mercredi 28 août 2013

Dans ta gueule



J'ai toujours détesté les mariages et les photos de mariage et encore plus que tout, les photographes qui font des photos de mariage. Ces mecs ont un humour de merde et mettent des chaussettes blanches avec des chaussures noires (les fous !). Dés que j'en vois un, j'ai envie de le buter (sauf les chinois que je vois travailler aux buttes Chaumont ou au parc Monceau). Il faut être gravement malade pour passer sa vie à shooter pendant des heures des tofs de gens qui passent devant le maire et éventuellement devant le représentant d'une des principales religions monothéistes, avant de finir par une journée entière de beuverie. En plus, comme les futurs divorcés engagent souvent n'importe qui pour faire un reportage sur le plus beau jour de leur vie et qu'ils finissent par vomir sur un tas de photos de merde et c'est bien fait pour eux. Sans compter que souvent, les photographes de mariage essayent de coucher avec la soeur de la mariée (si avec ta soeur !). C'est pour ça que dans les démocraties orientales avancées, il y a souvent des attentats à la bombe dans les mariages qui font 37 morts. Parce que les mariages, ça fait chier tout le monde et surtout les voisins qui voudraient bien dormir et ça permet de faire un peu de ménage chez les auto-entrepreneurs. Sur la vidéo, le mec s'est mis dans la tête d'utiliser un drone pour faire une photo vue d'en haut (c'est la formule "premium" qu'ils ont choisi ou quoi ?) et soudain il perd les commandes, le drone ne répond plus et le marié se le prend dans la tronche et ça lui crève les 2 yeux. Marrant non ? Moi je m'en fous j'ai une assurance responsabilité professionnelle. Donc, je peux estropier qui je veux, je suis assuré. Ça me coute assez cher !

Frozen Piglet


lundi 26 août 2013

Champions du monde catégorie fientes

Le soir pendant les vacances, j'aime bien regarder les émissions sur les arnaques de l'été. Ça me fait jubiler de voir ces connards se faire enfler par les bandes d'escrocs qui pullulent sur le net et ailleurs dans la série champions du monde catégorie fientes. Même si c'est la quatrième rediffusion et que je l'ai déjà vu en 2007, ça me fait rire quand même et je regarderai encore l'année prochaine le sujet sur les merguez avariées, les cartes bleues piratées et les vacances ratées. C'est dommage, ils parlent pas des mecs qui ont reçu un caillou dans un colis à la place du D4 qu'ils ont commandé à 500 euros en promo sur internet.
Le matin, je file à la plage et j'envoie chier le photo-filmeur qui me raconte qu'il est le photographe du Ritz et qu'il fait ça bénévolement juste pour donner un coup de main à un copain qui a un magasin sur la Côte d'Azur. Je lui demande si c'est le Ritz d'Aubervilliers dont il parle ? Celui où y'a mon cousin qu'est barman en contrat de qualif et il me regarde avec un oeil de merlan frit, avant de tourner les tongs. Ces gas-là doutent de rien. Ils prennent des photos à midi en plein soleil à 8 000 iso en mode programme et après ils essayent de te fourguer 3 photos minables pour 100 euros à ta femme dés que t'as le dos tourné (sans compter qu'ils bossent tous au black au lieu d'être auto-entrepreneurs comme tout le monde). Après je me jette dans l'eau tellement chaude de la Méditerranée qu'on dirait de la pisse et tout d'un coup, je me rends compte que je nage le crawl avec la bouche ouverte au milieu de déjections. Ça doit être encore Paris Hilton qui a dégazé son yacht que je vois ancré au large (elle a bouffé de la laitue ?). Ensuite je vais au Casino pour acheter des tomates de Hollande et des fraises belges parce que ça pousse pas sur la Côte d'Azur. Je finis par acheter Nice-matin-Tapie et un cubi de rosé pour voir quel est le butin du jour pour les braqueurs à Cannes et qui s'est fait égorger dans la nuit dans le quartier.
Se baigner dans la merde de Paris Hilton, ça n'a qu'un temps (on peut peut-être la vendre sur e-Bay ?). Les vacances de rêve, c'est fini depuis une semaine et comme toujours je suis complètement déprimé en retrouvant ma petite vie de photographe de merde. J'ai qu'une terreur, c'est de devoir faire le premier boulot de la rentrée. C'est sûr que ça va finir par arriver. Ouais c'est devenu ça la vie de photographe professionnel. Enfin ... la mienne. T'en veux ?

Frozen Piglet




jeudi 8 août 2013

Sémiotique dans ta petite boutique

Les médias adorent convier des experts qui énoncent clairement ce qu'ils conçoivent aisément. La plupart du temps, ils se trompent avec assurance (c'est ça le plus important finalement chez l'expert, l'assurance avec laquelle il profère ses conneries). Pour tenter de masquer le vide qui les habite, les radios, les télés, les magazines et le journaux invitent ces spécialistes de tout et de rien à venir exposer doctement leur clairvoyance à bon compte. En échange, ils ont accès à une audience ou à un lectorat. Cet échange de bons procédés permet aux deux parties d'enclencher un processus doublement profitable en offrant aux experts de grimper encore dans l'échelle de l'expertise auprès des médias pour devenir incontournables sur leur sujet de prédilection. Raison de plus pour se claquer la bise en arrivant puisque généralement, tout le monde se connait déjà. Ça, c'est bien pratique d'être entre gens de bonne compagnie. Cela évite de se lancer dans des débats trop vifs (ça pourrait être lassant pour les téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs et ça pourrait les instruire en les incitant à se forger leur propre opinion). Alors bien sûr, être convié à France Culture, pour beaucoup de gens, c'est comme obtenir ses galons d'expert en culture et ça assoit son homme une fois pour toute auprès de son entourage et de tous ceux qui sont à la recherche d'interlocuteurs de haut vol. Genre: "Tu as entendu ma dernière intervention sur France Culture ? Je crois que j'ai été somme toute assez convainquant non ?" Mais plus que tout, cela permet de sortir des énormités en toute quiétude et de balayer avec arrogance, tout ce qui ne cadre pas avec ses idées.
Aujourd'hui, j'avais une 1/2 heure à tuer et des coups de soleil et j'ai donc décidé de me mettre à l'ombre et d'écouter  une émission radiophonique au titre plein de promesses: "La photographie est-elle morte ou vivante ?" (clic si cela vous dit) sur France cul avec André Gunthert (c'est qui ? Ah oui ! le type qui brocarde la défense du droit d'auteur et qui met ses photos sur FlickR en "tous droits réservés"), Alain Bublex (Artiste contemporain et designer si j'ai bien compris), Eloïse Capet (photographe mobile, car les autres sont immobiles). Le tout animé par Caroline Broué (qui porte bien son nom, auquel il manque un t) dans une émission intitulée: "la Grande Table". Malheureusement, cette table ressemble à une équipement de camping en plastoc achetée en promo chez Lidl pour les vacances. On y parle de photo professionnelle et aucun photographe de métier n'y est convié. André Gunthert tente une fois de plus de ridiculiser les positions de l'UPP sur certains problèmes cruciaux, comme à son habitude (c'est une de ses obsessions dans la vie) et bien entendu, aucun représentant de cette association n'est invité à exposer son point de vue. Il faut comprendre qu'on parle d'art et en la matière, André Gunthert et ses disciples dispensent la bonne parole. D'ailleurs là où la plupart des photographes tentent de témoigner modestement de leur époque, la photographe "mobile" Eloïse Capet propose elle une "nouvelle vision de l'image devenue conversationnelle et communicante"(expression intégralement repompée sur le site Cultures Visuelles de André Gunthert. C'est vous dire s'ils sont copains) et dans son travail "elle aborde un parcours sémiotique explorant les signes de la féminité" (j'espère qu'au minimum, elle nous montre ses fesses en gif animé !). André Gunthert de son côté explore avec entrain le mythe de l'amateur contre le professionnel (son autre obsession) avec des arguments dignes du café du commerce. Selon lui, ce sont les professionnels qui de tous temps ont alimenté les banques d'images à 1 euro avec leur non choix et leurs fonds de tiroir indignes d'être publiés ailleurs (c'est sûrement pour qu'on ne les reconnaissent pas qu'ils se font passer pour des photographes du dimanche. Ben ouais c'est tous des complotistes). Encore une fois tout ce qui ne colle pas avec la vision du chercheur est écarté d'un revers de la main et jeté aux oubliettes de sa petite histoire. Alain Bublex qui est le seul dans cette émission a intervenir parfois de façon un peu pertinente se demande visiblement ce qu'il fout là et déjà sonne la fin de l'émission. Chacun repart donc dignement avec la fierté d'avoir apporté sa pierre au noble édifice de la culture. Ben ouais Kesta ?

Frozen Piglet

"Si tu finis avec une petite vie minable parce que tu as passé ton temps à écouter ta mère, ton père, ton prof, ton curé ou un mec de la télé te disant comme faire. Alors dis-toi que tu mérites ta petite vie minable" Franck Zappa 

mardi 30 juillet 2013

Usual suspects

Cette semaine, j'ai assisté une équipe de télé étrangère de façon bénévole (Une bonne affaire, il m'ont quand même payé une pizza régina et un coca light) pour un reportage dans les rues de Paris et quelques photos. Nous sommes passés au Palais Royal où le caméraman a tourné un plan de 10 secondes dans une allée sous les arcades. À un moment, une dame très gentille est arrivée et nous a demandé si nous avions une autorisation: 
"Laquelle ? Nous sommes une équipe de vidéo légère et nous avons donc le droit de tourner dans Paris sans autorisation de la préfecture" que je lui ai fait à la dame très gentille.
"Vous êtes dans le domaine national du Palais Royal, il vous faut une autorisation. Il vous faut aussi une autorisation du Conseil d'État, de la Comédie Française, du Ministère de la Culture et de l'Artiste Daniel Buren" qu'elle m'a dit la dame en hoquetant.
"C'est tout ?" que je lui ai fait.
"Non. Faut aussi payer 1 000 euros" qu'elle a dit la dame très gentille sans se démonter.
(Pendant ce temps une cinquantaine de personnes photographient et filment les colonnes de Buren sous tous les angles et montent même dessus en poussant des cris d'animaux). 
"Vous allez rireIl s'agit d'un sujet rédactionnel et nous n'envisageons pas de payer quoi que ce soit madame très gentille (elle a pas de nom sur son badge)" que je lui ai fait.
"Ok mais si vous diffusez ces images à la télévision, Buren va vous botter le cul et vous demander 100 000 euros. mais on peut négocier (elle téléphone) ... Aller 500 euros ... ça va ?" qu'elle me fait tout bas.
"Ne le prenez pas mal, mais on va payer que dalle Madame très gentille" que je lui ai répondu.
On avait fini les images, on a ramassé les affaires et on est parti après avoir salué la dame très gentille.

Frozen Piglet

Heureusement on peut rigoler sans demander d'autorisation au cirque Pinder

lundi 29 juillet 2013

L'espace d'un instant

À la différence des magazines des autres pays, les hebdos français dits "d'information" n'ont jamais utilisé le vrai reportage et la photo de presse à sa juste mesure (juste l'Express un tout petit peu). Cela n'a d'ailleurs jamais été dans leur culture (même pas à Paris-Match qui prétend le contraire parce qu'il publie une fois par an le boulot de Salagado). Dans l'info écrite à la française, où on sait tout sur tout, le texte est roi et on regarde le travail des photographes journalistes avec condescendance (rassurez-vous dans les autres pays aussi, les photographes journalistes ont été les premiers virés quand même). Certains osent même accuser le reportage photo de ne plus faire vendre, alors qu'ils n'ont jamais évolué dans leur façon de travailler depuis des décennies. C'est sans doute aussi pour cela que presque plus personne ne les croient et que ces magazines ont tous des tirages aussi minables. Même si leurs journalistes feignent de croire que leur point de vue compte encore un peu, j'imagine qu'ils se savent condamnés. Où alors c'est qu'ils sont vraiment cons (c'est une forte probabilité). Quoi qu'il en soit, ils finiront donc par disparaitre car ils sont incapables de se projeter sur un autre modèle que celui qui meurt à petit feu. Pour ce qui est de la photo, ces canards manqueront surtout aux agences filaires qui leur fournissent au moins 90% de leurs illustrations toutes identiques. Alors bien sûr, il y a le net qui devait permettre à la presse de prendre un nouvel essor ou même de renaitre, tel le Phénix de ses cendres. On constate que le manque de pognon lui permet tout juste de produire du contenu débilitant mais gratuit pour des illettrés, qui ne sont de toute façon pas des lecteurs de la presse payante. L'essentiel est donc de bourrer le crâne à ces jeunes républicains, avec des fables sur les nouvelles technologies, pour les transformer en bons petits soldats consommateurs de smart-phone et de fringues H&M. Des observateurs bien informés prétendent déceler l'émergence d'une nouvelle culture dans ces bouleversements ? Il s'agit en fait du naufrage d'un modèle à la dérive dépassé par les évènements, où surnagent juste quelques opportunistes parfois un peu chanceux.

Considérons un instant cet article de Marianne.fr qui est à mon sens représentatif du contenu simpliste qui est supposé toucher  le coeur des "hipsters" et le fond par la même occasion: "Instagram: après les photos, les vidéos". Quelques extraits choisis !

"Cette application permet à n'importe qui de devenir photographe l'espace d'un instant" (C'est comme les instant soupes avec les nouilles ... un peu d'eau chaude et hop !)
" Les gens y partagent tout ce qui possible et imaginable, de la nourriture jusqu'aux photos de vacances" (Ouais ouais. On bouffe aussi gratos sur Instagram, tu savais pas ?!)
"André Gunthert, chercheur spécialiste des cultures visuelles et numérique analyse ce phénomène comme un moyen d'exister en dehors de son quotidien" (Encore ! Oh putain ... L'opinion d'un chercheur est par essence imparable. Il va adorer)

On sent le mec qui a travaillé son sujet. D'ailleurs le truc est aussi de truffer son texte de liens pertinents pour venir à l'appui de sa thèse comme dans l'article de Marianne.fr avec "6 conseils pour avoir plus de followers sur Instagram". Sur cette page Wikimedias, voilà ce qu'on y trouve:

"alors nous avons décidé de vous poulez d'instagram et comment avoir plus de followers"
"Lors de l'affichage des photos, ne publiez que les meilleurs d'entre eux. Si vous publiez toutes vos photos dans une rafale, certains de vos abonnés peuvent les manquer, et ceux qui n'en ont pas pourraient se fâcher car vous inonder leur flux"
"Vous remarquerez quelques tendances: il y a toujours un peu horizons, un adorable animal ou deux, quelques coups de HDR et au moins une femme séduisante"

En fait j'ai compris. Les rédacteurs de ces trucs-là sont en Chine et c'est les même mecs que ceux qui traduisent les mode d'emploi pour les ventilateurs et les cuiseurs de riz avec un traducteur automatique. Ben ouais et ça revient plus moins cher ! Bon en même temps personne ne lit ça tu vas me dire ... Ben si moi ! Et après, c'est repris sur le site de Marianne. C'est ça Internet.


Frozen Piglet








mardi 23 juillet 2013

Sans péridurale

Même si la retouche ne date pas d'hier, le digital a banalisé les manipulations d'images en proposant des outils à la portée de tous les affreux. Dans le milieu de l'art, certains prétendent depuis longtemps "dé-créer" des oeuvres d'artistes reconnus en les travaillant parfois à la lampe à souder (pour les faire avouer sans doute comme la Gestapo). D'autres névropathes préfèrent les prendre pour cible en tentant de les détruire. L'essentiel étant de se situer sur le même plan que l'artiste original en s'appropriant ainsi une parcelle de son éternité.

Dans la photographie, on remarque deux attitudes voisines qui s'apparentent à ce genre de comportement, même symboliquement. La plus courante est de constater qu'un pauvre baltringue qui photographie une "oeuvre" en plan serré dans l'espace public considère qu'en lui offrant de naitre une seconde fois sous une forme digitale, il devient d'une certaine manière l'accoucheur sans péridurale de son double. Il lui arrive donc de se considérer ainsi titulaire de droits imaginaires sur une oeuvre dont il n'est pas l'auteur. On peut citer le cas des maniaques des photographie de street art, de peintures murales, des collages et autres grafittis (avec pour vrais auteurs: Ernest Pignon Ernest, Miss Tic, Bleck le rat, Jerôme Mesnager et plein d'autres ...). La plupart du temps, ces mecs ne font même pas l'effort de situer les oeuvre dans leur environnement sous un prétexte documentaire. Sous couvert d'une pseudo culture urbaine, ils ne pratiquent qu'une accumulation de plans serrés pour se constituer une collection de photos à bon compte et masquer leur nullité en terme de création. Certains de ces presse-boutons de bas étage ont même l'audace de tenter de négocier ce genre d'images par l'intermédiaire des microstocks, ce qui révèle le désert qui les habite. Ce sont d'ailleurs souvent les mêmes qui prennent en photo à leur insu, les clodos dans leur pisse. L'aboutissement de ce comportement de décérébré est de traiter un être humain comme un objet à partir du moment où il est pris en photo. 


Si on se penche encore plus sur la photographie il existe une attitude plus sournoise qui consiste à s'attaquer à des images icônes du photo-journalisme (sans doute parce que elles sont connues de tous), en retranchant ou en ajoutant quelque chose. Là encore, le manipulateur (faut-il le désigner comme un faussaire ou un plagiaire ?) considère qu'il devient en quelque sorte l'auteur délégué d'une oeuvre nouvelle, détachée de l'oeuvre initiale. On est là face à un public un peu plus averti et à des individus qui revendiquent leur statut d'artistes ou de plasticiens et des références culturelles. Si le résultat est le même et ne suscite à mon sens que du mépris, seule cette dernière catégorie peut se retrouver citée dans la rubrique arts et culture d'une site d'information (de seconde zone). Comme ici sur le "Huffpost", pour Pavel Maria Smejkal avec ses images vides. Juste pour rigoler, j'en publie 2 que vous allez identifier les doigts dans le nez, j'en suis sûr. Notez la forme du copyright dans l'image, on y parle "d'illustration" et non pas de photo. Outre cette série cet "artiste" propose d'autres images avec des substitutions de visages sur des photos prises dans des camps pendant la seconde guerre mondiale.
Vivement les vacances et la plage parce que j'en ai vraiment plein le cul !

Frozen Piglet


mercredi 17 juillet 2013

Don't be afraid

Pour les photographes, Internet a eu au moins le mérite d'ouvrir de nouvelles possibilités de collaborations avec des magazines basés parfois à l'autre bout du monde. Une perspective qui nécessite de maitriser l'anglais un minimum et qui n'a jamais compensé toutefois l'effondrement du secteur de la photo professionnelle, en ce qui concerne la presse et aussi les autres secteurs (corporate, illustration, agences). Cela selon mon expérience personnelle bien entendu. Après il faut se faire payer, surtout à l'autre bout du monde. Au jeu des embrouilles, les chinois sont des spécialistes et les américains ne sont pas très loin derrière avec des tarifs qui frisent le ridicule. Finalement, il vaut mieux se tourner encore vers la vieille Europe, même si l'Espagne est en faillite et que les italiens ont tendance à être amnésiques. Les allemands restent une valeur sûre et conservent un semblant de considération pour les gens comme-moi. Le principal étant qu'ils payent souvent rubis sur l'ongle. 
Il y a encore 2-3 ans, je travaillais assez régulièrement avec 2 hebdos fridolins qui me payaient de 100 à 150 euros selon le format de la photo et la parution. Un jour, tout s'est arrêté sans que je comprenne quelle en était la raison. En croisant une collègue allemande il y a peu de temps, j'ai compris quand elle m'a révélé que les tarifs pour ce type de parution frisaient aujourd'hui les 20 euros. J'ai enfin compris la gêne qui s'emparaient de mes interlocuteurs. Plutôt que de répondre à mes interrogations, ils préféraient couper court et m'oublier en même temps que le peu de conscience professionnelle qui leur restait. Pour le reste, les jeunes photographes prêts à vendre leurs photos 20 euros à des magazines à gros tirages courent aujourd'hui les rues (il y en a même qui filent leurs photos contre rien). Mais ils ne se rendent pas compte du mal qu'ils font au métier qui les fait rêver. Ils auront un réveil pénible car jamais ils n'arriveront à vivre de ce boulot dans ces conditions et les dégâts sont justes irréparables. Même les magazines russes qui payaient 2 fois moins que les allemands ont arrêté de faire appel aux gens comme-moi. Quel métier peut subir un tel essorage et résister à des baisses de tarifs de 50% chaque année ? Sur quelle réalité économique repose cette tendance lourde à massacrer une profession ? Ce sont les questions que je me pose.

On a beaucoup parlé récemment de la suppression par le Chicago Sun-Times de la totalité de son service photo (30 personnes salariées, dont des mégas pointures du photo-journalisme). Je viens de trouver les nouveaux tarifs des éditions de banlieue de ce journal pour les quelques free-lance qui continueront à travailler avec ce groupe de presse comme collaborateurs extérieurs. Alors que le tout venant sera assuré par les I-Phone des rédacteurs multimédias d'opérette. 

Prise de vues News/feature: $65
Prise de vues News/feature photos et video: $85
Prise de vues sport: $90
Prise de vues sport photos et video: $110
Pour chaque reportage, le photographe doit soumettre 5 à 7 images au minimum et 10 au moins pour le sport. Le responsable du "nouveau service photo" indique que les reportages effectués pour le journal principal du groupe (le Sun Times) devraient être mieux payés (ça va pas être difficile). Le tarif standard s'établit donc à $10 la photo environ. Un ancien photographe indique dans les commentaires qu'il était payé $75 la photo par le même journal il y a 40 ans ... (lire les détails et les commentaires ici). Est-ce véritablement un progrès de proposer à quelqu'un un travail qualifié pour le quel il sera payé 7,5 fois moins qu'il y a 40 ans ? Je vous laisse le soin de répondre à cette question, mais les éditeurs de ce journal semblent le penser (ils sont peut-être payés eux-mêmes 7,5 fois moins qu'il y a 40 ans ?). 

Personnellement j'imagine que je préfèrerais foutre le feu à mon matériel plutôt que de travailler dans ces conditions. Pourquoi je dis tout ça ? Je ne sais pas, mais des fois je suis fatigué.

Frozen Piglet

Stage à tous les étages

Quand plusieurs commentaires ont relaté sur le post précédent la ratage minable survenu dans une publication chargée de faire la promotion du Festival de Montreux (un festival de Jazz très connu), j'ai d'abord pensé que c'était une plaisanterie de bas étage digne d'un fake (ils sont tellement nombreux). La suite semble indiquer que non (Toute l'affaire en résumé sur le site de Libé Ici). Il faut dire que dans le milieu du Jazz, on voue un véritable culte au vol des images et au pas vu pas pris, en particulier dans les festivals. Je le sais pour avoir fréquenté un temps ce milieu fait de déconvenues (du moins sur ce plan là). On avait déjà eu au sujet de cette affaire, le cocktail "Petit Gregory" avec son olive qui remonte à la surface, dont la recette figure désormais sur tous les sites spécialisés (comme ICI). De l'humour belge bien senti dans le film: "C'est arrivé près de chez vous". Mais on le voit avec cette affaire, l'humour suisse est d'un autre niveau. Le coup de "l'erreur du stagiaire" avec toutes ses variantes est devenu de nos jours un vrai sujet de rigolade chez tous les professionnels de l'image, de la presse et de la communication. Ce prétexte pitoyable et lâche invoqué en toute circonstance par les donneurs d'ordres reste le dernier argument pour tenter de s'affranchir de toute forme de responsabilité. On transfère ainsi la totalité de sa faute sur un individu qui par essence même (il est stagiaire) ne peut pas avoir le pouvoir de prendre des initiatives et endosser une quelconque responsabilité. Et même s'il en prend, elles doivent être soumises à un contrôle puisqu'il s'agit d'une formation. Autre coupable désigné de façon récurrente: Google images comme toujours. Ce moteur de recherche qui permet de cibler de façon sélective sa recherche, selon des critères de taille de fichier (et par conséquent d'utilisation). Si j'édite un document en volant des images et que je suis pris la main dans le sac, c'est la faute d'un stagiaire et de Google images. Un peu court comme explication.

« Il s’agit d’une photo qui a été téléchargée par une personne très jeune, qui ne connaissait pas l’affaire. Les exemplaires du Montreux Jazz Chronicle de samedi étaient déjà partis à l’impression avant que l’erreur ne soit constatée mais la version numérique a évidemment été immédiatement retirée et modifiée. On espère que cela n’a pas offusqué trop de gens » a déclaré le directeur général du festival au journal Le Bien Public.
On mesure les arguments imparables:
On trouve tout et n'importe quoi sur le net. Comment faire le tri ?
C'est une personne jeune (donc non responsable pénalement) qui a fait cette erreur.
Cette personne est trop jeune pour connaître cette affaire qui date de 1984.

On ne trouve pourtant aucune image de Gregory Villemin dans les résultats, quand on fait une recherche avec le mot "enfant" sur Google Image (j'ai vérifié). C'est le directeur de la publication qui est responsable pénalement dans ce cas précis. On parle de cette affaire depuis 30 ans et notamment dans le cadre de nouvelles recherches sur l'ADN très récentes.

Mais c'est bien les stages. C'est formateur et puis il faut bien trouver une occupation aux 27% de chômeurs chez les moins de 25 ans et aux élèves de troisième année. Vivement que les stagiaires débarquent dans le nucléaire les mecs. 

Frozen Piglet

Ça me fait penser que j'ai croisé il y a peu, lors d'un reportage une jeune femme titulaire d'un Master 2 et spécialisée en droits des affaires. Elle m'a indiqué qu'à 29 ans, on ne lui proposait que des stages et elle a donc décidé d'abandonner le métier de juriste.

lundi 15 juillet 2013

Le service des objets trouvés

Les gens qui prétendent que les professionnels s'inquiètent de la concurrence des amateurs me feraient éclater de rire si j'avais pas de l'Herpès. C'est tellement drôle de supposer que quelqu'un qui utilise dans la pratique professionnelle de son métier un outil technologique, pourrait se sentir mis en péril par des gens qui jouent avec. Bien entendu, le mythe total du partage non marchand est sans cesse invoqué pour venir à l'appui de ces thèses qui plaisent aux idiots. Cet écran de fumée ne peut pas masquer une situation inédite où l'immense majorité des photos mises en ligne sur le net n'appartiennent pas à ceux qui les postent. Il faut donc absolument relire cela selon une perspective parfaitement positive et accessoirement libérale pour justifier toute cette merde.
On peut se demander d'ailleurs naïvement, quelle folie peut pousser des dingues à dépenser des milliards de dollars pour acquérir des "réseaux sociaux" principalement construit sur la base du vol du travail d'autrui et donc sur du sable. Ce pari sur l'avenir est bien entendu sans ambiguïté. Il s'agit de ne plus jamais payer aucun contenu (mais si on peut en plus le revendre, c'est cool). N'en doutez pas, les amateurs ne seront dans cette histoire qu'un prétexte minable pour cacher une fois de plus la turpitude des utilisateurs de contenus et les professionnels, les victimes collatérales de cette pourriture putride. Car rien ni personne ne sera épargné.
On peut citer pour mémoire le scandale des oeuvres dites "orphelines". Une disposition par laquelle il s'agissait de tuer l'auteur symboliquement et légalement pour s'approprier ses droits. Ou encore la condamnation de l'AFP éhontée qui prétendait distribuer et vendre à son profit des photos, au seul motif qu'elles avaient été postées sur internet par un journaliste (qui cherchait de l'aide après une catastrophe humanitaire) (*). Mais dénoncer cela, pour certains en déficit de compréhension du système, c'est être dans la théorie du complot et se voir ravaler au rang des petits QI. Être de ceux qui ne veulent pas comprendre que l'humanité a tout à gagner à se soumettre à ce genre de diktats. Tant pis si les morts ne sont plus là pour en profiter.
Ce qui compte pour ces gars-là, avant tout le reste, c'est que l'info et la culture circule librement. T'es con ou tu le fais exprès de pas comprendre ? Par exemple le fait qu'une flopée de médias (dont certains de tout premier plan) prétendent faire témoigner des individus sur un évènement auquel il n'ont pas assisté (ICI sur deldebbio.net avec l'accident de Bretigny), c'est une belle avancée et on va pas arrêter le train de l'information (joke) pour si peu. Si des minus ont publié sur leur fil twitter des photos en laissant supposer qu'ils en seraient les auteurs alors que c'est  parfaitement faux, c'est qu'ils maîtrisent beaucoup mieux les réseaux sociaux que l'orthographe et les horaires de trains. Ils sont donc parfaitement en prise avec la réalité du moment. Dans ces conditions, ces pauvres crétins deviennent l'objet de toutes les attentions de ceux qui flairant la bonne affaire, convoitent du contenu gratuit pour l'utiliser et encore mieux le revendre dans le monde entier. Vous voulez utiliser mes photos ? Allez-y servez-vous les gars ! L'auteur, le vrai ? Il n'existe pas mon ami. Un simple "yes" suffit. Et puis on est pas vraiment auteur sur un réseau social enfin voyons !  D'ailleurs le crédit changera autant de fois que la photo (vidéo) sera postée sur des fils où il deviendra enfin "ma photo", "ta photo" ou "sa photo" et "notre photo", "la photo". Pour finir par ... Bah ....  je l'ai trouvé sur Internet ... Alors on prend tout ce qu'il y a à prendre sans se poser de question comme les collègues. C'est pas bon pour l'audience. Et puis tout ça finalement, on s'en fout totalement non ? L'essentiel est que l'info circule vite.
Surtout quand il y a des morts. Dans un monde où l'on meurt vite, il faut vivre vite comme James Dean. Kesta ?

Frozen Piglet


(*) Il y a aussi TumblR, un édifice construit sur rien ou Instagram qui change les conditions d'un contrat en cours de route. Sans oublier FlickR qu'on nous présentait sans rire comme une plateforme d'échanges de photos entre amis !











samedi 13 juillet 2013

Facebook se fout de ma gueule

Depuis que Facebook colle des posts publicitaires partout, il ne se passe pas une semaine sans que je vois cette annonce sur ma page FB. Je ne savais pas qu'on pouvait apprendre le métier de photo-reporter sans bouger son cul de sa chaise. Mais on en apprend tous les jours et aujourd'hui, on constate que ce ne sont plus les conneries qu'on peut proférer qui comptent, mais l'assurance avec laquelle on les débite consciencieusement. 

FP

vendredi 12 juillet 2013

Lili Marlène

Comment ne pas être photographe quand on l'est, c'est la question qui se pose quand on part en voyage de presse. Faire 2-3 photos acceptables avec autour de toi une quinzaine d'individus brandissant tout ce qui se fabrique en matière de numérique, ce n'est même plus un challenge, c'est un chemin de croix. Cette semaine, j'ai pris le train pour l'Allemagne avec dans mon MP3, Lili Marlène (par Dietrich) et la compil de Patricia Kass. Eh ben je vais vous dire, l'Allemagne c'est le bordel et pourtant, j'aime les bretzels. Contrairement à ce qu'on nous raconte partout en France, la seule chose qu'ils ont gardé de la fameuse "rigueur germanique" les fridolins, c'est le timing. T'as même pas le temps de respirer ! Alors pisser, t'imagines ? Bientôt on sera équipés de couches-culottes pour être sûrs d'être à l'heure et de respecter le planning. Et si tu t'avises de prendre 2 minutes pour changer l'eau des poissons rouges malgré tout, quand tu reviens sur le parking, le bus est déjà parti avec ton matos, en te larguant en rase campagne. Alors sinon, avec l'expérience de mes quelques heures de vol, j'ai fini par dégager une typologie des individus qu'on peut croiser en ce genre de circonstances. 

Journaliste de type 1 : Équipé d'un compact avec un flash intégré qui explose le premier plan situé à 20 cm en sous-exposant de 5 diaphs le sujet principal. Utilise toujours un appareil acheté en 1999 dans un aéroport parce que "il marche toujours et qu'il en changera seulement quand il tombera en panne".

Journaliste de type 2 : Elle a un Olympus ou un Sony (car c'est une fille), ce qui l'autorise à se placer systématiquement devant toi au moment où tu déclenches. Si tu lui fait amicalement remarquer, elle ne comprend visiblement pas de quoi tu parles. Une tête à claque.

Journaliste de type 3 : Il shoote en Raw avec son 5D MKIII sur les conseils de son ami photographe de Mode chez Olida qui s'y connait. Ça tombe bien, on est dans une usine de robinets.

Journaliste de type 4 : Utilise son téléphone à bout de bras. Elle met en moyenne 10 minutes avant de déclencher (elle soigne le cadrage). Variante: fait son reportage à 2 mains avec un I-Pad en écartant bien les coudes.

Journaliste de type 5 : Il n'a pas d'appareil photo. À quoi ça sert ? Le service de presse va lui filer des tofs sur une clé USB. Il se tient malgré tout en toutes circonstances au coeur de l'action, par conscience professionnelle. En réalité, il n'en a rien à foutre de faire chier tout le monde. Un gros con (il a du bide , il pue la sueur et il porte une chemise à carreaux en général).

Journaliste de type 6 : Pas inspiré par le sujet, il tente de refaire la même photo que toi dés que tu as le dos tourné. En général, il jette son dévolu sur celui qui a le plus gros appareil et il ne le lâche plus pendant 2 jours. Inoffensif. 

Journaliste de type 7 : Adore photographier les objets exposés dans des vitrines en verre avec un flash, puis contempler le reflet du flash sur le verre de la vitrine avec un air surpris. Fascinant.

Journaliste de type 8 : N'en a rien à foutre de rien et passe son temps à photographier des trucs qui n'ont strictement rien à voir avec le sujet. Je vais m'installer à la même table que lui à midi.

Journaliste de type 9 : Vient de se rendre compte qu'il a oublié sa batterie et ses compact flashs sur son bureau en partant. L'ennui, c'est que c'est la deuxième fois cette semaine. Paniqué en toute circonstance.

Journaliste de type 10 : Te demande au cas où il aurait foiré ses photos, si tu peux lui filer les tiennes en HD par mail. Variante: te demande si tu peux faire une photo de lui et lui envoyer en te collant sa carte de visite crasseuse dans la main. (je dis oui et je l'envoie jamais).

Hors catégorie : L'attachée de presse (ou la chargée de com) a vu tes photos dans le journal et considérant les merdes qu'elle a commises avec son appareil personnel, elle te passe un coup de fil pour savoir comment "elle peut les récupérer" les tiennes pour les balancer à l'ensemble de ses contacts presse. Fume c'est du belge.

Voilà. C'est ça la photographie dans la presse. Kes ta ta ?

Frozen Piglet












lundi 8 juillet 2013

Un mois exactement



Il y a un mois exactement, le 6 juin, Didier François, grand reporter à Europe 1 (et longtemps à Libération) était enlevé en Syrie avec un photographe Edouard Elias, également parti pour Europe 1. Après un mois sans nouvelle des deux, un comité de soutien va se mettre en place. Il sera coordonné notamment par Serge July. Un premier rassemblement de solidarité se tiendra devant Europe 1, rue François 1er, mardi 9 juillet à 15H

(source LeJdL)

samedi 6 juillet 2013

Allo quoi allo !


Depuis que le photojournalisme doit se pratiquer avec un I-Phone (5 sinon c'est comme-si tu dit que t'es un fille et t'as pas de cheveux), on ne sait plus très bien à quel saint se vouer. J'ai appris à ce propos que c'est Saint Véronique (vera icona) qui est notre patronne. Faudra que je pense à aller bruler un cierge un de ces jours et lui demander une augmentation. J'ai bien essayé Sainte Rita, mais ça marche pas des masses, surtout ces derniers temps. Alors forcément, avec le pognon qu’on va tous économiser, on va pouvoir s'acheter des rollex et des belles bagnoles (personnellement ce sera une Chevrolet corvette Stingray). Enfin je veux dire si on s'y met tous à l'I-Phone. 



En voguant sur la vague de bêtise qui nous accable, tout un tas de sites (*) proposent déjà des splendides "extensions photo" pour I-Phone, des compléments grand-angles et des téléobjectifs à l'attention d'une nouvelle race de journalistes et même des éclairages de poche avec plein de leds. J'ai hâte de voir les nouveaux journalistes de compétition se les enfoncer jusqu'à la garde dans l'oreille par inadvertance en répondant à un coup de fil urgent de leur rédaction. Ces trucs sont d'ailleurs des sous-merdes optiques très très en dessous de la lunette de Galilée, mais elles sont bien meilleures pour produire des franges chromatiques du plus bel effet et étouffer le pognon des billes avec du Made in China en plastoc.

La palme toutes catégories de la connerie revient au concepteur de l'adaptateur pour monter un 80-200 ou un 24-70 Nikon ou Canon (voir photo) sur l'I-Phone. Ça c'est clair c'est pour nous. Ben ouais ! On a déjà les lens et comme ça on pourra toujours se reconnaitre entre professionnels et se faire un clin d'oeil (vu qu'on n'aura plus à regarder dans un viseur). Moi j'aurais préféré monter une optique de 20x25 de marque Henri Gaud sur mon téléphone, mais ça va pas être possible. Pourtant ça aurait de la gueule. Sinon j'avais pensé clouer mon I-Phone au fond d'une chambre 20X25 comme dos numérique. Pas mal non plus ... C'est jouable. J'Chuis sûr ! Et comme ça je pourrais bosser pour le National Geographic.

Frozen Piglet

(*) Ces sites de gadgets sont ceux qui ont vendu pendant 10 ans le plastique au prix de l'or avec les Lomo, Diana, Baby Lens et autres Holga.

mardi 2 juillet 2013

Sage comme une image




Il y a plus d'un mois de cela, je postais un sujet sur le licenciement brutal de presque tout le service photo du Chicago Sun-Times (soit 30 personnes dont des pointures de première) pour être remplacé par des superbes I-Phones flambant neufs tenus à bout de bras par des rédacteurs enfiévrés et tri-médias (texte photo et vidéo). C'était ici "Du passé, faisons table rase". On pourrait facilement tomber dans le fait divers et s'en foutre si cette "pensée unique" ne se répandait pas comme une maladie incurable, dans les esprits perturbés pour lesquels, quand ça vient des States, c'est vraiment trop frais kwa ! Il faut donc mesurer que cela nous pend au nez comme un sifflet de 2 ronds et que tôt ou tard, on nous fera le même coup ici. Ça tombe bien les mecs, j'ai un I-Phone 5 and I am ready to press the button wouuuuu ! Je peux même importer des photos prises avec mon D4 dans mon I-Phone 5 (ce qui est du plus bel effet) et faire croire que je les ai prises avec mon téléphone à des Pictures Editors abrutis. Wouuu wouuuuu !
Aujourd'hui c'est la fête à la photo dans "Libération" qui vient de se réveiller, un mois après. Une correspondante charmante qui assure (je cite) "l'intérim à New-York" pour Libé (elle a sans doute été recrutée par Kelly Services ou ManPower) vient nous rappeler cette affaire et tout le bénéfice qu'on peut néanmoins tirer de cette nouvelle organisation du travail qui plairait au MEDEF (c'est normal, elle est passée par l'EHESS, une école de pensée. Je dis ça, je dis rien). Alors l'article en question est illustré par des photos du type (Ben Lowy) qui nous avait fait le coup d'Instagram avec la couv de Time Magazine sur l'Ouragan. Un super pro qui a choisi son camp et qui fait du reportage de guerre à l'I-Phone en étant distribué par Getty (une petite boite). Ben oui ! Les rédacteurs qui vont faire les photos avec leur I-Phone, il faut les former d'abord ... T'es débile ou quoi ! Et là on a pas encore eu le temps. Tout ça, ça s'apprend pas en 5 minutes (tiens moi je croyais que si en fait mais je suis un peu con alors ?). Dans ce papier Ben Lowy fait un peu beaucoup la promo du truc "L'I-Phone est aujourd'hui l'appareil photo le plus populaire, personne ne peut le nier" qu'il dit. Je ne nie rien du tout mais quand même ... Apple lui a peut-être filé un T-Shirt si ça se trouve ?
Tout cela tombe à pic comme pub Heuuuuu comme info !!! info info !!!!, parce des I-Phones, il s'en est vendu 125 millions en 2012 et "Via des applications comme Hipsmatic ou Instagram, les photos peuvent être non seulement retravaillées sans passer par un ordinateur, mais aussi publiées sur Internet à la vitesse grand V " elle dit la correspondante de Libé. Bon alors résumons-nous. Les professionnels n'ont pas le droit d'utiliser Photoshop pour travestir la réalité. Ils se font assassiner comme le gagnant du WorldPress 2013 pour 2-3 curseurs déplacés. Mais là tout est permis et si en plus on vend des I-Phones, c'est Noël et champagne pour tout le monde. C'est vraiment cool j'en ai déjà un. Je me demande si je ne vais pas ouvrir un compte Instagram les mecs en assouvissant mon besoin de liberté que j'ai. Mais ce qui est encore plus super, c'est qu' "un téléphone peut paraitre moins menaçant qu'un appareil photo et permettre une plus grande intimité ". Ben ouais quand on te brandit un téléphone à 10 cm sous le pif tu ne dois pas te sentir agressé (répète le 50 fois pauvre con). Ou alors c'est que t'as raté le rendez-vous avec l'an 2000 et on peut plus rien pour toi. Sinon, un Nikon et un flingue c'est kif kif, c'est noir et tout et tout ...  donc c'est un peu normal si tu te prends une balle. T'as compris ?

Frozen Piglet

Il y a pas longtemps, j'ai lu que Libération pourrait bien passer sous la barre des 100 000 ex assez rapidement si ça continue et même disparaitre à force de bouffer du fric. Ils vont peut-être supprimer le service photo pour faire des économies eux-aussi. T'es marrant toi. Ça coûte cher un photo et un photographe alors je te dis pas ! (Hein y'en a plus ? Ouais ta gueule vas acheter ton I-Phone)

samedi 29 juin 2013

Marchands du Temple

Je ne sais pas si vous connaissez la "Craig List". C'est une plate-forme US qui permet de passer des petits annonces genre de particulier à particulier. J'ai lu celle d'un photographe d'Atlanta qui a retenue mon attention parce que elle est symptomatique d'un phénomène général qui touche tous les pays développés et beaucoup de métiers de création. Voici l'annonce:

"Je suis photographe professionnel et comme les gens me contactent très régulièrement pour des photos gratuites, je suppose qu'ils travaillent eux-mêmes gracieusement ou qu'ils mettent leurs compétences au service des autres sans contrepartie. Je cherche donc toutes sortes de gens pouvant faire toutes sortes de boulots pour moi, à la seule condition que ce soit gratuitement. Prenez-en considération le gain d'expérience que cela vous procurera, tout cela sans compter la lettre de recommandation que je vous écrirai décrivant le merveilleux travail que vous avez réalisé pour moi. Cette superbe opportunité vous rapportera surement une tonne de travail non payé, mais considérez que vous serez aimé de tout le monde !
Donc si vous avez une quelconque compétence que vous souhaitez m'offrir gratuitement, n'hésitez pas à me contacter. Je suis sûr que j'ai du boulot pour vous et je vous engagerai dans la seconde. Merci de me contacter en précisant le service que vous pouvez rendre et quand vous pouvez commencer. Par la même occasion pensez à joindre vos références (c'est quand même le minimum) pour que je puisse prendre en compte votre proposition. Au plaisir de bénéficier de vos services gratuits en vous rendant service".

Frozen Piglet

Translated by me avec une spécial dédicace au "secteur non marchand" et à ses apôtres 

mercredi 26 juin 2013

Hu Pépette !



Pour revenir sur un sujet abordé dans les commentaires du post précédent (je l'abandonne à son triste sort), je vais revenir un peu sur les problèmes du droit d'auteur. On va tout de suite évacuer le sujet de l'UPP. Les mecs qui critiquent en permanence le combat  (oui il s'agit d'un combat) mené par cette organisation, je les connais bien. Ce sont des types qui de façon générale, ne sont pas les derniers à profiter des droits obtenus au profit de tous, par ceux qui vont au casse-pipe. Tout est une question de circonstances finalement et c'est seulement en situation de crise qu'on voit le maçon au pied du mur. Donc tous ces mecs, je leur pisse dans l'oeil. Ça, c'est fait. Ça me fait penser à ce journaliste aux thèses ultra-libérales qui le jour où il a été viré a invoqué ses droits, la convention collective et les syndicats pour toucher son gros chèque. Ça me file la gerbe.

Après, le droit d'auteur peut et doit s'apprécier de façon individuelle et personnalisée sans pour autant remettre en cause tout ce fragile édifice. L'essentiel est comme toujours de savoir jusqu'où on peut aller sans se prendre une tôle ou faire du tort à la profession. Le droit d'auteur est donc forcément un truc à géométrie variable qu'on apprécie au coup par coup en fonction du travail et de l'interlocuteur que nous avons en face de nous. Ça fait partie du jeu et du métier et prétendre le contraire est le signe d'un esprit dérangé ou de quelqu'un qui vit dans un monde parallèle, ou encore signifie qu'on s'appelle Riton ou Nestor et qu'on boit trop de Chablis. Après il existe aussi des intégristes du doit d'auteur qui se montent le bourrichon. Ça les regarde.

Pour les photographes qui ont un nom (et un avocat ou même plusieurs), le problème ne se pose pas. Les diffuseurs ont bien trop peur de se faire assigner et prendre cher. Donc sauf quelques hurluberlus ou des chinois, personne ne se risque à faire de la voltige. Ceux qui se font gauler auront des souvenirs à raconter pour plus tard et c'est tant mieux, ça leur passera l'envie de recommencer à ces crevards.

Pour les autres (moi compris), c'est pas la même histoire. 
Il y a des gens avec lesquels on aborde même pas le problème du droit d'auteur. Tout simplement parce que dés le départ, on va négocier un prix qui est équitable pour les 2 parties et donc, on ne va pas revenir dessus pour les réutilisations éventuelles de photos (et il n'y en a pas tant que cela). Ça tombe bien parce que il n'y a pas de tarif non plus. Le service com d'une multinationale qui ne m'avait pas fait travailler depuis 3 ans vient de me re-contacter pour un boulot (il parait que je fais des bonnes photos). J'ai appliqué une augmentation de 50% sur le tarif précédent pour voir et c'est passé comme une lettre à la Poste. La preuve que j'étais descendu bien bas et la preuve que eux, ils n'ont pas de mémoire.

Bien entendu, on a pas les mêmes exigences concernant le droit d'auteur, selon qu'on fait de l'illustration, du "corporate", de la pub ou du rédactionnel. Parce que évidemment, les photographes mélangent les genres, la plupart du temps par obligation, n'en déplaise aux théoriciens de l'image.

Il y a aussi des gens qui piétinent  le droit d'auteur contre ta volonté en te laissant le choix entre ça et la porte ou le tribunal. Certains le font aussitôt que tu as le dos tourné, invoquant la méconnaissance de la législation (un mensonge éhonté), mais surtout le fameux "bon sens" si cher au café du commerce et aux admirateurs de Pierre Poujade qui serait toujours selon-eux un argument imparable pour s'affranchir de la loi. Ceux-là sont l'objet d'un petit dossier bien au chaud qu'on pourra ressortir en cas de besoin au grand dam de ces délinquants minables. À condition que les magistrats ne jugent pas que ton oeuvre de l'esprit, c'est de la merde et que tu mérites seulement un coup de pied au cul. Bien sûr ... Dans ce pays ce sont les magistrats qui t'accordent ou non un brevet d'originalité sur la création d'une oeuvre en cas de litige. De quoi se marrer pour les siècles des siècles.

La semaine prochaine, je vous filerai la recette de la morue à la portugaise.

Frozen Piglet

Pour venir à l'appui de leurs thèses, les sapeurs du droit d'auteur invoquent l'inadéquation entre la production des images et l'usage qui en est fait. Ils nous désignent souvent pour nous salir comme faisant partie d'un "secteur marchand" orchestré par des commerçants. Ce mépris affiché pour les métiers de la création s'exerce surtout au profit des utilisateurs des oeuvres qui nous volent notre travail.




vendredi 21 juin 2013

Pause Pipi

Souvent, j'ai autre chose à faire que pérorer à mes moments perdus sur la photographie. J'ai mes toilettes à repeindre, je dois arroser mes géraniums et arracher les mauvaise herbes et aussi lire le Monde Diplomatique (un journal rédigé par des crapules gauchistes irresponsables). Je ne sais pas quelle énergie anime ceux qui passent leur temps à discourir sur la photo, alors qu'ils sont tellement peu à maitriser vraiment le sujet. Je parle de ceux qui sont sûrs de la justesse de leurs propos à tous points de vue. Ces gars-là doivent souffrir d'un total manque de confiance en eux ou un truc comme-ça. Alors le seul truc qu'ils ont trouvé dans la vie, c'est de parler plutôt avec des gens qui sont déjà d'accord avec eux ou alors qui sont des spécialistes, mais d'autres trucs. Comme ça, le soir venu, ils peuvent s'endormir avec leurs certitudes en guise d'oreiller, en rêvant à l'ordre national du mérite. Moi la photographie, je la pratique (mal, mais tout le temps) avec le désir un peu fou de m'améliorer peut-être un jour (ça va être dur, j'chuis au top). En fin de compte, c'est mon métier quoi ... Ce qui est sympa avec ce boulot, c'est qu'il t'arrive toujours des tas de trucs extraordinaires. Moi cette semaine par exemple, on m'a volé mon parapluie, j'ai été immortalisé par la République et j'ai fait pipi sur mon Nikon D4 tout neuf (j'ai pas fait exprès pour le Nikon. T'es con ou quoi ?) et j'ai fait des photos tout ça en même temps.
J'espère que le petit fumier qui m'a chourré mon pébroc lors d'une conf de presse vas crever (c'est celui qui est en photo sur l'illustration de ce post. Pas le fumier, le parapluie). Mme Piglet avait menacé de divorcer si je sortais avec elle et lui dans la rue en même temps (Même s'il pleut que je lui ai fait ? Hein ?? Ouais enfin je me comprends). Je l'avais même caché pour qu'elle le jette pas à la poubelle. Elle est folle.
J'ai été aussi  flashé sur une nationale et j'ai pris 90 euros et un point dans les dents pour 55 ou lieu de 50 Km/h. Ça m'a un peu contrarié parce que mon permis était inviolé jusqu'à ce jour et que je n'aime pas qu'on me prenne en photo, rapport au droit à l'image que j'ai. En plus, tant qu'à me faire chopper, j'aurais préféré rouler à 250, comme un connard de footballeur qui va voir Zaïa. De temps en temps sur le périph, je m'amuse à flasher les mecs en grosses caisses avec mon petit flash de reportage. C'est trop drôle de les voir debout sur le frein. Ben kwa ? On s'amuse comme on peut. Kesta ?
J'ai fait aussi pipi sur mon D4 (heureusement qu'il est anti ruissellement). Quand on est dans l'action, on pense souvent pas à faire pipi (on a tort). Résultat, quand on fait une pause, on est un peu pressé et s'engouffrer dans des toilettes avec 2 sacs et deux appareils dont un équipé d'un 80-200, c'est pas joué (surtout quand tu déboutonnes ta braguette en même temps et que t'es prêt à faire pipi même s'il y a déjà quelqu'un). C'est le D4 avec mon 85 qui a glissé de mon épaule et s'est retrouvé suspendu à mon poignet, mais dans la cuvette des chiottes sous un torrent d'urine tiède. Voilà. C'est ça la photo et tout le reste, c'est de la littérature.

Frozen Piglet

Vous pouvez vous foutre de ma gueule. Je vous emmerde tous.



mercredi 12 juin 2013

Moulin à Vent

André Gunthert de Culture Visuelle me fait l'honneur de poster un commentaire circonstancié sur mon petit blog insignifiant (ça le démangeait depuis un moment). Comme d'habitude, ce n'est pas pour me tresser des couronnes, mais plutôt pour m'indiquer que selon lui, la pertinence de mon analyse (de façon générale) est plus que sujette à caution de son point de vue de sociologue. Bref, le Moulin à Vent ne serait pas que du beaujolais et mes "pleurnicheries" pitoyables donnent un mauvaise image de moi et du métier de photographe (sans compter ma vulgarité maladive non réprimée). Comme André Gunthert pratique le repentir (C'est son côté artiste). J'ai décidé de republier son intervention sous forme de post pour éviter qu'il nous fasse le coup de la disparition (et aussi pour me faire une pub éhontée sur son dos. Ben quoi ? il fait bien pareil lui ! kesta ?). Vous pouvez commenter à condition de rester corrects et de continuer à manger des lasagnes au cheval.

"Avec la pleurnicherie, l'un des principes qui alimentent ce blog est le tabassage régulier de boucs émissaires. Le bouc émissaire, c'est une victime qu'on sacrifie en lui attribuant la responsabilité d'un problème dont on ignore la cause, et qu'on ne sait pas régler. Fotolia remplit à merveille ce rôle pour ceux qui ne connaissent rien à la photographie, à qui on peut faire croire que stockphoto et reportage, c'est une seule et même chose. Mais Paris Match n'a jamais publié une image de Fotolia, pas plus que Le Monde ou Libé. Ce qui est bien normal, puisque la stockphoto, ce n'est pas de la photo, mais de l'illustration. C'est de l'image en boîte pour des usages industriels, pour décorer le journal d'une compagnie d'assurance ou d'une mutuelle de santé, qui n'a pas besoin d'envoyer un photoreporter en Syrie, mais juste d'une image stéréotypée d'un couple ou d'une personne âgée, pour illustrer la publicité d'une police d'assurance. Dans les années 1970, ces canards utilisaient le dessin. Les banques d'images ont toujours cassé les prix, ça fait partie de leurs principes industriels, qui reposent sur la commercialisation répétée d'une même image. Ce n'est donc pas d'hier que l'illustration industrielle ne nourrit pas les photographes, qui n'y recourent que comme une activité annexe, souvent pour recycler des images déjà vendues ailleurs. Faire croire, comme Frozen Piglet ou l'UPP, que le microstock menace le photojournalisme n'est donc qu'une plaisanterie de garçon de bain.
La vraie question qui se pose à la photo que défend FP, dont l'illustration n'a jamais fait partie, c'est: pourquoi le reportage n'intéresse plus la grande presse. Comme il fait semblant de ne pas le savoir, je vais le lui rappeler. Ce qui fait que la presse s'est détournée progressivement du reportage, depuis les années 1980, ce n'est pas parce qu'il est trop cher, c'est parce qu'il ne fait plus vendre. Alors oui, c'est moche de s'apercevoir que la presse n'est pas une institution de bienfaisance philanthropique vouée à la préservation du patrimoine photographique. Mais aujourd'hui comme hier, Paris-Match mettra en Une ce qui fera vendre son canard, et Paris-Match a mesuré depuis longtemps qu'une Une sur la Syrie lui apporte moins de clients qu'une Une sur Adjani ou sur Zahia. Mais va taper sur Paris-Match quand tu es photoreporter! Se rendre compte que c'est la presse qui est à l'origine de tes problèmes, plutôt qu'internet ou Fotolia, c'est un peu comme découvrir que le père Noël n'existe pas. C'est pourquoi, ici, on continuera à pleurnicher et à pourfendre des moulins à vent. Bon courage".



Ça y est ? T'as fini Dédé ?

Mon cher André Gunthert,

Vous pouvez considérer qu'énoncer des faits relève de la pleurnicherie (quel vilain mot choisi à dessein). Moi votre prospective retorse me ferait presque sourire si vous ne preniez pas autant au sérieux ce que vous écrivez. La principale différence entre vous et moi, c'est que vous êtes un observateur alors que je pratique ce métier depuis des années et que j'en vis à la différence de vous (modestement, c'est vrai) .Vous comptez sérieusement m'expliquer à moi ce que c'est que la photo d'illustration ? À Moi qui la pratique depuis 15 ou 20 ans ? Je connais des photographes qui vivent exclusivement de la photo d'illustration et des dessinateurs de presse qui gagnent 10 fois ce que je gagne. Aujourd'hui, pas en 1970. Vous planez ou quoi ? Mais d'où tenez-vous que le reportage ne fait plus vendre ? D'où ? Je voudrais bien le savoir (vous êtes abonné à Télérama ?). Vous parlez de Paris-Match. C'est bien ce magazine qui perd 10 % de son tirage tous les 5 ans, c'est bien cela ? Encore trop de reportages sans doute ... (Paris-Match je m'en tape totalement. C'est un modèle dépassé à l'image du groupe de presse incapable d'évoluer qui le possède). En ce qui me concerne, ma préoccupation est juste actuellement de gagner ma vie et c'est un challenge quotidien. Vous pigez ou pas ? Si je ne bosse pas, je ne gagne rien à la fin du mois. Que ce soit du journalisme, du "corporate" ou de l'illustration ... Seules comptent la passion qu'on peut avoir pour ce métier et la façon dont on le pratique. En 2012, près de 20% de mes revenus sont directement issus d'internet et j'ai investi 10 000 euros en matériel neuf sur les 12 derniers mois. Je ne vous demande pas des applaudissements, je dis cela juste pour vous montrer que je bouge, que nous bougeons maintenant aujourd'hui, demain et tout le temps, nous les photographes. Comme toujours, votre analyse manque d'humanité et c'est cela son principal défaut. Derrière le métier de la photographie, il y a des hommes et pas des purs esprits et c'est cela "la vraie question" et rien d'autre. Mettre de la chair dans tout ça, ça vous parle ou pas ?? Vous ne devez même pas comprendre à quoi je fais allusion. Mais rassurez-vous. Pour moi, le père Noël existe et c'est vous. À chaque fois que vous écrivez un texte c'est un vrai cadeau pour moi.

Frozen Piglet


lundi 10 juin 2013

Education des masses





Un des faits saillants de la politique marketing des marchands de "Junk Food" a toujours été de tenter d'investir les classes d'écoles pour faire la promotion de leurs produits alimentaires d'exception auprès des enfants. S'adresser aux petits écoliers à l'esprit malléable semble sans doute la meilleur méthode, selon les directions marketing pour transformer les enfants en consommateurs obéissants. La chose la plus incroyable reste que des responsables de l'éducation, des enseignants, des parents se prêtent à cette saloperie sans l'ombre d'une hésitation. Quel rapport avec la photo vous allez me dire ? C'est très simple.

Après tout: "L'éducation aux médias appartient à l'histoire de l'école"
Cette merveilleuse maxime pleine de promesses a pour auteur Mme France Renucci, la directrice du CLEMI. Le "Centre de liaison de l'Enseignement et des Médias d'information" dépend du Ministère de l'Éducation nationale. Il est chargé de l'éducation aux médias dans l'ensemble du système éducatif français depuis 1983. Il a pour objectif d'apprendre aux élèves une pratique citoyenne des médias. "La Semaine de la presse et des médias®, opération phare du CLEMI conduite depuis près de 25 ans, permet à 3 500 000 élèves dans 15 000 établissements de mieux connaître grâce aux médias d'information, le monde dans lequel ils vivent. (extrait de son site internet)

Mais quel magnifique programme ! 
En plus l'image est bien là, au coeur des préoccupations de ces spécialistes de l'éducation !
Cette année, on a même convié un membre éminent du monde la photo pour exposer à nos chères têtes blondes les règles qui s'appliquent au droit d'auteur et au droit à l'image. On en pleurerait presque tellement c'est beau ...

Alors c'est l'Hadopi (un autre machin de spécialistes de la spécialité, mais j'ai jamais su à quoi ça servait) qui a chaudement recommandé un partenaire au CLEMI pour mener à bien cette mission essentielle. Ce partenaire, c'est F o t o l i a !
Ben ouais t'es fou ! Qui est mieux placé pour nous parler du droit d'auteur en France ?? Avec Fotolia, c'est vachement simple à expliquer ! Y'en a pas !! Le droit à l'image ? Pareil ! Si ce n'est que c'est le pauvre débile qui a appuyé sur le bouton et qui a gagné 10 centimes qui est responsable de tout à 100% ! En même temps, ça tombe bien. La puissance publique est très cliente de ces images de microstock pour toutes ses publications. Faut comprendre, on fait des économies (à cause du FMI et de Christine Lagarde qui roule en vélo à New York).

Chez les partenaires du CLEMI, on note pourtant la présence de l'AFP, de Reporters sans Frontière, de Visa pour l'Image, de Médiapart. Ah ouais ... Mais ils étaient pas libres ce jour-là ... Ils devaient être en RTT ou un truc comme-ça. En plus, Médiapart paye pas les photos. Il y a même André Gunthert en vidéo sur le site du CLEMI (sacré André !).

Mais c'est pas grave tout ça. L'essentiel est que ça donne l'occasion à l'un des fossoyeurs de la photographie professionnelle et du droit d'auteur en France d'exposer ses thèses néolibérales et faire sa promotion devant 3 500 000 élèves. Faut dire qu'il y en a un paquet de ces gosses qui sont en photo sur les serveurs des microstocks aussi. Si ! Avec les photos de papa ! Ils vont surement applaudir ! Elle est pas belle la vie ?

Oubliés les emplois précaires dans les pays de l'Est !
Oubliés les poissons rouges qui meurent d'avoir sauté d'un aquarium à l'autre pendant des heures !
Oubliés les détourages foireux (ça c'était surtout au début. Trop drôle) !
Oubliés les idiots qui ont fait pendant des années et partout la promotion gratuite d'une illusion !
Oubliés les milliers d'amateurs crédules qui devaient gagner des milliards et des milliards et qui ont gagné peau de zob !

Frozen Piglet

C'est sur le site de nos camarades de l'UPP (ICI) que j'ai découvert cette bonne nouvelle qui va déclencher l'enthousiasme, n'en doutons pas, de tous les photographes aux quatre coins de l'hexagone. Evidemment sur le site de l'UPP, c'est traité de façon plus sérieuse, mais c'est plus chiant.






samedi 8 juin 2013

Rien ne vaut la vie

On le sait bien, le photo de presse est décrite comme morte par la presse justement, cela depuis belle lurette. C'est d'ailleurs à se demander comment autant de gens réussissent à en vivre plus ou moins bien, bon an mal an. Mais le mythe du reporter de guerre a la vie dure et ce métier (à supposer que cela en soit un) fait toujours rêver tout un tas de jeunes photographes (et aussi des vieux). Certains n'hésitent pas à se lancer dans le grand bain, au risque parfois d'y laisser leur vie. Parce que la photo de reportage se pratique dans l'action et pas du bar d'un hôtel. Mais dans tous les conflits et particulièrement dans les guerres civiles, la mort ne fait de cadeau à personne. Dans ces conditions, toute erreur d'appréciation se paie cash et on ne peux pas compter sur la chance pour s'en sortir à chaque fois. 
Alors bien sûr on croise tous les doigts pour ce jeune photographe de 22 ans, Edouard Elias et l'autre journaliste qui l'accompagne, le très expérimenté Didier François. J'espère qu'on va les retrouver et qu'il vont rentrer sains et saufs.
En attendant, ce que l'on mesure aujourd'hui, c'est la réaction éhontée d'une très grande partie de la presse française, qui spécule (c'est parfaitement clair) sur une issue qui pourrait être dramatique. Pour commencer, 2 régions se disputent par l'intermédiaire de France 3 pour savoir de quelle origine est ce jeune photographe. Il est tour à tour lorrain (lien), puis gardois (lien) avec le même portrait photographique. Ce qui est sûr, c'est qu'il vécu 10 ans en Egypte. Pourtant il y a encore peu de temps, Edouard Elias était parfaitement inconnu et à peu près tout le monde dans les rédactions parisiennes se contrefoutait de son travail (que vous pouvez voir ici). Brutalement, tout le monde s'y intéresse, comme c'est étrange ... L'été dernier, il avait démarché des magazines sans résultat, sur le même sujet de la guerre en Syrie dans la ville d'Alep. Aujourd'hui, tout le monde veut publier ses photos. Comme c'est étonnant.
Ce sont 2 journalistes chevronnés (Laurent Van der Stockt et Rémy Ourdan) rencontrés à Visa l'année dernière qui ont recommandés semble t-il Edouard Elias. Il a d'abord signé chez Getty Images pour les images réalisées en Syrie en 2012 (puis chez Haytham Pictures) (*). Mais quand France 3 Lorraine parle de consécration à 21 ans, pour 2 photos publiées dans Paris-Match, Sunday Times et Der Spiegel, on pourrait presque sourire, si la situation n'était pas aussi dramatique. 
Dans l'excellent petit film de Michel Puech (A l'oeil - Journalisme et Photographie - lien) qui date de février 2013, on peut mesurer la passion qui anime Edouard Elias et aussi sa prudence quand il dit textuellement "Je n'ai pas envie de me faire trouer tout de suite" en parlant de son expérience sur le conflit syrien et des risques qu'il peut prendre en toute conscience.



Comme souvent, Télérama se distingue avec un article publié le 7 juin (ou moment où on est déjà sans nouvelles de lui) présentant un portfolio des photos d'Edouard Elias (Ici) en décrivant son travail comme "bluffant" avec juste au dessus une pub qui propose de gagner un voyage à Tahiti. Cet article de Lucas Armati reprend largement son précédent texte publié en octobre 2012 (ici) qui s'interrogeait sur l'existence d'une génération "Printemps Arabe" chez les reporters de guerre. Un printemps arabe qui est rappelons-le une expression reprise par les médias en passe de devenir un cliché éculé, à tel point qu'on ne l'utilise plus. Ce qui est marrant, c'est que le reste du temps, Télérama raconte que la photo de presse est morte (juste avant Visa et chaque année) et flingue le lauréat du Worldpress 2013 qui "cherche visiblement à nous tirer des larmes" avec un cliché honteusement manipulé, comme c'est désormais d'usage chez les photographes selon l'hebdo culturel redresseur de torts.
Pour finir, il faut noter que Edouard Elias est mandaté pour ce reportage en Syrie par le site internet d'Europe 1. Europe 1 une radio bien connue pour publier des reportages de guerre photographiques. 
Ainsi va la presse en France (et ailleurs aussi), voulant à tout prix empailler le photo-journalisme et refusant de voir les photographes comme des hommes exerçant leur métier avec un petit supplément d'âme. Vivement des bonnes nouvelles pour ces deux garçons qui sont un peu l'honneur de la profession de journaliste.

Frozen Piglet

"Pour mourir, encore faut-il avoir vécu" Jean d'Ormesson

(*) Après vérification, Getty distribue 21 images d'Edouard Elias et Haytham Pictures 143, toutes de grande qualité. Ceci juste pour remettre la situation en perspective.