Bon, Let's face the situation, comme diraient les anglo-saxons. Les agences photos sont en train de sombrer. Agences de presse ou agences d'illustration ou banques d'images, peu importe. Trop de photos, trop de concurrence, trop de discount, trop de photographes, trop d'images médiocres, trop de vols, tuent la photographie. Je n'ose même plus parler de photo professionnelle, tellement les guignols bercés d'illusions pullulent dans ce secteur en train de crever. Tous les jours, il en arrive des nouveaux persuadés que leur travail est digne d'intérêt alors qu'ils ne produisent que des merdes. Il suffit d'aller sur les manifs d'étudiants et de lycéens comme-moi, pour comprendre que toutes ses images sans objet finiront à la poubelle (qui brûle) ou sur des sites militants qui payent que dalle. Coeur avec les doigts à tous ceux qui se trimballent avec des casques marqués "Presse" au sparadrap et des masques de peintre en bâtiment, harnachés comme s'ils étaient à Gaza. Ça tombe bien ... Quelle rigolade ...
Aujourd'hui, je pense à tous mes collègues qui travaillent exclusivement avec des banques d'images (Getty en première ligne) qui sont passées à 80% de prélèvement sur le montant des ventes de leurs photos alors que le prix moyen s'est effondré sous la pression des diffuseurs, des accords de distribution croisés entre agences et des images de merde.
Ma dernière vente en agence, une photo à 18 dollars avec 88% de commission prélevée par les 2 agences responsables de ce désastre. Je te laisse calculer la part qui me revient.
Après, il y a les collaborations directes. Les collaborations avec les magazines et les journaux, pour les photographes et les photo journalistes, c'est un peu comme les histoires d'amour. Elles commencent et elles durent ... ou pas et parfois, elles s'arrêtent brutalement. Difficile de savoir pour quelles raisons, mais un jour, on cesse de t'appeler de façon définitive et sans aucune explication. Le truc, c'est que des gens que tu voyais régulièrement disparaissent de ta vie du jour au lendemain sans explication. Ce qui laisse au passage un aperçu sur la manière dont ils te percevaient.
Au début on se sent vaguement coupable et on garde une trace d'espoir que tout rentre dans l'ordre, mais mon expérience prouve que cela n'arrive jamais. Du coup ton ego en prend un coup et ton compte en banque aussi. D'autant que les relations que tu pouvais avoir avec certains membres des rédactions pour lesquelles tu travaillais parfois depuis des années s'arrêtent nettes. Tu disparais de leur vie du jour au lendemain. La pilule est un peu dure à avaler. Crois-moi ... Mais l'essentiel est de ne rien avoir à se reprocher.
Cette situation, je l'ai vécue un certain nombre de fois et selon mon expérience personnelle, il faut se faire une raison et aller de l'avant sans se retourner. Bien entendu, quand tu es payé en salaire, ce qui est une obligation selon la Convention Collective de la Presse, tu peux prétendre aux indemnités légales, comme un salarié lambda. Mais dans la plupart des cas, il faudra engager une procédure pour faire valoir ses droits. C'est aussi les gentils salariés des entreprises de presse ont du mal à admettre que les pigistes puissent avoir les mêmes droits qu'eux. Que tu puisse prétendre avoir droit aux congés payés, au treizième mois et même à la prime d'ancienneté, ça leur fait mal au cul comme-ci ça sortait de leur poche.
Pour contourner cela, les éditeurs de presse ont décidé de payer les photographes qui travaillent pour leurs titres en droits d'auteur pour contourner la loi, ce qui est parfaitement illégal. Mais comme les jeunes débutants sont prêts à tout pour être publiés, y compris à filer leur pauvres photos gratos, tout cela n'est pas bien grave. D'ailleurs dans tous ces esprits dérangés, le mot "collab" est devenu synonyme de gratuit, mais vu le niveau des mecs qui cèdent à ce genre de proposition, on est en droit d'éclater de rire, tellement ils sont nuls alors qu'ils se qualifient de photographes professionnels sur les réseaux sociaux. Ce qui n'est pas grave en soit puisqu'ils s'adressent à des gens aussi nuls qu'eux.
L'ennui c'est que tout ce système met la pression sur les photographes, les vrais. Ceux qui maitrisent leur outil, mais qui ne sortiront pas vivants de cette fumisterie. Adieu monde cruel !
Frozen Piglet
Alors tu veux toujours être photographe pauvre con ?

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