lundi 10 juin 2013

Education des masses





Un des faits saillants de la politique marketing des marchands de "Junk Food" a toujours été de tenter d'investir les classes d'écoles pour faire la promotion de leurs produits alimentaires d'exception auprès des enfants. S'adresser aux petits écoliers à l'esprit malléable semble sans doute la meilleur méthode, selon les directions marketing pour transformer les enfants en consommateurs obéissants. La chose la plus incroyable reste que des responsables de l'éducation, des enseignants, des parents se prêtent à cette saloperie sans l'ombre d'une hésitation. Quel rapport avec la photo vous allez me dire ? C'est très simple.

Après tout: "L'éducation aux médias appartient à l'histoire de l'école"
Cette merveilleuse maxime pleine de promesses a pour auteur Mme France Renucci, la directrice du CLEMI. Le "Centre de liaison de l'Enseignement et des Médias d'information" dépend du Ministère de l'Éducation nationale. Il est chargé de l'éducation aux médias dans l'ensemble du système éducatif français depuis 1983. Il a pour objectif d'apprendre aux élèves une pratique citoyenne des médias. "La Semaine de la presse et des médias®, opération phare du CLEMI conduite depuis près de 25 ans, permet à 3 500 000 élèves dans 15 000 établissements de mieux connaître grâce aux médias d'information, le monde dans lequel ils vivent. (extrait de son site internet)

Mais quel magnifique programme ! 
En plus l'image est bien là, au coeur des préoccupations de ces spécialistes de l'éducation !
Cette année, on a même convié un membre éminent du monde la photo pour exposer à nos chères têtes blondes les règles qui s'appliquent au droit d'auteur et au droit à l'image. On en pleurerait presque tellement c'est beau ...

Alors c'est l'Hadopi (un autre machin de spécialistes de la spécialité, mais j'ai jamais su à quoi ça servait) qui a chaudement recommandé un partenaire au CLEMI pour mener à bien cette mission essentielle. Ce partenaire, c'est F o t o l i a !
Ben ouais t'es fou ! Qui est mieux placé pour nous parler du droit d'auteur en France ?? Avec Fotolia, c'est vachement simple à expliquer ! Y'en a pas !! Le droit à l'image ? Pareil ! Si ce n'est que c'est le pauvre débile qui a appuyé sur le bouton et qui a gagné 10 centimes qui est responsable de tout à 100% ! En même temps, ça tombe bien. La puissance publique est très cliente de ces images de microstock pour toutes ses publications. Faut comprendre, on fait des économies (à cause du FMI et de Christine Lagarde qui roule en vélo à New York).

Chez les partenaires du CLEMI, on note pourtant la présence de l'AFP, de Reporters sans Frontière, de Visa pour l'Image, de Médiapart. Ah ouais ... Mais ils étaient pas libres ce jour-là ... Ils devaient être en RTT ou un truc comme-ça. En plus, Médiapart paye pas les photos. Il y a même André Gunthert en vidéo sur le site du CLEMI (sacré André !).

Mais c'est pas grave tout ça. L'essentiel est que ça donne l'occasion à l'un des fossoyeurs de la photographie professionnelle et du droit d'auteur en France d'exposer ses thèses néolibérales et faire sa promotion devant 3 500 000 élèves. Faut dire qu'il y en a un paquet de ces gosses qui sont en photo sur les serveurs des microstocks aussi. Si ! Avec les photos de papa ! Ils vont surement applaudir ! Elle est pas belle la vie ?

Oubliés les emplois précaires dans les pays de l'Est !
Oubliés les poissons rouges qui meurent d'avoir sauté d'un aquarium à l'autre pendant des heures !
Oubliés les détourages foireux (ça c'était surtout au début. Trop drôle) !
Oubliés les idiots qui ont fait pendant des années et partout la promotion gratuite d'une illusion !
Oubliés les milliers d'amateurs crédules qui devaient gagner des milliards et des milliards et qui ont gagné peau de zob !

Frozen Piglet

C'est sur le site de nos camarades de l'UPP (ICI) que j'ai découvert cette bonne nouvelle qui va déclencher l'enthousiasme, n'en doutons pas, de tous les photographes aux quatre coins de l'hexagone. Evidemment sur le site de l'UPP, c'est traité de façon plus sérieuse, mais c'est plus chiant.






10 commentaires:

Pascal Bodin a dit…

Bientôt Monsanto pour les cours de jardinage?

Régis Ecochard a dit…

Le fait même de retenir fotolia pour ce "niquenosmétiers tour" montre le degré de compétence de nos instances.
Ça sent la performance sur ce dossier (quid des autres ?)

Anonyme a dit…

Je nuancerai le propos de Régis. Je ne crois pas hélas qu'il s'agisse d'un problème de compétence. Je crois juste que Fotolia arrose nos élites ayant un pouvoir lui permettant de se développer.

La grande brèle de Lagarde est une des premières à avoir mis ses photos (de m...) sur Fotolia.

Dommage que DSK n'ait pas eu cette idée, on aurait bien rigolé et reconnu certaines de ces têtes de gland dans ses parties fines...

Pauvre France...

FF

Herve Donnezan a dit…

Lamentable initiative, mais encore plus grave de la part des partenaires liés à la photographie professionnelle qui sponsorisent un tel évènement lourd de conséquences pour la profession.

Hervé Donnezan

Gunthert a dit…

Avec la pleurnicherie, l'un des principes qui alimentent ce blog est le tabassage régulier de boucs émissaires. Le bouc émissaire, c'est une victime qu'on sacrifie en lui attribuant la responsabilité d'un problème dont on ignore la cause, et qu'on ne sait pas régler. Fotolia remplit à merveille ce rôle pour ceux qui ne connaissent rien à la photographie, à qui on peut faire croire que stockphoto et reportage, c'est une seule et même chose. Mais Paris Match n'a jamais publié une image de Fotolia, pas plus que Le Monde ou Libé. Ce qui est bien normal, puisque la stockphoto, ce n'est pas de la photo, mais de l'illustration. C'est de l'image en boîte pour des usages industriels, pour décorer le journal d'une compagnie d'assurance ou d'une mutuelle de santé, qui n'a pas besoin d'envoyer un photoreporter en Syrie, mais juste d'une image stéréotypée d'un couple ou d'une personne âgée, pour illustrer la publicité d'une police d'assurance. Dans les années 1970, ces canards utilisaient le dessin. Les banques d'images ont toujours cassé les prix, ça fait partie de leurs principes industriels, qui reposent sur la commercialisation répétée d'une même image. Ce n'est donc pas d'hier que l'illustration industrielle ne nourrit pas les photographes, qui n'y recourent que comme une activité annexe, souvent pour recycler des images déjà vendues ailleurs. Faire croire, comme Frozen Piglet ou l'UPP, que le microstock menace le photojournalisme n'est donc qu'une plaisanterie de garçon de bain.


La vraie question qui se pose à la photo que défend FP, dont l'illustration n'a jamais fait partie, c'est: pourquoi le reportage n'intéresse plus la grande presse. Comme il fait semblant de ne pas le savoir, je vais le lui rappeler. Ce qui fait que la presse s'est détournée progressivement du reportage, depuis les années 1980, ce n'est pas parce qu'il est trop cher, c'est parce qu'il ne fait plus vendre. Alors oui, c'est moche de s'apercevoir que la presse n'est pas une institution de bienfaisance philanthropique vouée à la préservation du patrimoine photographique. Mais aujourd'hui comme hier, Paris-Match mettra en Une ce qui fera vendre son canard, et Paris-Match a mesuré depuis longtemps qu'une Une sur la Syrie lui apporte moins de clients qu'une Une sur Adjani ou sur Zahia. Mais va taper sur Paris-Match quand tu es photoreporter! Se rendre compte que c'est la presse qui est à l'origine de tes problèmes, plutôt qu'internet ou Fotolia, c'est un peu comme découvrir que le père Noël n'existe pas. C'est pourquoi, ici, on continuera à pleurnicher et à pourfendre des moulins à vent. Bon courage.

Anonyme a dit…

Je suis assez d'accord avec Gunthert,
Qui analyse le dossier avec précision (normal c'est son boulot),
Et je ne le répèterais jamais assez, mais je continue,
Cessez donc vos pleurnicheries,
Mettez-vous au boulot.

RLZ

Frozen Piglet a dit…

Mon cher Gunthert,

Vous pouvez considérer qu'énoncer des faits relève de la pleurnicherie (quel vilain mot choisi à dessein). Moi votre prospective retorse me ferait presque sourire si vous ne preniez pas autant au sérieux ce que vous écrivez.

La principale différence entre vous et moi, c'est que vous êtes un simple observateur alors que je pratique ce métier depuis des années et que j'en vis à la différence de vous (modestement, c'est vrai) .
Vous comptez sérieusement m'expliquer à moi ce que c'est que la photo d'illustration ? À Moi qui la pratique depuis 15 ou 20 ans ?
Je connais des photographes qui vivent exclusivement de la photo d'illustration et des dessinateurs qui gagnent 10 fois ce que je gagne. Aujourd'hui, pas en 1970. Vous planez ou quoi ?

Mais d'où tenez-vous que le reportage ne fait plus vendre ? D'où ? (vous êtes abonné à Télérama ?)
Vous parlez de Paris-Match. C'est bien ce magazine qui perd 10 % de son tirage tous les 5 ans, c'est bien cela ? Encore trop de reportages sans doute ...
Au passage, Paris-Match je m'en tape totalement. C'est un modèle dépassé à l'image du groupe de presse incapable d'évoluer qui le possède.

En ce qui me concerne, ma préoccupation est juste actuellement de gagner ma vie et c'est un challenge quotidien. Vous pigez ou pas ? Si je ne bosse pas, je ne touche rien à la fin du mois. Que ce soit du journalisme, du "corporate" ou de l'illustration importe peu finalement. Seules comptent la passion qu'on peut avoir pour ce métier et la façon dont on le pratique.

En 2012, 20% de mes revenus sont directement issus d'internet et j'ai investi 10 000 euros en matériel neuf sur les 12 derniers mois. Je ne vous demande pas d'applaudissements, je dis cela juste pour vous montrer que je bouge, que nous bougeons maintenant aujourd'hui, demain et tout le temps.

Comme toujours, votre analyse manque d'humanité et c'est cela son principal défaut. Mettre de la chair dans tout ça, ça vous parle ou pas ?? Probablement pas. Vous ne devez même pas savoir à quoi je fais allusion.

Mais rassurez-vous. Pour moi, le père Noël, c'est vous. À chaque fois que vous écrivez un texte c'est un vrai cadeau pour moi.

Martial Maurette Reporter-Photographe a dit…

Une fois de plus l'UPP a noté le problème. Bin, heureusement qu'ils sont là ! Euh, y-a-t-il vraiment un(e) imbécile dans les hautes instances dirigeantes française, qui puisse ou veuille mettre autant à mal la Photographie ? (...Les Photographies, voire les vrais Photographes ...Professionnels ).
Enfin, ça donne l'occasion à Machin Gunthert de pondre ses doux mots (ainsi il occupe le terrain).
Moi, le cochon Frozen, je l'aime bien. Il semble très proche de ma pratique de vivre, Photographe, en France, aujourd'hui.
Malgré tout et tous.
Respects

Martial Maurette Reporter-Photographe a dit…

Une fois de plus l'UPP a noté le problème. Bin, heureusement qu'ils sont là ! Euh, y-a-t-il vraiment un(e) imbécile dans les hautes instances dirigeantes française, qui puisse ou veuille mettre autant à mal la Photographie ? (...Les Photographies, voire les vrais Photographes ...Professionnels ).
Enfin, ça donne l'occasion à Machin Gunthert de pondre ses doux mots (ainsi il occupe le terrain).
Moi, le cochon Frozen, je l'aime bien. Il semble très proche de ma pratique de vivre Photographe, en France, aujourd'hui.
Malgré tout et tous.
Respects

Jean Miaille a dit…

La photo ne fait plus vendre les journaux ? Mon oeil !


Depuis quelques mois, chaque fois que l'on parle photograhie, on nous rabat : presse, pour affirmer dans un même élan : la photographie ne fait plus vendre les journaux !

Une fois dit que la photographie de presse représente à peine 10 % de l'effectif des photographes professionnels, il faut prendre le temps de regarder cette affirmation en face.

Tous le monde connait la bien belle histoire du roi nu. Un habile couturier réussit à faire croire à la cour que les étoffes dont il vêtait sa majesté étaient d'une telle subtilité que seuls les esprits supérieurs pouvaient les voir. Jusqu'à ce qu'un enfant s'écrit : mais le roi est nu !

Que répondrait un enfant à qui l'on dirait : la photo ne fait plus vendre les journaux ?
- Alors, pourquoi y a-t-il tant de photos dans les journaux ?

La presse papier est un mammouth blessé. Au cours du siècle précédent, elle a survécu non sans mal à l'émergence de la radio puis de la télévision. Et la voici, à présent, confrontée à internet. Il n’y a pas lieu de s’en réjouir. Mais il convient d’en être conscient.

La "dématérialisation" de l 'information (entendons la fin du papier) est-elle inexorable ? Cette dématérialisation conduit à un changement considérable d’échelle économique. Le papier, ça pèse en tonnes et en euros. Moins ça pèse en tonnes et moins ça rapporte en euros. La blessure du mammouth se mesure à l'inclinaison de ses marges bénéficiaires. Et que dire lorsqu’arrive le temps de vivre sous perfusion ?

Se pose donc une question cruciale : vers quel côté le public va-t-il évoluer ?

Les avantages et inconvénients respectifs du papier et de l'écran sont largement scrutés. Dans ce cadre, il est bien évident que la photo tire le public vers l'écran qui n'a aucune contrainte de place par rapport au papier.

Pour avoir été membre de la rédaction en chef d'un hebdomadaire dans les années 1980, j'ai pu ressentir la frustration de ne pouvoir publier que trois ou quatre photos d'un reportage qui pouvait en compter des dizaines d'excellentes. Nous n'étions plus en 1958, quand Paris-Match consacrait plusieurs numéros spéciaux au reportage de Henri Cartier-Bresson, en Chine.

Ce n'est pas la photo qui ne fait plus vendre les journaux mais, hélas, plutôt la presse qui n’a plus les moyens de se promouvoir en utilisant la photographie de façon dynamique et créative.

Ce n’est pas une raison pour laisser se démembrer la profession de photojournaliste.

Car sous la question de l’évolution des modes de diffusion de l’information, une autre question pointe son nez : les opérateurs de la presse papier sauront-ils s'adapter ou verrons-nous apparaitre de nouveaux opérateurs pour l’information ?

Internet nous a habitué à voir émerger des voltigeurs, diablement imaginatifs bien que souvent dénués de scrupules, bouleversant en quelque années, quand de n’est pas en quelques mois, des équilibres encore solides.

Les opérateurs actuels n’ont pas intérêt à offrir sur un plateau les décombres d’une profession dont les petits nouveaux feraient profit à vil prix. Avec mes camarades de l’UPP, nous sommes preneurs de discussion avec les représentants de la presse pour éviter que le pire devienne réalité.

Probablement dans moins de cinq ans on comptera les morts. La photographie, quant à elle, aura pris des gnons, mais elle sera toujours vivante.

Parce qu'elle est indipensable à une information moderne.

Jean Miaille

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