©KCB
Ça veut dire quoi ce déferlement d'articles sur la mort annoncée de Gamma dans toute la presse ?
J'ai pas tout lu. A force, ça me fatigue ... Les larmes de crocodiles.
Faut pas me prendre pour un lémurien. Moi je vais vous le dire. L'objectif, c'est d'amener le repreneur dans un fauteuil en lui caressant la tête pour l'endormir comme une poule. Maintenant que tous les trucs rentables se sont fait la belle comme par enchantement, on va lui refiler la coquille structurellement déficitaire, comme ils disent , les artistes de la finance ...
3 millions d'€ en 2008 et 3 millions d'€ sur le premier trimestre 2009. Curieux comme les choses s'accélèrent à la fin ... Toute la presse emboîte le pas sans se poser aucune question. On s'en fout, il est mort le photo-journalisme ! On sait de quoi on cause. On l'a buté. Ils avaient un peu trop la grande gueule et l'habitude de se prendre pour le sel de la terre ces connards de photographes. Nous on veut du romantisme, du Magnum, du Capa, du Doisneau, du Cartier-Bresson, du photographe mort et du Noir&Blanc et pis c'est tout.
Photographe ? Mais maintenant tout le monde est photographe pauvre con !
A ce stade, on pourrait croire qu'on devrait logiquement virer les gestionnaires qui ont merdé comme c'est pas permis. Pas du tout. "le modèle actuel (économique) n'est pas viable" et le nouveau modèle sorti de la tête des crânes d'oeuf, c'est l'agence de photos sans photographes. Génial ! j'y avais pas pensé ! C'est là qu'on se rend compte qu'on ne peut pas lutter face à des gens supérieurement intelligents.
Heureusement, après trois plans sociaux sous Hachette, il y a encore 14 photographes à virer sur cinquante-six salariés sous Greeen Recovery à Gamma. Pour la direction, "c'est la cible prioritaire". Pour le directeur de l'agence " on a tué le photo-journalisme en obligeant les agences à salarier les photographes". C'est dans Libé qu'on lit ça, le journal qui annonce qu'il paye 330€ une pleine page aux agences de presse sans avoir honte. Ben ouais, faut les comprendre les gars, ils sont eux-mêmes en faillite continuelle depuis à peu près 20 ans alors ...
J'ai gardé le meilleur pour la fin. Quand le coup de poignard dans le dos vient de ton propre camp, c'est tellement beau à regarder. Pour Raymond Depardon, tout ça, c'est la faute à "la loi Cressard de 1974". Jaques Cressard est un peu à la Presse française ce que Marthe Richard est aux Bordels. C'est grâce à sa loi, qui est le cheval de bataille de tous les syndicats de journalistes, que les pigistes de la presse ont été reconnus comme des journalistes à part entière et que le lien de subordination a été institué entre le pigiste et l'employeur. Avant on sifflait les pigistes comme des clébards et on les congédiaient comme des merdes un peu comme en Chine avec les ouvriers dans les usines. On le fait toujours d'ailleurs, mais on se retrouve aux prud'hommes et on l'a dans le cul la balayette. Parce que le droit du travail, on s'en branle et que les conseillers des prud'hommes sont tous communistes. Est-il utile de rappeler que 38% des journalistes gagnent aujourd'hui moins de 1500€ bruts par mois en France ?
Quelle est la solution ?
"Le photographe doit s'assumer en tant qu'artiste" selon Raymond.
Voilà t'as tout dit Raymond ! C'est pour ça que j'ai tout foiré ma vie de photographe et que je passe mon temps à écrire des conneries sur internet au lieu de produire des sujets (médiocres) invendables et boire de l'absynthe. J'assume pas.
Frozen Piglet