mercredi 3 décembre 2008

Rapport Piglet (5) Le Corporate m'a tuer ...







La légende selon laquelle, le corporate permettrait de financer le travail personnel et le photo-journalisme est tenace.


Moi je vais vous dire un truc. Le corporate, ça permet de bouffer tout court, quand on a pas assez de boulot dans la presse.
Il est bien loin, le temps où la communication payait plutôt bien. En ce qui concerne la presse d'entreprise, par exemple, les tarif sont à peu de chose près alignés sur la presse. Pour les autres trucs, c'est une négo de gré à gré. Mais globalement, les budgets se réduisent comme peau de chagrin. Combien de fois, on m'a proposé de surenchérir sur des photographes jugés trop chers. Ne jamais faire ça, le client s'en sert pour faire baisser le prix au photographe choisi en première intention et vous n'aurez jamais le boulot ! Bien entendu, dans le corporate, les photos sont perdues à jamais. Elles seront utilisées et réutilisées ad vitam eternam sans rétribution et le plus souvent sans aucun crédit photo. Bien fait pour toi.

Frozen Piglet

10 commentaires:

tu veux ma chmise ! a dit…

A voir sa signature continuellement sur une multitude de journaux, de magazines, de supports de communication sur papier ou en ligne, on pensait que DR était un génial photographe qui roulait sur l'or, en fait ils sont très nombreux à porter les mêmes initiales DR et à s'en mettre plein les poches! Comment font-ils? Comment s'enrichir facilement en photographie ?
Toutes les astuces:
http://www.dailymotion.com/ouest555

KdeBra a dit…

Ouais.
K

Anonyme a dit…

Eh bien FP, tu es prolixe en ce moment en matière de rapports (écrits je précise !). Tu vas battre Klarsfeld.
Là encore je ne puis qu'être d'accord avec toi...
J'attends donc le prochain opus !

Anonyme a dit…

Ta boulimie d'écriture est contagieuse. Je viens de prendre ma plume numérique pour écrire à notre vénéré président :

Monsieur le Président,
Ces quelques lignes pour attirer votre attention sur le métier de photographe professionnel. Depuis maintenant plus de 15 ans, j'exerce ce métier sous la double casquette de photo-journaliste et de photographe d'illustration. Les agences -qu'elles soient de presse ou d'illustration- coulent. Pratiquement plus aucun photographe n'est salarié de ces agences. Tous sont à la pige, pour les plus chanceux. Nous fonctionnions avant sur le système des commandes avant de partir en reportage, c'est terminé à 90%. J'ai été blessé en reportage il y a quelques années, ce fût tant pis pour moi...
Des solutions simples et de bon sens existent. Elles permettraient de sauver une partie de la presse. Mais personne ne semble s'en soucier ou vouloir regarder la réalité en face.

Comment voulez-vous que les agences et les photographes qu'elles sont censées faire vivre puissent survivre face au scandale des banques images à 1 euros qui fleurissent sur internet ?? Ces banques images sont approvisionnées par des personnes qui, bien souvent sont salariées ou fonctionnaires et qui lors de leur temps libre s'adonnent à la photo, avec plus ou moins de talent et de compétence, et qui se soucient peu d'être payées 1 euro mais préfèrent voir leur nom publié au bas d'un crédit photo. Histoire d'ego, vieille comme le monde.

Des solutions existent. Elles doivent être prises. Après tout, comme dit le proverbe : "A chacun son métier". Je ne pense pas que les pouvoirs publics resteraient sans réagir, si je m'installais du jour au lendemain en m'improvisant médecin ou bien si j'allais un beau jour m'improviser instituteur ou professeur. Les esprits chagrins vont surement me dire que là je parle de vrais métiers...

Mais le plus petit grain de sable peut parfois entraîner la paralysie de la plus perfectionnée des machines. J'aime mon métier, j'aime la presse car elle est vitale dans une démocratie et je crains pour son avenir, pour notre avenir. Aidez-nous...

JB a dit…

@ Anonyme : bien vu, bien écrit, je suis d'accord sur le constat et comprends vos inquiétudes, cependant :

1- le destinataire amha s'en balance complètement de ce problème, comme de beaucoup d'autres qui ne touchent pas directement sa sphère d'amis ;

2- dans la photo comme dans bien d'autres domaines, le statut amateur/professionnel n'est pas un gage de compétence ou de créativité ;

3- si on interdit la publication de photos d'amateurs sur Internet, il faudra aussi y interdire la musique (je ne parle pas de piratage, mais des méchants musiciens qui mettent leur musique gratuitement en ligne, au détriment des vrais musiciens professionnels) ; les blogs, parce qu'écrivain c'est aussi un métier, et que si on lit sur Internet, on n'achète pas de livres, et les logiciels libres, au premier rang desquels Spip, Dotclear, Wordpress, et les protocoles HTML, PHP etc. qui sont scandaleusement gratuits, quand il existe des équivalents chez MM. Microsoft, Adobe etc.

La réponse à ce vrai problème n'est pas dans l'interdiction mais dans l'implication des "vrais" photographes sur Internet, dans l'invention de nouveaux types d'édition/diffusion de la photographie, s'appuyant sur Internet au lieu de le refuser (voir par exemple ce que fait Publie.net en la littérature, assurant diffusion de textes de qualité à prix réduit, et bonne rémunération des auteurs, sans pour autant concurrencer le circuit du livre traditionnel).

Je n'ai bien évidemment pas de solution clés en mains. Je déplore bien évidemment que même un Salgado ou un Nachtwey n'aient quasiment plus de commandes de presse, et la dérive vers le people (domaine qui me semble relativement encore chasse gardée des pros, tant mieux pour eux).

Il y a encore des photographes pros, peut-être peu nombreux mais je ne suis pas spécialiste, qui sont de vrais auteurs, avec une bonne visibilité sur le net. Je pense dans l'instant à Olivier Roller, Léa Crespi, Pascal Bastien...

Je ne dis pas que c'est facile. J'ai un frangin artiste et je vois bien la difficulté d'en vivre, surtout depuis quelques mois, allez savoir pourquoi.

S'il y a un combat à mener pour vous photographes de presse, c'est un combat pour l'exigence, la qualité, la curiosité. Stigmatiser l'amateur qui va flatter son ego cinq minutes en acceptant de se voir publier gratuitement sur un dépliant communal quelconque c'est amha se tromper de cible.

Quant aux amateurs au rang desquels je me compte avec une certaine fierté, il faudrait aussi qu'ils comprennent qu'être amateur c'est une chance et un privilège (celui qui fait juste pour le plaisir), et que s'ouvrent à eux des terrains encore vierges, qui ne sont pas celui de la sortie de Fillon à Matignon ni des seins d'Estelle Halliday (je reviens de chez la dentiste où j'ai feuilleté Paris Match).

Et qui n'est pas non plus celui des reportages politiques ou géographiques de fond.

Se méfier des discours réducteurs et des solutions simples, aux problèmes complexes : on voit ce que ça donne quand c'est mis en pratique. Hélas.

... a dit…

Elle est belle ta Speed JB

F.PIglet

Anonyme a dit…

En dehors d'avoir du talent.
Les photographes doivent avoir aussi du courage, de la chance, être très travailleurs et ne compter sur que sur eux-mêmes. Ils doivent être dépouillés de leurs droits d'auteur sans rien dire. Ils doivent assister à l'effondrement des journaux pour lesquels, ils travaillent de moins en moins en se disant que c'est pour eux une chance historique d'évoluer et d'être encore plus exigeants avec eux-mêmes. Plus que tout, ils doivent être visionnaires et déterminer aujourd'hui ce que seront les médias dans 2-4-6 ans.
curieusement, les gens semblent considérer qu'ils sont des surhommes en quelque sorte.
C'est sans doute parce que ils ont des gros zooms.

MJ

Nicolaï Lo Russo a dit…

Très juste tout ça. Consternant. Mais le fin du fin c'est quand même la presse mode "hype". Là, coco, si tu veux passez dans Wad, Purple, ou ce genre de canard branché, tu mets 2000 Euros sur la table pour ta prod, tu shootes, et tu pries pour que le rédac chef te prenne ta série. Au moment même où j'écris ces lignes, j'entends d'ici des grincements de dents et des petits cris étouffés. Le pire, c'est que les photographes qui mordent à l'hameçon (ça m'était arrivé, à l'époque) sont contents ! Ils ont des PARUTIONS mec ! Qui leur servent à rien parce que dans les boîtes de pub maintenant, les photos avec des meufs qui ont du caviar et du cacao sur les yeux, ils en veulent pas si t'es pas Terry Richardson :) Ouais, c'est foutu, quoi. J'en ai même écrit un bouquin de 500 pages de tout ça. Ch'te dirai, Frozen, ch'te dirai.

Anonyme a dit…

>>si on interdit la publication de photos d'amateurs sur Internet...

Pas question d'interdire quoi que ce soit, juste faire respecter la loi: les images vendues à 1€ en libre de droit c'est tout simplement hors la loi (vente à perte et droits d'auteur forcément limités dans le temps, supports etc.)

>>La réponse à ce vrai problème... est... dans l'implication des "vrais" photographes sur Internet

Très concrètement vous pourriez m'expliquer comment je dois m'impliquer ? parce que on est un bon petit paquet à chercher la solution depuis un bon moment et donc on est bien content que vous ayez trouvé une réponse à ce vrai problème donc si vous pouviez développer, pas du vent hein ! du concret...

E.L

JB a dit…

@ E.L.

J'ai bien dit que je n'avais pas de solution clés en mains, si elle existait le problème serait réglé depuis longtemps. Ce que j'ai dit, c'est qu'il n'existe pas de solution simple, aux problèmes complexes comme celui qui est évoqué ici et sur ce blog épatant de FP.

Sur la légalité ou l'illégalité de la vente à 1€ je ne suis pas compétent pour me prononcer, mais vous serez d'accord avec moi sur le fait que 1€ c'est peanuts (et encore...) Les ceusses (dont je ne suis pas) qui se contentent d'1€ pour flatter leur ego avec leur nom sur un remplacez_parce_que_vous_voulez, le feront pareil gratuitement. Et on tombe alors dans le même problème de droit d'auteur : même amateur, je reste auteur de mon image, et si je souhaite la placer sous licence Creative Commons ou dans le domaine public, c'est mon droit aussi. Et qu'on vienne me l'interdire.

Ce que je crois, c'est que la crise de votre profession est immensément profonde, mais que le bouc émissaire que vous désignez (le méchant prof en congé de maladie qui pique le boulot du gentil pro qui paye des charges) c'est un peu facile, et l'arbre qui cache la forêt.

Moi qui suis (je m'en excuse) précisément fonctionnaire, accessoirement photographe amateur, j'ai été longtemps acheteur de magazines, et de livres de photographes. Je n'en achète plus depuis plusieurs années, simplement parce que, même si je ne pleure pas sur mes conditions de vie, entre les charges familiales fixes et les loisirs que l'on veut se préserver (le sport pour madame et les enfants, et pour ma part, quelques pellicules, et tirages par mois, que me fait le photographe professionnel du coin) ben simplement les magazines, les bouquins, les CD qu'on achetait plus facilement il y a quelques années, sont passés à la trappe, et les économies qu'on avait réussies à faire pendant qq années, servent uniquement mais systématiquement désormais, à combler le découvert en fin de mois (je ne me plains toujours pas, je constate). J'achète 3 à 5 CD par an mais n'en pirate aucun (même si je paye la SACEM sur tous les CD qui me servent uniquement au stockage de données informatiques, et de photos), je lis le journal sur Internet mais je paye mon abonnement au monde.fr. J'utilise Linux et les logiciels libres autant par la philosophie qu'ils véhiculent (fraternité, partage) que parce que je par principe je refuse de pirater les logiciels propriétaires. Alors ça m'énerve un peu aussi parfois, les leçons de morale à 4 centimes d'euro sur telle ou telle catégorie socio-professionnelle responsable de la crise. Les salariés contre les fonctionnaires, les indépendants contre les salariés, et ces salauds de pauvres et feignants de chômeurs.

Et la situation que vous déplorez n'est pas nouvelle. Il y a presque 20 ans de cela, j'en avais 25 et étais en plein trip photo, je me croyais un grand artiste parce que je faisais assez bien du sous-sous-Sieff, et j'ai tenté de démarcher un éditeur (local, mais aujourd'hui assez connu) pour me faire publier. La réponse, en gros, "vos photos ne nous intéressent pas, mais si vous vouliez bien nous faire des portraits de nos auteurs, les photographes professionnels sont tellement chers"...

Voilà. Ce sera ma dernière intervention sur ce fil et sur ce thème, on y sera encore sinon dans 100 ans et ce soir je me sens déjà bien vieux.

Salut, et fraternité.

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