclure, vous traitez l’actualité comme vous voulez, mais cessez cette mascarade de témoignages de collègues même sur les ondes (en plus de personnes qui l’ont peu connu) de la reconnaissance de sa passion, de sa disponibilité, de son sérieux et de son professionnalisme…

En plus, voir vos infos sur son état de santé me sont insupportables et, la plupart du temps, fausses. Vous ne vivez pas ce qu’il vit et ce que nous vivons… Donc un peu de décence et de respect à son égard. Si le pire arrive, il sera grand temps de vous remettre en scène… Quand le soufflé sera retombé, s’il y a une suite, avec ses lourdes séquelles… nous ne retrouverons jamais le Christian que nous avons connu, et, les seuls qui seront encore à ses côtés, seront ses proches, enfants, petits- enfants et moi !

Par contre, je tiens à souligner que les témoignages des lecteurs, les témoignages sur les réseaux sociaux de tous ceux qui l’ont connu, qui l’ont côtoyé dans tant de domaines divers et variés, le portrait de la ville de Reims, le pochoir de Kusek me font chaud au cœur de cette reconnaissance de toutes les qualités de l’homme qu’il était et ne sera plus jamais… Eux, n’ont rien à gagner, que de lui témoigner leur soutien ! »


jeudi 18 février 2021

Jetable


Je suis sans doute à contre courant, mais je ne loue pas ma cave à des particuliers pour stocker leurs merdes (j’en ai pas de cave), je ne loue pas non plus mon salon pour des réunions de travail ou des fêtes organisées par des crétins alcoolisés. Je ne propose pas de repas payants pour les touristes qui rêvent de découvrir le mode de vie des bobos parisiens. Ma bagnole, c’est moi qui la conduit et personne d’autre. Je ne vends et je n’achète rien sur le bon coin et celui qui me verra inscrire ma résidence principale ou secondaire sur Air bnb n’est pas né, je te le dis.  Je ne sers pas de point relais pour les colis de mes voisins (sauf pour rendre service et c’est gratuit). Je ne commande pas mes pizzas chez Uber Eats ou Deliveroo, je les fais moi-même avec de la farine Manitoba et du fromage que j’achète spécialement chez mon traiteur italien (Rapp, le meilleur de Paris). Les gens qui sont incapables de faire cuire un œuf et qui attendent sur leur canapé le livreur de Hamburger en plastique bio, en matant Netflix, me font gerber, c’est des psychopathes. Pour moi, ne pas faire la cuisine même mal, c’est rater sa vie. Je ne prends jamais de VTC non plus. Oui je suis sans doute à contre-courant, mais je m’en fous. Car je refuse de participer à ce modèle digital pourri qui permet de piétiner les droits sociaux en ne payant pas d’impôts, sous prétexte de « disrupter » le vieux monde. 

Les plateformes de mises en relation photographes clients, je leur chie dans la poche. Ces petits connards d’école de commerce ne connaissant rien à notre métier et je préfèrerai crever que de collaborer avec ces mecs. On a déjà les agences de photos comme engeances et cela nous suffit largement.

Quand à ceux qui encensent ce modèle de société et qui l’encouragent en participent activement à la destruction de notre modèle social, je les méprise et leur pisse dans l’œil. 

Air Bnb a perdu 4,6 milliards de dollars en 2020 et n'a jamais été rentable depuis sa création en 2008. La même année, Uber a perdu 6,77 milliards de dollars. Mais la presse continue à s'auto persuader que la nouvelle économie performe à mort. Non seulement ces boites sont en faillite, mais en plus elles ruinent des pans entiers de l'économie.

Frozen Piglet

vendredi 5 février 2021

Perpette


 




La photo de stock, c'est comme la vérole. Des beaux discours et à l'arrivée des pustules purulentes, les lames de rasoir et le sentiment de s'être fait enfiler par un mammouth. Leur truc aux banques d'images de stock, c'est les licences et les packs promo pour leur clients d'Europe de l'Est. Pour te niquer, il n'y a pas mieux. 

Sur ma photo vendue 99,18 USD il y a quelques jours, il est indiqué "droits gérés" ce qui veut dire que le prix à payer est fonction de l'utilisation qui est faite de la photo, option que je choisis systématiquement. Et pourtant, la licence accordée correspond très exactement à la définition du "free of rights", c'est à dire libre de droits, le modèle anglo-saxon que je refuse parce qu'il n'est pas équitable et pas français. 

On voit donc une photo vendue 100 USD (donc 50 USD pour moi) pour être utilisée pour le monde entier à la télévision, mais la licence couvre aussi tous les types de médias du monde entier à perpétuité. Perpette ! du jamais vu pour moi à ce jour ... Encore heureux qu'ils n'aient pas demandé l'exclusivité mondiale pour un dollar de plus ces FdP.

Cette arnaque caractérisée, c'est celle que les éditeurs essaient de nous imposer un peu partout en France et dans le monde avec pour credo, c'est américain, donc c'est bien: Photo payée une fois, photo payée pour toutes les fois. D'ailleurs, ils glissent ce genre de clauses dans les contrats qu'ils te font signer l'air de rien et si en plus ils peuvent te faire endosser les risques de recours de tiers représentés sur les photos et donc t'appeler toi seul en garantie pour se défiler comme des petites merdes puantes, alors là c'est parfait. Tant pis pour les photographes qui signent comme des crétins qu'ils sont (si, il faut reconnaitre qu'il y en a beaucoup et même de plus en plus. Ben si !). A vrai dire, ils ne voient pas vraiment où est le problème et puis être Uberphotographe, c'est bien quand même, non ?

Alors tu veux toujours être photographe Pauvre mec ?

Frozen Piglet

samedi 9 janvier 2021

Bonne année, bonne santé, merde au cul pour toute l'année 2021


Je sais pas pour vous, mais pour moi l'année commence trop bien, avec une splendide vente en Lituanie d'une photo vraiment très réussie, avec une licence de 5 ans pour publication sur un site web. Cette photo a été vendue dans un "pack" promotionnel pour la somme modique de 2,34 USD. Sur cette somme, cette énorme banque d'image accorde 40% à son distributeur local (ils sont au nombre de 200 à travers le monde) et garde 30% pour elle. Résultat net pour moi: 0,7 USD pour ma pomme, soit 50 centimes d'euros environ. Faut pas se plaindre, c'est la salaire minimum journalier en Lituanie mon gars. Ben ouais faut s'aligner, t'es con ou quoi ?

Parallèlement à cela, l'agent qui j'ai mandaté pour s'occuper du recouvrement de mes droits auprès de ceux qui prennent le web pour un catalogue d'images où l'on peut se servir gratuitement, a détecté 54 photos m'appartenant sur un seul site commercial originaire d'Asie. Ce qui pourrait représenter une somme à payer de plus de 30 000 euros (mais je suis prêt à faire une ristourne de 10% pour un paiement immédiat les mecs !). Mais compte tenu du fait que je ne serai sans doute pas le seul à les assigner, ce site va probablement disparaitre sans payer, j'imagine. Enfin sait-on jamais ...

Quoi qu'il en soit, ces 2 affaires mises en perspective donnent à réfléchir. Je préfèrerai largement vivre de mon travail selon des échanges équitables avec ceux qui utilisent ou commandent mes photos, mais puisqu'il faut en arriver là, tant pis pour eux. Je n'hésiterai pas à les défoncer par procuration. Qu'ils crèvent, sinon ce sera moi et on va pas se mentir, je préfère que ce soit eux, ces fossoyeurs de merde.

Alors ? Tu veux toujours être photographe pauvre idiot (pauvre con il parait que c'est vulgaire) ?

Frozen Piglet

    

mardi 29 décembre 2020

Lose Yourself


La lecture des discussions sur les forums mêlant les professionnels et les amateurs est toujours très instructive, les posts révèlent fréquemment un état d'esprit assez particulier. Pour beaucoup d'intervenants (tous très bien informés), le métier de photographe serait condamné à une disparition certaine. Pour justifier ce point de vue, ces gars-là aiment bien énumérer un certain nombre de métiers aujourd'hui oubliés comme vendeuse de bouquets de violettes, mireuses d'oeufs et plein d'autres trucs au parfum suranné. Selon eux, c'est la fatalité qui est responsable de tout cela, mais surtout l'évolution inéluctable d'un monde en marche vers la modernité. S'y opposer ne serait au mieux que pure folie et au pire le travers de bas du front qui s'accrochent à leurs privilèges comme des moules à leur rocher. D'ailleurs, depuis l'arrivée du numérique n'importe qui peut faire de bonnes photos n'est t-il pas ?

Il ne faut pas oublier le principal. Selon ces foutriquets, les photographes de profession se sont "engraissés" indûment depuis des années sur le dos des autres en profitant de façon éhontée d'une rente de situation. Mais aujourd'hui, c'est fini ! Un peu comme les voitures à cheval et leurs cochers face à l'arrivée du moteur à explosion. Tu vois ce que je veux dire ou pas ?

L'ennui, c'est que si la photo s'est effectivement démocratisée encore un peu plus avec le numérique, la qualité globale des photos elle, ne s'est pas améliorée pour autant. Il n'y a pas de miracle. Quand on est l'esclave débile d'une machine aussi sophistiquée soit-elle, on n'obtient que des résultats à la hauteur de ses compétences. Et si le pouvoir de faire des photos à l'infini sans que cela coûte quoi que ce soit n'est qu'une illusion, l'arrogance qui consiste à comparer une simple distraction au travail de professionnels expérimentés est elle bien réelle.

Il parait que certains photographes professionnels sont mauvais. Sans blague ?
Quelle découverte ! Comme il existe de mauvais médecins, de mauvais plombiers ou des profs nuls, il existe de mauvais photographes. Ni plus ni moins .... Il parait qu'il existe aussi d'excellents photographes amateurs. Si si ! Souvent meilleurs que les pros ! Ah ?! Dans ce cas qu'attendent-ils pour devenir professionnels et relever le niveau ? Manque de pot, le courage n'est pas ce qui caractérise le plus ces baltringues et il n'est toujours pas vendu en kit avec le 5D MK IV. C'est con hein ?

Frozen Piglet

(Post à peine retouché de 2011)

mardi 15 décembre 2020

MEERO, ce sera mieux après


Les plateformes de mise en relation sont un peu comme des parasites qui prospèrent, sous couvert de modernité, sur le fumier du libéralisme. Mais le plus étonnant, c'est de trouver des gens pour mettre des tunes dans ce bastringue, alors que le business repose de prime abord sur une simple hypothèse, selon laquelle, la présence d'un intermédiaire serait indispensable pour mettre un peu d'ordre dans le bordel ambiant. Ce qui est encore plus curieux, c'est de voir une plateforme démarrer ex-nihilo, avec des fichiers remplis de noms dés le premier jour, avant même d'avoir initié quoi que ce soit. En la matière, Meero est arrivé comme une déflagration dans la presse économique, non pas pour ses résultats qui sont bien minces, mais plutôt pour avoir réussi à convaincre assez de débiles pour mettre 300 millions de dollars au pot, sur sa bonne mine. Alors, MEERO prétend en offrant son aide, décharger les photographes des tâches ingrates, comme la post-prod et la facturation, au profit du temps consacré à la créativité.

Est-il utile de rappeler que les coeurs de cible de cette plateforme sont: L'immobilier, la restauration, les mariages, le voyage, le e-commerce et les gogos ? Que des secteurs à l'agonie ou en passe de l'être, suite à la situation que l'on connait. Le réveil va être difficile pour ceux qui croyaient disrupter un secteur dans son entier, à grands coups de nouveaux paradigmes dans ta gueule.

Voici le genre de message que les photographes reçoivent de la part de cette plateforme, les fautes sont cadeaux et les inexactitudes sont légion.

Bonjour Frozen Piglet,

Je m'appelle Hubert de la Motte Fifrée (Les noms ont été changés) et je travaille pour une entreprise nommée MEERO, une agence de photos basée sur Paris (Faux, MEERO est une plateforme de mise en relation). Nous sommes actuellement à la recherche de photographes sûr Palavas les Flots. 

Pour vous en dire plus, nous sommes une agence qui mettons en relation nos clients avec vous photographes indépendant afin de réaliser des missions photographiques. En devenant  un partenaire à nous (!), nous vous créons un profil sur notre platform où vous serez en mesure de mettre à jour votre calendrier et être proposé (!) des shooting en fonction de vos étiquettes. Vous obtenez ces étiquettes après avoir réalisé un shooting test Exemple: l'étiquette Fooding, l'étiquette immobilière etc

De plus, sachez que vous serez que photographe, nous nous occupons de créer les invoices (évidement Ducon puisqu'il n'est pas question de savoir combien est facturée la mission au client par MEERO), d'organiser les shoots mais aussi de réaliser toute la partie Post production. 

Nous insistons que cette opportunité est une activité complémentaire a ce que vous faites. 

Pour ce projet particulier:

un peu moins de 1 heure de travail pour 23 photos payées 40 €

Par ailleurs, nous compensons vos trajets à hauteur de 0,20 € pour chaque kilomètre dépassant les 40 kilomètres aller-retour (Pour info, le Barême fiscal 2020 varie de 0,45 à 0,60 € dés le premier kilomètre). 

Pour ce qui est du paiement, il est réalisé tous les 5 et les 20 du mois par Virement Bancaire Direct

Si cela vous intéresse .... Bla bla bla blalalla bla ... 

Résumons-nous. Si vous signez avec ces illettrés, vous serez payés 40 € bruts la prise de vues + 2 € pour un déplacement de 50 Kilomètres. En prime vous perdrez vos droits sur votre travail. Belle opportunité, n'est-ce pas ? Et encore, ça c'est si t'arrives à te faire payer avant le dépôt de bilan.

Alors, tu veux toujours et encore être photographe avec un t-shirt MEERO pauvre con ?


Frozen Piglet


 

vendredi 11 décembre 2020

Pigeon vole


On le sait depuis bien longtemps, les animateurs de télé ne sont pas à priori les plus à plaindre. S'ils présentent un programme qui cartonne en audience, outre la notoriété, c'est en plus l'assurance de gagner beaucoup d'argent. On lit à peu près tout à ce propos et certains sites destinés aux crétins qui savent à peine déchiffrer le journal de Mickey, avancent des chiffres fantaisistes pour buzzer comme des connards. La plupart font semblant de confondre le montant du contrat de production signé avec la chaine avec le revenu des mecs, mais il y a aussi des sites qui mentent honteusement en colportant des infos mensongères qui sont immanquablement relayées par d'autres sites du même acabit. Cela étant dit, on sait que le photographe Nikos Aliagas est aussi un animateur très bien payé (le mieux ?) de tout le PAF, comme d'autres en leur temps. C'est vrai qu'on le voit partout à la télé, à la radio et dans les journaux. Il écrit des livres (Allez voir chez les grecs, Carnet de Route d'un Immigré, Nikos Now, Ce que j'aimerais te dire, L'Épreuve du temps). Il parait qu'il a même un timbre avec sa trombine en Grèce ! Ceci sans oublier qu'il a été "L'Homme de l'Année GQ" en 2017 et qu'on le voit d'ailleurs dans beaucoup de soirées de lancement de produits. J'oubliais, il fait aussi du doublage et du cinéma. Ce garçon est décidément très occupé.

Mais il ne faut pas se tromper, dans la vie ce qui intéresse vraiment Nikos, c'est la photographie et rien que la photographie. D'ailleurs Nikos, ça commence par les mêmes lettres que Nikon. Ah non merde, c'est vrai que lui c'est CANON ! (Le pauvre). ET son téléphone, parce que même durant les émissions qu'il anime, on le voit souvent dégainer son smartphone. Il est très présent sur les réseaux sociaux avec 827 000 abonnés sur Instagram, où il est le créateur du tag inoubliable #instanikos, excusez du peu. Il a aussi plusieurs expositions à son actif à la Conciergerie, à Monaco, à Deauville et en Grèce. 

Mais ce qui a retenu mon attention c'est plutôt un article dans le Parisien du 9 Décembre qui annonce que Anne Hidalgo a choisi Nikos pour illustrer la carte de voeux de la Marie de Paris pour 2021 sur le thème "L'espoir en des jours meilleurs et de la vie qui reprend" (Qu'est-ce que c'est mal écrit mon Dieu !). Le Nikos ne s'est pas laissé démonter et en deux demi-journées de novembre, "il a réalisé plusieurs centaines de prises de vues" (sic). Putain moi qui ai du mal à en faire 5 par semaine, j'ai surement raté ma vie. 

Finalement, tout cela n'a servi à rien (misère), parce que parmi 3 ou 4 clichés présentés à Anne Hidalgo, celui qui a été choisi a été shooté par Nikos à la fin du premier confinement: "J'ai fait cette photo alors que j'allais faire mes courses, mon appareil Canon professionnel sous le manteau au cas où ..." nous dit Nikos dans ce même article " Le pigeon qui ne connait pas le coronavirus, semble nous montrer qu'il y a toujours la possibilité d'un envol". Tu m'étonnes John !

Cerise sur le cheese cake, l'animateur confie n'avoir perçu aucun cachet. Pas comme tous ces putains de photographes qui prétendent vendre leurs images en pratiquant leur infâme business ! Prenez-en de la graine ( Joke ! Pigeon-Graine, tu l'as ou pas ?). Une aspirine peut-être ?

Alors pauvre con. Tu veux toujours être photographe ?

Frozen Piglet

jeudi 3 décembre 2020

Darty vous rembourse la différence

Fou de joie à l'annonce, par le président de la République, de la réouverture des "disquaires"  (sic) lors de sa dernière intervention, J'ai fait la fête toute la nuit avec les voisins au deuxième sous-sol du parking. Dalida à fond, pas de masque et Hydroxychloroquine pour tout le monde.

Du coup, j'ai un peu perdu de vue le reportage que je devais faire le lendemain. Pourtant je me suis levé à 5H30 pour aller prendre le premier avion pour le sud. Mais j'étais au radar et moi je vais te dire: quand tu arrives sur les lieux à plus de 900 kilomètres de chez toi, que tu t'aperçois que tu as laissé tes deux cartes compact flash de 64 gigas sur ton bureau en partant, et que les slots de ton appareil sont vides, t'es dans la merde. Dans ces cas-là, je ne cligne même pas d'un oeil. J'ai sorti mon petit Fuji F100S que j'ai en cas de situation désespérée et j'ai regardé s'il avait de la batterie, vu que je le charge jamais. Il en avait le bougre. L'ennui c'est que en basse lumière, t'en as pour 8 secondes et à main levée, c'est un peu long, surtout quand il y a un mec qui bouge partout. Finalement, j'ai pris mon IPhone 6S Plus qui sort des fichiers de 35Mo à l'aise. Bon mais tout cela ne faisait pas très sérieux. On est plus à l'époque où certains chercheurs s'esbaudissaient de voir des mecs partir en Irak avec un smartphone dans le kalbut ou la une de TIME magazine réalisé avec un de ces objets technologiques connectés fabriqués par des esclaves en Chine.

J'ai ravalé ma honte et j'ai demandé: "Y a pas un Darty dans le coin ? J'ai besoin d'acheter un micro-ondes !". Non seulement il y en avait un, mais en plus, il y avait UNE Compact Flash de 32 GB dans le rayon. 

Je peux pas vous la vendre, c'est pas un PPN qu'il a dit le vendeur ...

Un quoi ??? Que j'ai fait 

Un produit de première nécessité !

Tu rigoles ? Tu veux te retrouver en direct chez Julien Courbet sur RTL ? 

Il est où ton chef que j'ai fait ?

Dans le rayon machines à laver ...

Je me suis précipité en hurlant: C'est un complot ! On veut museler la presse !

Le mec a tout de suite compris qui c'était Raoul, mais avant, il m'a demandé si j'étais de la DGCCRF

Devant mes dénégations, Il m'a dit: Bon vous passez à la caisse sans vous faire remarquer ...

Bah ? Bien sûr comme-ci c'était mon genre !

Et voilà comment j'ai encore bouclé un fantastique reportage, une super production  de Frozen Piglet. Ouais enfin ça m'a quand même coûté 70 euros cette petite connerie.


Frozen Piglet (oui je sais que c'est déjà marqué)








 

lundi 30 novembre 2020

Vos Papiers !


Comme tant d'autres, j'étais à la manif contre le projet de loi sur la "sécurité globale" et son article 24, qui nous met à la merci des excités de la matraque. C'est marrant ces expressions fabriquées qui dans les faits veulent dire exactement l'inverse de ce qu'elles prétendent. Le truc, c'est que j'ai un peu passé l'âge de me faire casser les dents, donc je ne m'attarde rarement sur les lieux, sur ce genre de sujets. Je fais un tour d'horizon de ce qui se passe et je rentre sagement pour envoyer mes photos avant la fin de la journée. Alors bien sûr je rate les voitures en feu, les saccages de magasins, les passages à tabac des uns et des autres et puis des belles photos d'ambiance dans la lueur des flammes, mais je m'en fous. 

Des événements comme celui-là, j'en ai suivi des tas et j'ai encore en mémoire le bruit d'une crosse de fusil s'abattant lourdement sur le crâne d'un manifestant, Place de la République justement. Où bien cette jeune femme hurlant de douleur, toute ensanglantée, alors qu'un membre des forces de l'ordre venait de lui ouvrir le cuir chevelu avec un coup de matraque juste à un mètre de moi. C'était un temps où les voltigeurs de Pasqua s'en donnaient à coeur joie en binôme sur leurs motos, en montant sur les trottoirs. Et croyez-moi, presse ou pas presse, il fallait courir vite. 

Que les métiers du maintien de l'ordre et de la police en général attirent toute une bande de timbrés qui avancent plus ou moins masqués, c'est un fait clairement établi. Même si tous les flics ne sont pas à mettre dans le même panier. Globalement, et sauf exception, les photo journalistes ont des rapports exécrables avec la police. Elle nous voit au mieux comme des fouille merdes, au pire comme des ennemis. Elle ne fait donc rien pour nous faciliter le travail. Elle fait même tout son possible pour nous mettre des bâtons dans les roues, au besoin en inventant des textes de lois, ou des directives préfectorales qui n'ont jamais existé. 

Mais quand on se retrouve dans une situation plus ou moins insurrectionnelle même localisée, on doit mesurer les risques que l'on prend et les assumer. C'est aussi cela être photo journaliste. Dans le cas contraire, on est un inconscient ou un abruti, même habillé en noir avec un appareil photo autour du cou et un casque barré de la mention "Presse" en orange fluo. Le problème est qu'il y a aujourd'hui une réelle tension dans l'air et de l'agressivité dans tous ces évènements, pour tout un tas de raisons. D'ailleurs tout le monde sait pertinemment comment cela va se terminer. Beaucoup de gens qui réalisent des images attendant avec une sorte de gourmandise, le moment où cela va dégénérer, en espérant être au coeur de l'action. C'est vrai, les bagnoles qui crament, c'est très photogénique, surtout à la tombée de la nuit. Mais j'ai peur que un jour, cela se termine très mal. 

Alors ? Tu veux toujours être photographe pauvre con ? Rendez-vous dans les prochaines manifs et fais attention à toi.

Frozen Piglet

jeudi 19 novembre 2020

Floutage de Gueule

Décidément ce gouvernement n'en loupe pas une, et son arrogance est au moins aussi grosse que la taille de son melon. Faudrait peut-être qu'ils pensent à confier leur communication à des professionnels (comme-moi). Hier, le ministre de l'Intérieur a évoqué la nécessité pour les journalistes de se «rapprocher de la préfecture de police pour couvrir une manifestation». Selon ce mec, les journalistes devraient donc être aux ordres de la Police, lorsqu'il s'agit d'exercer ou non leur métier dans le cadre d'une manifestation autorisée ou pas. 

Il faut dire que son "schéma national de maintien de l'ordre" prévoit l'instauration "d'un canal d'échange dédié" entre la police et les journalistes. Attention, pas n'importe lesquels: Ceux "titulaires de la carte de presse accrédités auprès des autorités". Ça va pas faire grand monde, puisque ceux qui n'ont pas la carte de presse ne l'ont pas et ceux qui l'ont et qui voudront se faire accréditer travaillent pour le journal de la police ou Valeurs Actuelles, non ? Sinon pour les fameux "médias libres et indépendants", c'est mort (bonne garde à vue les mecs !).

Tout cela pour dire que dorénavant, on peut se retrouver au gniouf pour avoir photographié ou filmé des policiers dans l'exercice de leur fonction. Surtout s'ils sont identifiables et que l'on devient ainsi les complices objectifs de racailles de banlieue ou d'islamistes radicaux rétrécis du bulbe. On peut tout aussi bien être arrêté pour être resté sur place alors que l'ordre de se disperser est prononcé. 

Bon c'est sûr que c'est plus facile de s'attaquer aux porteurs de mauvaises nouvelles que de faire régner l'ordre dans les territoires perdus de la République. Moi qui croyais que les médias et les journalistes étaient tous vendus au pouvoir politique. J'ai du rater un épisode. 

En résumé, on ne peut pas se mettre du côté des manifestants au risque de se faire casser la gueule: ("Le photographe Ulrich Lebeuf, qui couvrait le rassemblement des catholiques dimanche après-midi à Toulouse pour Libération, a été violemment agressé par un manifestant, qui a endommagé son matériel, arraché son masque et lui a porté un coup de poing au visage. Une plainte va être déposée" - Libération - 15 novembre 2020) et on ne peut pas non plus se mettre du côté de la maison "Royco" sous peine de finir en cellule et accessoirement de se faire casser la gueule pareil. Le monde est compliqué.

Tu veux toujours être photographe pauvre con ? Eh ben t'as qu'à faire les mariages, si tu veux pas te retrouver en garde à vue.


Frozen Piglet


Tribune. Responsables de rédaction, nous nous inquiétons de la volonté du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, de porter atteinte à la liberté de la presse dans le cadre des manifestations.

La volonté exprimée d’assurer la protection des journalistes revient à encadrer et contrôler leur travail. Ce dispositif s’inscrit dans un contexte particulièrement inquiétant avec la proposition de loi sur la « sécurité globale » qui prévoit la restriction de la diffusion des images de policiers et de gendarmes.

Les journalistes n’ont pas à se rapprocher de la préfecture de police pour couvrir une manifestation. Il n’y a pas d’accréditation à avoir pour exercer librement notre métier sur la voie publique.

Nous refuserons, pour cette raison, d’accréditer nos journalistes pour couvrir les manifestations.

Nous réaffirmons notre attachement à la loi de 1881 sur la liberté de la presse et serons vigilants pour qu’elle soit préservée.

20 Minutes, AFP, BFM-TV, Le Canard enchaînéChallengesCharlie Hebdo, CNews, Courrier International, Europe 1, les rédactions de France Télévisions, le HuffPostLa CroixLa Croix hebdoLa Vie, LCI, Le JDD, Les Jours, Le PèlerinLes EchosL’ExpressLe FigaroLe Figaro-MagazineLe PointLe MondeLe Parisien/Aujourd’hui en FranceLibérationL’Obs, M6, MarianneMediapartParis Match, Politis, Slate, Télérama, RFI, les rédactions des antennes de Radio France, RMC, RTL, TF1, L’Alsace, Le Bien public, Le Dauphiné libéré, Les Dernières nouvelles d’Alsace, L’Est républicain, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Progrès, Le Républicain Lorrain, Vosges Matin, la Nouvelle République du Centre Ouest, Centre-Presse, La Montagne, La République du Centre, L’Eveil de la Haute-Loire, L’Echo républicain, L’Yonne républicaine, Le Berry républicain, Le Populaire du Centre, Le Journal du Centre, Le Pays Roannais, La Ruche, Le Régional de Cosne, La Gazette de Thiers, La Voix du Sancerrois, Le Courrier du Loiret, L’Eclaireur du Gâtinais, Le Journal de Gien, L’Eveil hebdo, le Journal de la Haute- Marne, la Provence, la Marseillaise, Sud Ouest, La République des Pyrénées, L’Eclair, Charente Libre, Dordogne Libre


La commission de la carte d'identité des journalistes professionnels, composée de journalistes et d'éditeurs de presse en activité dans tous les secteurs, tient à rappeler, dans le contexte actuel, une évidence.

La carte de presse, délivrée sur des critères légaux, se suffit à elle-même pour démontrer sa qualité de journaliste professionnel sans autre formalité de quelque sorte, accréditation notamment (c'est vrai aussi en ces périodes de confinement).

La CCIJP ajoute que si cette carte d'identité, document officiel, peut être montrée par exemple à tout membre des forces de l'ordre, elle ne doit en aucun cas être remise et laissée à des personnes étrangères à celle ou celui qui la détient.

Attribut du statut de journaliste, elle démontre la qualité du journaliste professionnel ; outil de travail, elle facilite son activité sur le terrain et le protège ; elle est par ailleurs un outil social qui permet au journaliste de faire valoir ses droits (dans les entreprises de presse, au chômage, etc...) tout en respectant des devoirs (chartes de déontologie) ; elle est enfin un symbole de la démocratie.

La commission de la carte d'identité des journalistes professionnels.

Paris le 23 novembre 2020

 

mercredi 4 novembre 2020

Alone in the dark

Il parait qu'on a pas besoin d'attestation, pour faire son taf, quand est photographe et journaliste comme-moi (ben ouais kes t'as ?). C'est possible. De toutes façons, on a pas de boulot, alors on s'en fout. En attendant, on m'a demandé de me foutre entièrement à poil pour mon reportage sur Notre-Dame et en plus j'ai dû prendre une douche à la sortie. Ça fait drôle quand on est pas habitué. Moi je ne prends que des bains et le développement durable, je l'emmerde. Dans le temps je faisais un double fixage, mais tout ça c'est fini. 



En plus comme mon ballon est trop petit, des fois on se lave dans le même bain avec Madame Piglet, parce que y a plus d'eau chaude, alors fais pas chier. Ouais enfin là, je m'égare. J'aime bien ce genre de reportage où avant même que tu aies fait quoi que ce soit, on t'avise que si jamais on voit les photos sur une autre publication que celle qui t'envoie, tu seras roué en place de grève, écartelé et pendu au gibet de Montfaucon, où tu pourriras les yeux mangés par les corbeaux. Tout cela parce que une agence mondialement connue dont le nom commence par un M et finit par un autre M a l'exclusivité sur le truc. Ces gars-là, je les prends quand il veulent  et avec mon vieux D4, je les mets minables. Entchoulés !

La semaine dernière, j'étais sur une autre cathédrale qu'était pas mal non plus et on n'a pas fait tant d'histoire, sauf quand un mec a voulu prévenir l'architecte des bâtiments de France que je faisais des photos. De quoi je lui ai fait ?? Tu peux répéter ?? Alors là je lui ai dit que 90 mètres, ça faisait haut et qu'il devrait peut-être se confesser avant de sauter. J'étais arrivé le matin par avion et dans le zinc, on était 6 passagers et 40 sièges vides. C'est comme-ça la vie en ce moment. Du coup j'avais une jolie hôtesse presque rien que pour moi.

Faut dire que dans mon numéro de carte de presse, il y a 3 fois le chiffre 6 aussi. "666", le chiffre de la bête. C'est pour ça que j'aime les films d'horreur. Une fois j'ai fait une photo sur 360° sur le toit de la samaritaine et j'avais l'impression d'être dans l'Exorciste. Heureusement il y a plus d'eau bénite dans les églises, rapport au virus.

Bon courage les gars et que Raoult soit avec vous et avec votre esprit.


Frozen Piglet

lundi 12 octobre 2020

Combien gagne un photographe ?

Annonce Pôle emploi / octobre 2020


Juste à l'heure où NIKON vient d'annoncer l'arrêt de la production du F6, l'idée selon laquelle les photographes pro se sont goinfrés pendant des décennies à l'époque de l'argentique est encore assez largement répandue chez les imbéciles. Heureusement, depuis que le numérique est la solution à tous les problèmes, le vulgum pecus peut accéder librement et sans frais (selon lui) à la reproduction d'une réalité étriquée et sans relief, au travers du capteur minuscule de son smartphone dont il est l'esclave débile. Il peut ainsi se constituer son petit panthéon photographique personnel en regardant le monde à travers un écran de minus.

Mais combien gagne un photographe de métier aujourd'hui, s'il en reste quelques uns ? Ça c'est la question qui travaille les mecs qui aimeraient bien le devenir. Ce serait tellement facile avec le numérique qui permet à n'importe qui de faire des bonnes photos en gagnant plein de fric.

Eh bien, j'écoutais le fameux reporter de guerre Patrick Chauvel sur Franceinfo (Prix Bayeux-Calvados), parler des conditions dans les lesquelles il avait travaillé sur la chute de Baghouz en Syrie. Au delà du talent et de la destinée inouïe de ce type de 71 ans qui continue à arpenter les pays en guerre encore aujourd'hui, après 50 ans de carrière, on remarque sa lucidité implacable, quand il expose en 7 minutes le naufrage du reportage de guerre:

Mandaté par Paris-Match, il est payé 5000 euros pour ce travail qui se transforment en 3 800 euros une fois payées les cotisations sociales (appelées improprement charges pour culpabiliser les salariés), puis en 800 euros une fois payés les frais de reportage en Syrie (Hôtels de luxe et repas gastro midi et soir). Résultat net: 800 euros pour 6 semaines de travail. Moins de 20 euros par journée de travail avec énorme prise de risques. Alors pourquoi continuer dans ces conditions ? Je le sais depuis toujours. L'argent n'est pas un moteur ou un argument comptable pour les vrais photographes de conviction, qui pratiquent ce métier dans le but de témoigner. Ils sont souvent talentueux, donc rares et pas chers. Ce qui n'est pas le moindre des paradoxes. D'ailleurs la plupart des gens qui exercent le métier de photographe comme-moi, n'auront qu'une destinée minable qui ne laissera aucune trace, comparé à eux. Nous sommes pourtant, je l'affirme, à l'aube d'un nouvel âge d'or du photo journalisme. Tout simplement parce que la liquéfaction de l'état face aux problèmes de notre temps va engendrer un certain nombre de conséquences fâcheuses, à court terme, qui seront propices à l'exercice de notre métier.

Pourtant, je gagne plus que Patrick Chauvel (sur 6 semaines, c'est pas difficile), mais ça me fait une belle jambe et qu'est-ce que je me fais chier parfois. Pas tant dans mon travail, qu'en lisant les échanges surréalistes de gens qui se disent du métier et qui ergotent pendant des heures sur le statut d'auteur, les prélèvements de l'URSAFF, les cessions de droits, les contrats et les durées d'utilisation d'images à priori sans grand intérêt. 

Dans la presse, cela fait longtemps qu'on en est plus là. Et il faut se lever de bonne heure pour se faire payer la moindre ré-utilisation de ses photos et même se faire payer tout court. Les éditeurs de presse considèrent que payer une fois, c'est payer pour toutes les fois. Et quand ils se conforment à la loi, qu'ils payent les collaborations en salaire et signent un accord collectif sur les repasses, c'est un miracle et c'est qu'on est à Lourdes. Ici, "Paye ta Pige", vous pouvez trouver quelques exemples édifiants sur les tarifs couramment constatés dans le secteur de la presse et encore, on ne parle pas des délais de paiement. Pour ma part, je vais m'avancer un peu, je considère que travailler à moins de 300€ bruts en salaire prix ultra plancher (ce qui correspond à 450€ environ pour les autres modes de règlement des statuts pourris) sur une prise de vue qui va t'occuper une journée et plus avec la post-prod, relève du suicide professionnel. Même si sur une collaboration de longue durée et c'est très pénible à dire, il faut toujours prendre en compte le volume de travail effectué dans l'année. Mais on ne travaille pas à l'heure ! Malheureusement, pour beaucoup de photographes sans expérience, la rémunération est considérée comme un problème secondaire et non prioritaire. Si assez rapidement, ils ne sont plus là pour en parler en grandissant un peu, il en arrive de nouveaux tous les jours qui entretiennent la spirale infernale. Même s'ils sont nuls, il maintiennent par procuration un forme de pression sur les tarifs qui ne veulent plus rien dire. 

Alors, tu veux toujours devenir photographe pauvre con ?

Frozen Piglet






mercredi 23 septembre 2020

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Des photographes, il y en a des tas, même des vrais. Mais bien peu peuvent se vanter de vivre de leur métier aujourd'hui (à part moi je veux dire). Ceux qui ont un don peuvent cartonner et se faire des salaires de ministres (comme moi, mais je veux pas étaler non plus). 
Certains sont talentueux, se prennent pour des artistes, mais ne savent pas se vendre (ils font leurs courses chez LIDL). D'autres sont mauvais comme des cochons, mais ils savent gérer le côté commercial et négocier leur salade comme pas un, ils finiront à la FIAC avec un peu de chance. La dernière catégorie est constitué de l'immense majorité (*) de ceux qui sont des billes en photo et qui en plus sont des piètres vendeurs (hein ? Qui a dit des amateurs ??). Et pour eux, c'est très dur. Les pauvres. Que celui qui n'a jamais foiré une prise de vues leur jette la première pierre. Sauf s'ils font des désaturations partielles auquel cas, ils faut les lapider.

Mais au total, la photographie professionnelle sous toutes ses formes draine encore quelques derniers picaillons compte tenu du fait que remplacer des illustrations de qualité  par des images merdiques, quand on mène un projet un tant soit peu sérieux, est un mauvais calcul (hein ? Bah si ! T'es con ou quoi ?). Sauf pour les crétins évidemment qui pensent "qu'une photo reste une photo et que celle qui est gratuite reste donc la meilleure". C'est sans doute pour cela qu'une horde de roquets baveux sont à ses basques en tentant de faire croire que sans eux, rien ne peut exister. Et que je me retrouve avec 48h00 pour faire une prise de vues alors que cela fait 2 mois que le sujet est sur la table et qu'il faudra me payer !!! T'as compris pauvre buse ?

Oui, comme les livreurs de pizza en carton et de hamburgers en plastique, l'inénarrable MEERO a fait des petits et on ne compte plus les "market places" qui jouent les intermédiaires de mes deux et qui pullulent dans les pubs Facebook: Shooder, Ocus, Utopix, Lense, Ooshot, Coworkees, Konfian, Photopresta, Wideop, Malt, Upwork, Welenz, Myphotoagency, autant d'opérateurs opportunistes qui espèrent que la levée de fonds complètement folle de MEERO peut se reproduire par miracle. Prions pour eux mes frères, pour qu'ils soient rachetés avant la liquidation au tribunal de commerce. Hein oui ! La croissance externe qu'on appelle ça ...

Certains élargissent même leur offre de services à tous les "meilleurs Freelance" de la planète. À peine sortis de leur club de start-up junior d'école de commerce, à peine la version beta de leur site mise en ligne, qu'ils se revendiquent déjà d'une communauté de dizaines de milliers de membres actifs et de 23 abonnés sur leur page Instagram. D'ailleurs leurs photographes sont tellement bons que la page de présentation de ces plateformes est souvent luxueusement illustrée de photos de microstocks, genre Adode-Fotolia. Un rapide tour sur Tineye le confirme. Quand on passe sur les galeries des mecs, on a les yeux qui se mettent à saigner. Faut dire qu'à 100 euros les 50 photos retouchées aussi, on va pas demander du Helmut Newton non plus !

Mais ce n'est qu'un détail pour ces gens qui prétendent révolutionner l'offre photographique auprès de leurs clients qui sont potentiellement des millions et des millions ! Mieux ils proposent de décharger les photographes de toutes les tâches ingrates et libérer ainsi leur créativité. La post prod ? Ils la confieront à un système inédit d'intelligence artificielle ultra-performant (comme dans Robocop mais mieux). Quand je pense que je me fais chier pendant des heures à peaufiner mes tofs avec mes petites mains gercées, je dois être un peu con. D'autres proposent même le paiement de la mission 72 heures après. Alors là les gars, je m'incline. Vous êtes génies. Moi qui suis payé à parution fin de mois, y compris quand la dite parution arrive 6 mois après, je reconnais ma défaite. Je peux pas lutter. 

Non mais c'est eux qui ont raison. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. D'ailleurs 10 centimes du kilomètre et 30 euros la prise de vues, c'est pas mal. Hein les gars ?

Tu veux toujours être photographe pauvre con ?


Frozen Piglet

(*) Si t'as encore un doute, vas faire un tour sur les galeries des mecs qui sont sur Nikon.fr

NB: si vous voulez avoir une analyse fine sur l'aspect légal, le mieux est d'aller voir "ici " sur le site de l'avocate Joelle Verbrugge. Je dis ça je dis rien.


 Les médias signataires de l’appel : 
Alliance de la presse d’information générale
, BFMTV, Canal+, Challenges, Charlie Hebdo, CNews, Courrier international, Europe 1, France Télévisions, L’Alsace, L’Angérien libre, L’Avenir de l’Artois, L’Echo de l’Ouest, L’Echo de la Lys, L’Equipe, L’Essor savoyard, L’Est-Eclair, L’Est républicain, L’Express, L’Hebdo de Charente-Maritime, L’Humanité, L’Humanité Dimanche, L’Indicateur des Flandres, L’Informateur Corse nouvelle, L’Obs, L’Opinion, L’Union, La Charente libre, La Croix, La Dépêche du Midi, La Nouvelle République, La Renaissance du Loir-et-Cher, La Renaissance lochoise, La Savoie, La Semaine dans le Boulonnais, La Tribune républicaine, La Vie, La Vie corrézienne, La Voix du Nord, Le Bien public, Le Canard enchaîné, Le Courrier français, Le Courrier de Gironde, Le Courrier de Guadeloupe, Le Courrier de l’Ouest, Le Courrier picard, Le Dauphiné libéré, Le Figaro, Le Journal d’ici, Le Journal des Flandres, Le Journal du dimanche, Le Journal du Médoc, Le Journal de Montreuil, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Maine libre, Le Messager, Le Monde, Le Parisien, Le Pays gessien, Le Phare dunkerquois, Le Point, Le Progrès, Le Républicain lorrain, Le Réveil de Berck, Le Semeur hebdo, Le Télégramme, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Les Echos, Les Echos du Touquet, LCI, Libération, Libération Champagne, M6, Marianne, Midi libre, Monaco Matin, Nice Matin, Nord Eclair, Nord Littoral, Ouest France, Paris Match, Paris Normandie, Presse Océan, Radio France, RMC, RTL, Sud Ouest, Télérama, TF1, Var Matin, Vosges Matin.

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