Frozen Piglet
Je ne filerai pas de renseignement sur les plateformes en question.
À mon sens il faut juste éviter celles sur abonnement payant, pour privilégier celles qui proposent le 50/50 sur les résultats obtenus.
En cette veille de Noël, mes bien chers frères et soeurs, nous vivons une époque troublée où ceux-là même qui nous accusent en permanence de rester arcboutés sur nos positions, de refuser obstinément d'évoluer vers un nouveau modèle radieux, d'ignorer leurs injonctions de rompre avec un paradigme dépassé, sont les pires réactionnaires que la terre ait porté. Des vrais pères Noël de pacotille de merde.
À l'époque de Chirac, j'avais déjà l'oeil dans le viseur. Je me souviens même que c'était un Nikon FE2 MD12 avec un 2/35 mm et un flash METZ 45 avec une batterie Quantum (un équipement que je possède toujours dans un placard. Hein ? Bah oui ! Ça peut resservir en cas de guerre, t'es con ou quoi ??). Bien sûr, on pouvait le suivre de près et faire toutes les photos qu'on voulait, à condition de comprendre la gestuelle des agents de sécurité et de ne pas abuser. Aujourd'hui, c'est plus facile de faire un selfie avec Macron que de faire un vrai travail de photojournaliste, puisque absolument tout doit être sous contrôle. Quand Jacques Chirac visitait un salon à la porte de Versailles, je le suivais de stand en stand, et je repassais le lendemain avec les tirages. Croyez-moi, ça valait le coup. Tout était vendu à coup sûr, même les négatifs.
Depuis que le monde existe, il y a des mecs qui mettent toute leur énergie à le pourrir toujours plus, et ceci au sens propre comme au sens figuré (à supposé que tu saches ce que c'est pauvre naze). Mais le pire de tout, ce sont les débiles qui passent leur temps à encenser ceux de la première catégorie parce que ça leur parait génial tous ces trucs de jeunes (con)nectés. Toutefois, en ce qui concerne toutes les plateformes internet de mise en relation et d'échange de services, qui font la fierté de leurs fondateurs, l'objectif principal est parfaitement établi. Il s'agit de de venir à bout du salariat définitivement, radicalement, en mettant à mort le lien de subordination, grâce à un pseudo statut d'indépendant qui permet de sortir du champs d'application du Code du Travail, quitte à lui chier dessus (tout cela, on le sait depuis le début, mais c'est bon de la rappeler. Hein mon petit bijou ?). Le plus incroyable, c'est que toutes ces plateformes de n'importe quoi, de livraison, de transport, parfois les deux, n'ont jamais gagné un centime d'euro et elles perdent même de l'argent comme un puit sans fond (UBER a perdu 5 milliards de dollars en 2018 et personne n'en parle !). Pourtant, il se trouve toujours des malades pour remettre au pot encore et encore et encore. C'est à croire qu'ils subventionnent la régression sociale et la crevaison du droit du travail, le travail à perte et le déclassement. Chez les photographes, la dernière pépite du genre, la "licorne de la French Tech à la française", l'entreprise qui va révolutionner le monde de la photo, c'est la bien nommée "MEERO". Un truc fondé par des financiers débutants qui n'ont rien à voir avec le monde la photo.
Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais du temps de l'argentique, les appareils photo et leurs obturateurs en tissu avaient une odeur particulière et assez agréable. Aujourd'hui, ils ne sentent plus rien du tout et sont finalement à l'image d'un monde qui pue la tech merde. À propos de merde, j'ai eu la chance insensée de me rendre au Japon cet été avec Madame et miss piglet. J'étais en vacances, mais j'ai fait 2000 photos de stock et après sélection, je devrais en tirer 600 ou 700 pour les mettre en vente sur internet et les fourguer à 6,14 USD à des peigne culs en Lituanie (à moins que ce soit en Lettonie). Parallèlement à cela, j'ai régressé au stade anal en me faisant masser le trou de balle quotidiennement (je suis réglé comme une horloge) par la douchette à eau chaude incorporée aux toilettes. Le top étant obtenu par un équipement first class qui possédait la touche "Privacy", actionnant un générateur de son de bruit de chasse d'eau permettant de couvrir les bruits inconvenants pour l'âme japonaise. Le choc des cultures en direct. Bien entendu, j'ai fais un reportage complet sur le sujet pour le soumettre à la postérité à la gloire des postérieurs. Bon reste le problème de l'odeur qui est toujours pas réglé (là, je suis déçu). Non mais je parle de cela, parce que partout c'est la merde en fait. Même au Japon il y a des SDF et des téléphones partout. Mais comme il y aussi des toilettes avec lavabo aussi partout en accès libre, les SDF sont propres. J'ai pris le train plusieurs fois. On peut manger par terre, mais en voyant les agents des trains saluer tout le wagon dés qu'ils y rentrent ou qu'ils en sortent, j'ai d'abord cru qu'ils se foutaient de ma gueule. Mais en fait non.
Nous, pigistes, faisons le même métier que nos confrères et consœurs intégré·e·s aux rédactions. Comme eux, nous sommes des salarié·e·s. Nous travaillons souvent pour plusieurs médias et nous sommes payé·e·s à la pige, c’est-à-dire que nous sommes censé·e·s percevoir un salaire pour chaque pige – article, documentaire, photo… – commandée par une rédaction. Mais, encore plus que nos collègues en poste, nous devons nous battre chaque jour pour faire respecter nos droits. Dans de trop nombreux médias, nous sommes rémunéré·e·s à des tarifs indignes, au lance-pierre, souvent deux ou trois mois après le travail fourni.
Aujourd'hui, trouver du boulot, c'est pas facile. Trouvez un boulot de "Photographe", c'est mission impossible (sauf pour moi, évidement). Par contre il est toujours possible pour les photographes nuls de bosser gratuitement (ils auront plein de boulot). Toutefois, à l'aube de cette année nouvelle et dans mon immense mansuétude, plutôt que de vous poster un GIF animé avec un Père Noël en slibard douteux et des filles à poil, j'ai décidé de te filer un plan à toi pour te remplir les fouilles en appuyant sur un bouton. N'importe lequel, vu que c'est du numérique.
On connait tous l'anecdote du photographe qui rate une superbe vente à 10 000 USD, parce qu'il a uploadé avant sa photo, sur un micro stock où elle est en vente à 2 USD libre de droits. Le mec se lamente sous les quolibets de la foule, mais c'est trop tard et il n'a plus que ses yeux pour pleurer. À un moment, je pensais même que c'était une légende urbaine comme les crocodiles dans le égouts. Mais la publication de l'histoire survenue au photographe canadien Michael Stemm prouve le contraire. Sur la foi d'une connerie Youtube prétendant apprendre en 10 minutes, aux blaireaux de compétition, à diversifier leurs sources de revenus et devenir riches à crever en une semaine, ce gars-là a donc ouvert un compte sur ShutterStock pour pouvoir lui aussi se goinfrer comme un goret. Suivant le précepte fondateur de la photo de stock selon lequel, il vaut mieux vendre 100 fois une photo libre de droits, que vendre une seule fois, une photo en droits gérés (pour les ignares: à un prix en rapport avec l'utilisation qui en sera faite). Comme sa photo de pont sous la neige était plutôt jolie, elle a vite trouvé un débouché commercial dans un échange à même de satisfaire toutes les parties. C'est Walmart, le groupe de grande distribution (16 milliards de dollars de bénéfice annuel et les salaires les plus bas du marché du travail aux Etats-Unis) qui a acquis les droits de cette photo pour l'utiliser sur des cartes postales de Noël, des calendriers de Noël, des serviettes de plage (500 000 pièces au minimum par item). Quote-part du photographe, 1,88 USD pour l'ensemble et aucun recours possible. Ce joli conte de Noël se termine bien puisque Michaël pourra toucher son argent quand il aura atteint le plafond minimum de 50 USD sur son compte ShutterStock. Autant dire qu'il ne le touchera jamais puisque je doute qu'il renouvelle cette expérience tellement "enrichissante". Merci Père Noël ! Bonnes fêtes à tous !