Nos responsables politiques ont toujours de brillantes idées quand il s'agit d'emploi. La preuve, si on les écoute, il n'y a presque que ceux qui ne veulent pas travailler ou pas "évoluer" qui n'ont pas de boulot finalement. Pas étonnant qu'il soient au chômage ces moins que rien, ces rases bitume, ces salauds qui en profitent pour boire des mojitos au bord de leur piscine. En cela, ils rejoignent l'opinion répandue chez les employeurs qui eux pensent (en plus) que tous les mecs qui ont vocation à être salariés seraient bien mieux sous le statut d'auto-entrepreneur. Transformer les salariés en fournisseurs, ça c'est une idée ou je ne m'y connais pas. Plus aucune charge à payer, plus aucun lien de subordination et donc pour finir, le plus important: virables du jour au lendemain sans préavis ni indemnité. C'est ça la flexibilité. Non ? Bon bien sûr, tu n'as plus aucune protection sociale et toutes les banques te riront au nez si tu t'imagines emprunter quoi que ce soit, mais tout ça c'est des détails sans importance. Dans cette nouvelle société, le travail est un cadeau. Alors si tu pouvais fermer ta gueule sans oublier de dire merci.
En concevant ce statut de précaire permanent, le législateur savait parfaitement qu'il allait faire exploser le travail au noir et mettre en concurrence déloyale des artisans avec des guignols bricoleurs du dimanche drapés dans leur nouvelle légitimité. Bon tu me diras, les artisans, eux aussi c'est des spécialistes du black la plupart du temps. C'est parfaitement vrai et je ne m'étendrai pas sur la question, parce que ce n'est pas le sujet.
Dans la presse par contre, les employeurs ont tout de suite vu le parti qu'ils pouvaient tirer de cette nouvelle disposition qui dynamite l'essentiel du droit du travail. En 2 coups de cuillère à pot, les nouveaux pigistes débarquant dans le métier se sont retrouvés sommés d'opter pour ce nouveau statut tellement avantageux et les vieux pigistes aux taquets d'abandonner la carte de presse, ou de choisir le chômage (certaines rédactions sont aujourd'hui truffées d'auto-entrepreneurs).
Mais le pire, c'est de constater que des armadas de jeunes photographes sans aucune garantie (et parfois sans expérience) sont partis en Tunisie, en Libye, au Liban, en Syrie .... et j'en passe pour monter leur petite entreprise sur les conseils avisés de gens le cul bien au chaud à Paris. Le mythe du reporter de guerre a la vie dure et les petits jeunes plein d'entrain sont prêts à tout pour vivre ce rêve à fond. Tout ça pour le prix d'un billet d'avion charter et d'un 5D MKII. Si t'as pas l'argent pour le 5D, tu peux toujours utiliser ton I-Phone 4S avec Instagram ... ou demander à tes darons.
Bon bien sûr, si t'es dans les emmerdes, on te connait pas. Sauf si on peut en tirer un bénéfice en termes de communication dans les médias ... Hum faut voir ... Si t'es mort, ben ... T'es mort. C'est encore mieux. À toi la gloire éternelle, les hommages à ton grand talent et la bourse photographique qui portera ton nom. Oh la chance ! Trop cool !
Frozen Piglet

















