mardi 5 février 2019

Nous, journalistes pigistes, exigeons le respect de nos droits

Revenus en baisse, paiements en retard… Un collectif de journalistes pigistes, soutenu par des associations et des syndicats, appelle les entreprises de presse à respecter la loi quand ils les missionnent.

Nous, pigistes, faisons le même métier que nos confrères et consœurs intégré·e·s aux rédactions. Comme eux, nous sommes des salarié·e·s. Nous travaillons souvent pour plusieurs médias et nous sommes payé·e·s à la pige, c’est-à-dire que nous sommes censé·e·s percevoir un salaire pour chaque pige – article, documentaire, photo… – commandée par une rédaction. Mais, encore plus que nos collègues en poste, nous devons nous battre chaque jour pour faire respecter nos droits. Dans de trop nombreux médias, nous sommes rémunéré·e·s à des tarifs indignes, au lance-pierre, souvent deux ou trois mois après le travail fourni.
Pourtant, notre travail est vital pour les rédactions qui ont besoin de nos idées, de nos reportages et de nos enquêtes pour enrichir le contenu de vos journaux, de vos stations de radio et de vos émissions de télévision. Un travail à la qualité reconnue : régulièrement des journalistes pigistes sont primé·e·s. Trois des journalistes récompensé·e·s par le prestigieux prix Albert Londres en 2018 étaient des pigistes.
Même l’audiovisuel public – les radios et les chaînes que vous écoutez et regardez tous les jours – contribue à cette précarité, en multipliant les piges et les CDD pour des journalistes qui se doivent d’être toujours disponibles, et ce, sur plusieurs années. En presse écrite, les rédacteurs, rédactrices et les photographes sont rémunéré·e·s à la taille de l’article ou au nombre d’images, alors que le temps de travail nécessaire varie fortement selon les sujets. Une enquête de quatre pages peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Une interview de la même taille demandera, elle, quelques jours de travail. Mais les tarifs imposés par les rédactions prennent rarement en compte cette différence. En conséquence, le travail d’investigation n’est pas toujours rémunéré à sa juste valeur au regard du temps investi.
En 2017, nous étions 6 550 journalistes rémunéré·e·s à la pige sur les 35 000 détenteur·ice·s de la carte de presse (1), réparti·e·s en France et à l'étranger. En 2016, le salaire médian des journalistes pigistes de presse écrite, radio et télévision était de 1 931 € brut par mois, soit environ 1 500 € nets. Ces chiffres, provenant d’un rapport de la commission de la carte d'identité des journalistes professionnels, ne prennent pas en compte les très nombreux·ses journalistes pigistes qui n’ont pas accès à la carte de presse. Celles et ceux qui gagnent moins de la moitié d’un Smic par mois se la voient refuser. Pourtant, ces journalistes existent bel et bien et assurent une large part du contenu informatif des médias. Selon la même étude, les femmes sont majoritaires parmi les plus précaires. Elles représentent 53% des journalistes rémunéré·e·s à la pige, alors qu’elles ne sont que 19% de détentrices d’une carte de directeur·trice de rédaction (2)…
Les tarifs de la pige stagnent la plupart du temps, voire diminuent. Les frais professionnels et d’équipement restent généralement à notre charge. Nos conditions de travail se dégradent. Nous nous rendons parfois sur des terrains compliqués et dangereux pour des reportages, à l’autre bout du monde ou dans des manifestations près de chez nous. Et si, dans ce contexte, nous avons un accident de travail ou tombons tout simplement malades ? Nous ne sommes alors pas toujours protégé·e·s. C’est le cas de nombreux correspondant·e·s à l’étranger, qui aimeraient bénéficier pleinement de leur statut de salariés, avec une vraie protection sociale.
Faute de sanctions, les directions de nombreux médias, agences ou boîtes de production n’hésitent pas à imposer aux pigistes le statut d’auto-entrepreneur qui les prive de toute cotisation salariale et des couvertures sociales, retraite et chômage qui y sont liées. Ce statut illégal fragilise les pigistes. Même quand nous sommes payé·e·s en salaire, comme le dispose la loi, la faiblesse des rémunérations est souvent telle que nombre d’entre nous découvrent à l’occasion d’un arrêt maladie ou d’un congé maternité n’avoir droit à aucune indemnité journalière, alors que nous avons cotisé des années. Et pour celles et ceux qui en bénéficient, obtenir le complément employeur de cette indemnité relève du parcours du combattant.
Nous, journalistes pigistes, ne sommes ni des forçats de l’info, ni la variable d’ajustement des médias. Nous souhaitons être rémunéré·e·s à un tarif décent, et à la fin du mois où nous rendons notre sujet. Certain·e·s d'entre nous ont publié des articles ou des photos depuis plus d’un an et attendent toujours leurs salaires. Nous sommes souvent obligé·e·s de relancer plusieurs fois les rédactions afin de recevoir notre paie.
Conformément à la loi du 4 juillet 1974 dite «loi Cressard», nous exigeons d’être rémunéré·e·s en salaire, et non sur facture ou en droits d’auteurs. Nous demandons aussi que certains médias arrêtent d’intégrer abusivement les congés payés, le treizième mois et l’ancienneté dans le tarif annoncé et convenu. Tous les frais doivent aussi nous être remboursés quand un reportage a été commandé en amont.

Nous demandons aussi et surtout une revalorisation générale des tarifs de piges. Celle-ci devra prendre en compte la réalité de notre travail, avec une inscription systématique des salaires des pigistes dans les négociations annuelles obligatoires pour pouvoir bénéficier des mêmes augmentations que les journalistes intégré·e·s.
Nous invitons tou·te·s les journalistes et citoyen·ne·s à nous soutenir et à partager cette tribune pour mener ce combat avec nous. 

Lectrices, lecteurs, nous avons besoin de vous pour défendre nos droits, pour que nous puissions continuer de vous proposer un journalisme de qualité.
 Le collectif Ras La Plume, avec le soutien de plusieurs collectifs, syndicats et associations.
Les collectifs, syndicats et associations signataires :  Collectif Youpress - Collectif Les Incorrigibles - Collectif La Fourmilière - Collectif Le Terrier - Collectif Press On - Collectif 2026 - Collectif We Report - Collectif Les Journalopes - Collectif Argos - Collectif Extra-Muros - Collectif Les Plumé·e·s - Collectif Spartacus des correspondants de radios francophones - Collectif des précaires de RFI - Collectif de pigistes du Monde - Collectif Antidotes - Collectif Presse-Papiers - Collectif Première Personne - Collectif Pigeons! - Collectif item - Collectif Singulier - Collectif Paye toi un journaliste - Collectif Tu Piges! - Collectif La Friche - Paye Ta Pige - Collectif le Schmilblick - Collectif Première Personne - L'Union des Photographes professionnels - Hans Lucas - Haytham - Divergence Images - Prenons La Une - Profession Pigiste - La Fédération Européenne des Journalistes - Syndicat National des Journalistes CGT - Union syndicale des journalistes CFDT - Info-com’CGT - Syndicat interprofessionnel de la presse, des médias, de la culture et du spectacle - Syndicat général du Livre et de la Communication écrite CGT, section des correcteurs- Association des journalistes scientifiques de la presse d'information - Association des journalistes éducation-recherche - Club de la Presse de Bretagne. La liste des signatures individuelles
Pour signer le texte c'est  ici
le Collectif Ras La Plume

jeudi 10 janvier 2019

Oh yes it's good to be the King



Le meilleur du photo journalisme s'exprime toujours le mieux quand il documente des trucs. Des vrais trucs je veux dire. Avec de la sueur, des larmes et du sang. Ça tombe bien parce compte tenu de la vacuité de la tête de ceux qui incarnent l'élite au pouvoir absolu et le mépris qui va avec, nous avons de fortes chances de finir par danser la samba ici aussi un jour prochain (si vous voyez ce que je veux dire)
En toutes choses, l'amateurisme a ses limites et il semble qu'elles soient atteintes un peu partout, pas tellement dans la photo mais plutôt jusqu'au sommet de l'État. Les strates intellectuelles de la société, les éditorialistes et le cortège de journalistes présentateurs, n'en parlons pas. Même la gauche humaniste est au tapis. On comprend qu'il n'y rien à attendre de gens qui visiblement ne comprennent pas ce qui est en train de se passer, empêtrés qu'ils sont dans leurs idéologies. D'ailleurs penser que ceux qu'ils prennent pour des toquards de basse extraction puissent émettre des idées politiques, ça leur fait peur. "Une foule n'est pas le peuple", "une aubaine pour l'extrémisme", "une machine à haine", autant de déclarations qui permettent de soigneusement éviter d'aborder les vrais sujets. Ceux qui se trouvent derrière le décor de carton pâte qu'ils sont en train de bâtir, autour de la révolte des gueux. Après avoir donné une majorité aux retourneurs de vestes, aux arrogants et aux petits arrivistes en costard de la société civile, les Français croient désormais trouver leur nouvelle planche de salut dans une "démocratie participative" où la voix d'un crétin aurait exactement le même poids que celle d'un abruti. Pauvres de nous. 
Mais ... You can be sure about one thing. Oh yes it's good to be the King !

Frozen Piglet

Il n'y pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va (Senèque)

jeudi 3 janvier 2019

Pôle Emploi

Aujourd'hui, trouver du boulot, c'est pas facile. Trouvez un boulot de "Photographe", c'est mission impossible (sauf pour moi, évidement). Par contre il est toujours possible pour les photographes nuls de bosser gratuitement (ils auront plein de boulot). Toutefois, à l'aube de cette année nouvelle et dans mon immense mansuétude, plutôt que de vous poster un GIF animé avec un Père Noël en slibard douteux et des filles à poil, j'ai décidé de te filer un plan à toi pour te remplir les fouilles en appuyant sur un bouton. N'importe lequel, vu que c'est du numérique.
On n'y pense pas souvent, mais sur le site de "Pôle Emploi", il y a 94 offres pour un poste de photographe à pourvoir, mais comme en France, personne veut travailler et tout le monde préfère toucher le chômage, personne répond. Ben ouais tu savais pas ? T'es con ou quoi ? Ils préfèrent rien foutre et faire des photos au noir pour les vendre sur Fotolia !
- Alors sur Pôle Emploi, il y a une seule annonce pour un poste de Reporter Photo/Video, mais c'est en Suisse dans un internat, il faut parler anglais et c'est un CDD de 42h par semaine et de 3 mois. En plus il faut dormir sur place et savoir imaginer des oeuvres artistiques ou plastiques avec ou sans cadre imposé. Ouch ! Alors là, c'est pas pour un français. Sinon c'est payé entre 2000 et 3000 CHF par mois (1782 à 2673 euros). Tu peux mettre ton fric directement en Suisse, vu que t'es déjà sur place. Pas mal.
- Après il y a plusieurs magasins de photographe à vendre vite pour cause de retraite. Il faut vite en profiter avant qu'ils fassent faillite. Ça devrait pas être sur le Bon Coin ça ? 
- Ensuite, il y a une flopée d'annonces pour du photofilmage à la neige et dans les maternité pour emmerder les skieurs et les parturientes (avant) et les nouveaux nés (après), les élèves des écoles communales, le tout comme auto-entrepreneur.
- Si tu veux bosser chez DYSNEYLAND Paris, il y a aussi un CDI 35h horaires irréguliers (le soir, le samedi, le dimanche et tous les autres jours aussi). "Salaire selon convention", ce qui veut dire qu'ils ont trop honte pour en afficher le montant même brut.
- Une agence d'Intérim de Narbonne propose une mission "prise de vues" de 4h00 à Port Leucate pour 40,12 euros bruts en salaire. La chance.
- Un studio photo du Jura "Esprit Start-Up" (ça veut dire que c'est payé le SMIC pour 2000 heures par semaine et t'oublieras pas de passer un coup de balai avant d'éteindre la lumière avant de partir) recrute un assistant.
- Il y a des plateformes type MEERO (des pépites d'un secteur innovant) qui veulent te faire bosser pour 25 euros la prise de vues dans l'immobilier. En gros, c'est à peu près tout. Dis pas merci. C'est déjà pas mal.

FP 

Bon le Père Noël, je le mets quand même pour amuser les chômeurs. Bonne année



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